Environnement

DÉBAT PÉTROLIER SUR ANTICOSTI : DES IMPACTS EN GASPÉSIE?

Par Geneviève Gélinas, journaliste, graffici.ca
Junex mènera ce printemps des travaux de complétion à son puits Galt n° 5, qui incluent l’injection d’acide chlorhydrique.

Junex mènera ce printemps des travaux de complétion à son puits Galt n° 5, qui incluent l’injection d’acide chlorhydrique. Photo : Geneviève Gélinas

GASPÉ, 14 mars 2016 – Alors que Québec souffle le chaud et le froid sur l’exploration pétrolière à Anticosti, des groupes environnementaux craignent que les projets gaspésiens servent de monnaie d’échange avec les firmes. Chez les élus, on craint plutôt que le projet de gaz naturel Bourque, près de Murdochville, pâtisse des hésitations de Philippe Couillard. Ces inquiétudes s’expriment dans un contexte où l’industrie est accusée de manquer de transparence. GRAFFICI.CA fait le point.

En février, le premier ministre Philippe Couillard s’était engagé à « tout faire » pour empêcher la fracturation hydraulique sur l’île d’Anticosti, où l’État québécois est partenaire d’un projet d’exploration avec Pétrolia. Le 10 mars, après une rencontre avec le pdg de Pétrolia, M. Couillard se disait désormais à l’aise avec cette méthode, si utilisée à petite échelle.

« Le gouvernement a également réitéré son intérêt à soutenir les projets de l’entreprise sur la péninsule gaspésienne, et plus spécifiquement le projet Bourque », ajoutait le communiqué du cabinet du premier ministre.

La péninsule, une « zone sacrifiée, selon Tache d’huile

La membre du mouvement Tache d’huile Nastassia Williams craint que la Gaspésie devienne une « zone sacrifiée ». Elle comprend mal pourquoi le premier ministre se préoccupe de préserver la richesse du milieu naturel d’Anticosti, mais pas celle de la péninsule. « Tout d’un coup, pour la Gaspésie, ce ne sont plus les mêmes variables. On veut que la Gaspésie ait droit au même traitement, aux mêmes précautions que ce qu’on applique à Anticosti. »

Philippe Couillard a déclaré qu’il n’avait « aucun enthousiasme » pour les hydrocarbures, rappelle Mme Williams. Dans ce contexte, elle se dit « étonnée » que Québec accorde un permis à Junex à Junex un permis pour compléter ses travaux au forage Galt n° 5, à 20 kilomètres à l’ouest de Gaspé. « On est un peu étonnés […]. Il n’y a pas eu de consultation, pas de conclusion de l’évaluation environnementale stratégique, la politique énergétique du Québec n’est pas sortie… »
Le gouvernement s’est aussi engagé à limiter le réchauffement de la planète, rappelle Mme Williams. « Si on veut s’engager dans la transition énergétique, toutes les énergies fossiles doivent demeurer dans le sol. »

Des investisseurs refroidis, s’inquiète Gaétan Lelièvre

L’exploration en Gaspésie a aussi cours à Haldimand, à Gaspé, où Pétrolia s’apprête à mener des tests de production. Et dans le secteur Bourque, à mi-chemin entre Grande-Vallée et Murdochville, Pétrolia évalue le potentiel en gaz naturel. Si l’exploiter s’avérait rentable, l’entreprise Tugliq souhaite l’acheminer par gazoduc jusqu’à une barge de liquéfaction à Gaspé, puis le transporter vers des clients sur la Côte-Nord.

Pour le député péquiste de Gaspé, Gaétan Lelièvre, les déclarations de Philippe Couillard, « c’est clair que ça a un impact. Je discute avec Tugliq depuis trois semaines. Ça crée de l’incertitude avec les acheteurs potentiels de gaz naturel pour le projet Bourque. On a enclenché une série de rencontres entre Tugliq et le ministère de l’Énergie. »

Le frein mis à Anticosti pourrait-il ajouter de la pression pour que les projets gaspésiens se réalisent? « C’est dur de répondre, dit M. Lelièvre. Je souhaite que chacun des dossiers fasse l’objet du maximum d’information, que les plus hauts standards en matière d’environnement soient respectés et que si la rentabilité économique existe, qu’ils se réalisent. »

Transparence demandée

Pétrolia est la cible de critiques de la Fédération professionnelle des journalistes du Québec. L’organisation a récemment dénoncé les refus répétés de Pétrolia de répondre aux questions des journalistes. « La FPJQ demande donc à Pétrolia d’éclairer, à juste titre, les citoyens québécois et de permettre une saine circulation de l’information à propos des activités en cours sur leur territoire », écrit la Fédération.

Début mars, Junex a annoncé qu’elle a obtenu son permis de complétion pour le puits horizontal Galt n° 5. La firme n’a pas voulu donner plus de détails sur la nature des travaux. C’est le ministère de l’Énergie qui a expliqué à GRAFFICI.CA qu’un nettoyage du forage était prévu avec de l’acide chlorhydrique à 20 % de concentration.

Sans condamner les entreprises, les élus appellent à la transparence en général. « Pour les compagnies, aujourd’hui, la transparence est une condition de base […]. J’encourage toutes les compagnies à jouer à livre ouvert », dit Gaétan Lelièvre.

Pas de réponse sur le méthane près d’Haldimand n° 1

Dès septembre 2015, le comité Ensemble pour l’avenir durable du grand Gaspé a demandé à Pétrolia de pouvoir prélever un échantillon du gaz naturel au puits Haldimand n° 1. L’objectif : comparer sa signature chimique à celle de méthane (une composante du gaz naturel) trouvé dans de l’eau souterraine à proximité du forage.

Le comité est sans réponse de Pétrolia et le ministère de l’Environnement n’a pas été en mesure de l’éclairer non plus. Cette signature chimique, « c’est primordial car on saurait s’il y a un lien avec le forage », explique Mme Chartrand.

Le ministère de l’Environnement n’a pas pu davantage fournir cette information au comité. « Les hauts fonctionnaires nous avaient pourtant dit qu’ils travailleraient […] pour aller chercher la signature chimique de ce méthane. Ils n’ont jamais donné suite. » La présence de méthane dans de l’eau près d’Haldimand n° 1 est connue depuis 2012.

1 commentaire

Emma a écrit le 6 mars 2017

Il faut continuer dans ce sens, surtout que la transparence n'est plus vraiment à la mode aujourd'hui, sans citer de noms mais en me référant à l'actualité récente tout le monde comprendra...

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