CSSS de la Haute-Gaspésie : les syndiqués n’en peuvent plus

Par Johanne Fournier, journaliste, graffici.ca
La situation de crise perdure au CSSS de la Haute-Gaspésie.

La situation de crise perdure au CSSS de la Haute-Gaspésie. Photo : Johanne Fournier

Les syndiqués du Centre de santé et des services sociaux (CSSS) de la Haute-Gaspésie lancent un cri du cœur visant à dénoncer la surcharge de travail dont ils se disent victimes.

Après le départ de la directrice générale et du directeur des ressources humaines à qui ils attribuaient la responsabilité du climat de travail miné qui sévit au sein de l’établissement depuis plusieurs mois, les deux syndicats affiliés à la Centrale des syndicats nationaux (CSN) déplorent l’essoufflement, l’épuisement professionnel et les nombreux départs au sein du personnel.

Le président du Syndicat des professionnels et techniciens du CSSS attribue la cause de cette situation à la loi 100, dont découle le mode de financement des établissements du ministère de la Santé et des Services sociaux. «Notre message est clair, soutient Jacques Mimeault. On dénonce la loi 100. Notre position est de collaborer avec la direction, mais on veut s’asseoir ensemble pour discuter du sous-financement et revoir le mode de financement du CSSS, qui est à l’origine d’une mauvaise organisation et d’une mauvaise gestion.»

Impacts sur la qualité des services et des soins

Selon le syndicaliste, cette situation visant le retour à l’équilibre budgétaire a un impact direct sur la qualité des services et des soins apportés à la population. Il rapporte les retards, étalés pendant un an, de quelque 1 500 dictées en imagerie médicale dus au surplus de travail qui incombait à la personne responsable.

Comme autre exemple, il cite le cas d’un enfant qui, cet été, s’est présenté à l’urgence avec un bras fracturé et qui a dû être transféré au CSSS de Rimouski-Neigette parce qu’il manquait de personnel et d’équipements requis à Sainte-Anne-des-Monts. «Ça ne veut pas dire que les gens à l’urgence ne sont pas compétents, prend-il le soin de préciser. C’est une question de surcharge de travail.»

Défi du directeur général par intérim

Le nouveau directeur général par intérim, qui a été nommé il y a deux semaines, se montre conciliant par rapport à la situation de pénurie d’employés au sein de l’établissement. Il reconnaît les problèmes récurrents liés au recrutement de personnel. Mais selon lui, il y aussi un problème de rétention. «Ce n’est pas tout de recruter des gens, mais il faut savoir les garder», laisse tomber Bertin Riverin.

Toutefois, sa seule note discordante aux propos du syndicat se situe sur le plan du mode de financement. «C’est un raccourci facile de mettre la faute sur le mode de financement du ministère de la Santé, estime M. Riverin. La surcharge est causée par le manque de personnel. Il y a eu beaucoup de départs. Ça coûte cher au CSSS parce qu’on doit faire affaire avec des agences externes.»

À cela, le président du syndicat pose la question: «Si on offre deux heures par semaine à un employé ou qu’il est sur rappel, est-ce que c’est de cette façon qu’on peut recruter de nouveaux employés? On en recrute, mais on les perd parce qu’ils ne sont pas capables de vivre avec ce qu’on leur offre. Au syndicat, on demande à la direction d’ouvrir des postes à temps complet, avec des salaires adéquats pour que les employés puissent s’établir chez nous et qu’ils puissent faire rouler le fonctionnement de l’établissement.»

Urgence de redresser la situation

La priorité du directeur général par intérim est d’améliorer les relations de travail qui ont dégénéré au cours des derniers mois. «Je ne suis pas un sauveur, indique M. Riverin, qui possède près de 40 ans d’expérience au sein du réseau de la santé. Je n’ai pas la pensée magique. Mon défi est de commencer à redresser la situation dès maintenant. Il y avait un abcès à crever et il a été crevé. La personne qui causait les problèmes est partie.»

Le dirigeant fait ici allusion au cas du directeur des ressources humaines qui avait été engagé l’an dernier. À l’issue d’une enquête menée à son endroit, Pierre Francoeur a été congédié. Le rapport récemment déposé par l’observateur du ministère de la Santé, René Lepage, en fait d’ailleurs largement état.

«Avec l’arrivée du nouveau DRH en août 2011, les relations de travail avec les cadres et les employés se sont détériorées, écrit-il. L’ingérence du directeur des ressources humaines dans le champ de responsabilités des autres directeurs est également soulevée. De nombreux comportements inappropriés, des irrégularités et de l’incohérence de décisions administratives de la part de ce dernier me sont rapportés.»

Les observations relevées dans le rapport de l’émissaire du ministère ne sont pas plus tendres envers la directrice générale, Hélène Laprise, qui a démissionné il y a environ un mois.

«L’absence de prise de position face aux agissements de son directeur des ressources humaines dénoncée par certains de ses directeurs a contribué à miner la crédibilité de la d.g., suspectant ainsi qu’elle approuvait et même encourageait de tels agissements, continue M. Lepage. Le manque de respect et d’écoute de la directrice générale à leur endroit est un problème important. Depuis l’arrivée du DRH, la situation se serait aggravée, allant même jusqu’à de l’intimidation personnelle après les rencontres auprès de personnes ayant osé s’exprimer, d’où la peur de représailles.»

«J’ai eu beaucoup d’échanges avec M. Lepage, indique le directeur général par intérim. Son rapport est mon document de démarrage. Depuis mon arrivée, j’ai rencontré plusieurs personnes pour recréer un niveau de confiance.»

Un médiateur du ministère des Relations de travail devrait bientôt débarquer au Centre de réadaptation L’Escale, l’une des entités du CSSS de la Haute-Gaspésie, dont le manque d’employés serait particulièrement criant. Le président du syndicat espère que le ministère puisse également étendre son mandat à l’ensemble du CSSS.

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