Débat dans Bonaventure : Une simple chicane de famille

Par Thierry Haroun, journaliste, graffici.ca
Le Libre arbitre commente le débat de vendredi dernier dans Bonaventure

Le Libre arbitre commente le débat de vendredi dernier dans Bonaventure Photo : Julie Delisle

Le débat organisé par CHNC, Graffici.ca et TéléVag à Chandler vendredi qui présentait un face-à-face entre cinq candidats dans Bonaventure a pris parfois, même souvent, des allures de chicanes de famille tellement ils se connaissaient. On a parlé pratiquement de tous les enjeux sans pour autant régler quoi que ce soit.

Patricia Chartier de Québec solidaire, le libéral Damien Arsenault, le péquiste sortant Sylvain Roy, le représentant d'Option nationale, Louis-Patrick St-Pierre et le caquiste, Jean-Marc Landry, en étaient à leur énième débat entre eux depuis l'élection générale de septembre 2012. Chacun connaît les forces et les faiblesses de l'autre. Ils savent très bien comment faire péter les plombs de l'un ou de l'autre et les faire trébucher, voire les ridiculiser juste au bon moment. Exemple? « La Coalition avenir Québec propose de revoir les façons de faire. D'en donner moins aux grandes entreprises au niveau des crédits d'impôt », a lancé Landry en rappelant les grandes lignes de son parti en matière de développement économique. « Vous voulez fermer la Gaspésie vous la CAQ. Vous ne voulez pas de cimenterie, vous ne voulez pas d'éolien », de répliquer Arsenault. Donc, tantôt on attaquait de façon démagogique quitte à faire des raccourcis pour mieux faire avaler une couleuvre, tantôt on s'appelait par nos prénoms en riant comme de vieux copains qui avaient fait les 400 coups ensemble. Pour qui voyait ces cinq candidats pour la première fois s'entredéchirer pour trinquer ensuite à la bonne franquette, se serait posé des questions sur la nécessité d'être allé en campagne électorale. Pour être plus direct, on avait l'impression d'assister à une chicane entre membres d'une famille recomposée, dont le ton oscillait entre amour et haine.

Non, on n'était pas dans une maison de fous, sauf que... À la suite d'un débat à bâtons rompus entre Chartier et St-Pierre sur la souveraineté, l'animateur Michel Morin (qui en a perdu ses cartons parfois) s'est tourné vers Roy pour lui dire que c'était à son tour de poursuivre et Roy de répondre : « S'cusé, j'ai perdu le fil... ». Allô! On est en campagne électorale, pas à un dîner champêtre au bord de la York à écouter pousser ses cheveux... À sa décharge, il y avait de quoi perdre le fil parfois, tellement ça allait dans tous le sens. C'est comme si vous visionniez Mon oncle Antoine avec Stairway to Heaven pour trame sonore... Stratégie maritime ici, cimenterie là, on passe par l'éolien pour revenir à la baisse démographique et au taux de chômage en remettant sur la gueule à Sylvain Roy, entre deux interventions, la fermeture de la maison de fin de vie Le Radeau à Chandler.

Bien. Mais concrètement, qui s'est démarqué? Est-ce que ce débat va changer la donne pour le dernier droit de la campagne que nous entamons? Pas vraiment. Chose certaine, chaque candidat a satisfait sa base électorale en s'en tenant à son message : Roy a rappelé que son gouvernement a investi dans Bonaventure 43,7 M$ (outre les investissements prévus dans le projet de cimenterie et le secteur éolien). Arsenault a martelé que la relance économique passait par un réinvestissement massif dans les infrastructures. St-Pierre a souligné que l'indépendance du Québec est la panacée pour tous les maux. Chartier s'est démarquée par un discours placé à l'enseigne de l'État pour tous et en tout temps. Son plaidoyer (à voix haute et en crescendo) pour un financement équitable de tous les organismes communautaires de la région, nommément ceux qui viennent en aide aux personnes aux prises avec un problème de santé a été remarqué et remarquable.

Et Landry a répété que le temps du « gaspillage » est terminé en concluant en citant son paternel. « Comme mon père disait : c'est pas la queue qui fait secouer le chien ». Vous aurez compris que la salle a bien ri ainsi que votre chroniqueur qui en sortant se questionnait sur la pertinence de cette campagne électorale.

De sources internes...

Cela dit, un organisateur libéral a confié au Libre arbitre que dans Bonaventure « on sent que c'est égal sur le terrain » entre péquistes et libéraux. Quand un libéral vous dit ça, c'est que ça tient la route parce que d'ordinaire les organisateurs vous servent l'habituelle cassette suivante : « Les sondages internes nous indiquent qu'on est en avance ». Chez Québec solidaire, on croit être en mesure d'aller chercher entre 10 et 13 %, ce qui n'est pas si irréaliste que ça si on se fie aux derniers coups de sonde. Sauf que le cas échéant, c'est Roy qui va en payer le prix. Ajoutez les 2 % qu'ira chercher Option nationale, et on se retrouve avec une division du vote progressiste qui pourrait faire élire Arsenault. C'est précisément ce sur quoi misent les libéraux.

3 commentaires

le_gaspesien a écrit le 1 avril 2014

Monsieur Haroun, quand un organisateur vous dit que c'est égal sur le terrain, c'est que son parti est en arrière.

Albert Lachance a écrit le 31 mars 2014

C'est certain qu'une source interne d'un parti, c'est fiable! Tout le monde sait ça! hahaah

André Lavoie a écrit le 31 mars 2014

S'il y en a un qui est mêlé dans ses analyses de la situation et des débats, c'est bien Thierry Haroun. Toujours collé-collé aux sources libérales internes. Toujours. Toujours. Et ça se dit journaliste. Misère. André Lavoie

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