Pêches

Crabe: un aide-pêcheur parle d'exploitation

Par Gilles Gagné, journaliste, graffici.ca
« Le crabe est une bonne source de revenus, mais c’est mal distribué », estime un aide-pêcheur.

« Le crabe est une bonne source de revenus, mais c’est mal distribué », estime un aide-pêcheur. Photo : Gilles Gagné

CARLETON, mai 2018 – Les revenus des aides-pêcheurs sont-ils à plaindre? Les sommes gagnées et le mode de paiement varient considérablement selon la flotte, et même d’un capitaine à l’autre. GRAFFICI a tenté de dresser un portrait nuancé. Aujourd’hui, les crabiers.

En 2017, les crabiers évoluant dans le sud du golfe Saint-Laurent ont connu une année record, avec des quotas variant entre 450 000 et 500 000 livres par bateau, et un prix avoisinant les 5 $ la livre. Les revenus bruts par permis ont donc atteint un minimum de 2,25 millions $, et parfois un peu plus de 2,5 millions $. C’était au moins le double de 2016.


Pourtant, une proportion indéterminée mais importante d’hommes de pont n’ont pas vu leur salaire augmenter sur les 35 crabiers gaspésiens traditionnels de cette zone, note l’un de ces hommes de pont, que nous appellerons Adrien, un prénom fictif.


« Je suis payé à la semaine. Mon salaire est passé de 1200 $ à 1300 $ par semaine [une hausse de 8,5 %]. On a pourtant pêché deux saisons en une. Ça peut paraître une bonne paie, 1300 $ par semaine, mais quand on regarde le salaire horaire, ce n’est pas fort. J’ai travaillé 1300 heures sur le bateau l’an passé, avec le temps de préparation avant la pêche. J’ai été payé pour 900 heures. Pensez-vous qu’on mérite plus? On travaille presque au salaire minimum, et dans des conditions extrêmes, en avril et mai, en pleine mer, souvent plus de 100 heures par semaine dans le temps de la pêche. Ça donne 1 % de la valeur des prises pour chacun des quatre hommes de pont. À côté de nous, les Micmacs, du monde comme nous autres, paient leurs hommes de pont 65 000 $ à 70 000 $ pour la saison, et nous avons 25 000 $ », dit-il.


« Cette année, on entend que le prix pourrait monter à 6 $ la livre. Oui, le quota a baissé, mais les revenus par bateau vont quand même atteindre 1,3 million à 1,4 million $. Je ne dis pas que tous les crabiers paient mal leur monde. Il y en a des bons et des mauvais. Le crabe est une bonne source de revenus, mais c’est mal distribué », conclut-il.

L'Association réfute
Le président de l’Association des crabiers gaspésiens, Daniel Desbois, croit que les aides-pêcheurs sont généralement bien payés et il réfute les allégations de Gilles Albert à l’effet qu’ils sont sous-rémunérés.


« Premièrement, c’est difficile à vérifier, que les hommes de pont sont mal payés. Ce sont toutes des entreprises indépendantes [les compagnies des crabiers]. Il y a un manque de main-d’œuvre en Gaspésie. Si les aides-pêcheurs étaient mal payés, si quelqu’un ou plusieurs d’entre eux se sentaient menacés, les hommes de pont pourraient aller ailleurs. Ils ne le font pas », aborde M. Desbois.


Il précise que très peu de crabiers fonctionnent à pourcentage, même s’il y a 30 ans, « c’était la norme. Mais il y a eu un gros creux dans la ressource à la fin des années 1980 et la pêche s’est limitée à deux ou trois semaines. Pourtant, tous les hommes de pont ont été payés pour se qualifier au moins à l’assurance-emploi ».


En 1989, il fallait dix semaines de travail pour se qualifier à ce qui s’appelait alors l’assurance-chômage. Quand le quota de crabe des neiges a chuté de 63 % en avril 2010, il fallait 14 semaines pour qualifier les membres d’équipage à l’assurance-emploi.


« Nous avons payé les hommes de pont 14 semaines », rappelle Daniel Desbois. « La plupart des gars sont bien payés. »


Au sujet de l’année record en 2017, il note que « plusieurs gars ont eu des bonis à la fin de la saison mais ça reste une affaire d’entreprise et chaque crabier a sa façon de gérer ».
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