Tourisme, Transport

Compressions à Orléans : Percé réclame le statu quo

Par Nelson Sergerie, journaliste, graffici.ca
Percé pourrait perdre le service d'autocars si la Commission des transports du Québec accepte le plan de réduction de service proposé par Orléans Express.

Percé pourrait perdre le service d'autocars si la Commission des transports du Québec accepte le plan de réduction de service proposé par Orléans Express. Photo : Nelson Sergerie

PERCÉ – Le maire de Percé, André Boudreau, indique que « tout le monde est estomaqué » à la suite de l'annonce de Keolis Canada, propriétaire d'Orléans Express, de ses intentions de ne plus desservir la municipalité touristique à compter du 6 juillet prochain.

« Ça n'a pas de bon sens », lance d'entrée de jeu le maire Boudreau au lendemain de l'adoption par le conseil municipal d'une résolution qui demande rien de moins à la Commission des transports du Québec (CTQ) de « mettre le dossier de côté et qu'ils [Orléans Express] retournent faire leurs devoirs ».

Selon le plan qui sera déposé lundi prochain à la CTQ et qui est affiché dans les autocars de l'entreprise, Orléans a l'intention de ne plus desservir Percé. Actuellement, deux départs vers Gaspé et deux départs vers Rimouski sont disponibles quotidiennement.

« Je suis conscient qu'une entreprise ne peut rouler à perte », souligne M. Boudreau, qui ne veut pas parler de solution acceptable. « Ça va au-delà de la simple équation des compromis qu'on est prêt à faire. On n'a plus de train, on n'a pas de taxi sur le territoire. Les gens ont été assez malmenés au cours des dernières années. Je ne vois pas de compromis. »

Des impacts pour les entreprises

M. Boudreau souligne que des entreprises de sa municipalité seront touchées directement par la fin du service d'Orléans Express à Percé. Il donne comme exemple l'entreprise Fumoir Monsieur Émile qui expédie ses produits frais par autocar.

« Depuis hier, il y a tellement d'exemples qui sortent. Je le vois tous les après-midi à l'autobus envoyer son saumon sur le marché extérieur. C'est la façon idéale pour lui d'envoyer rapidement sa marchandise », illustre le maire.

Pour M. Boudreau, « on essaie de se relancer. On avance d'un pas et on recule de deux avec une affaire comme ça. C'est difficile de concevoir ça en 2014. » Il craint une fois de plus la publicité négative engendrée par cette nouvelle en début de saison touristique.

« C'est toujours des affaires comme ça qui nous arrivent au moment où les gens sont à l'affût de la région, mais ce qu'ils entendent sur les médias nationaux qu'il n'y a plus d'autobus à Percé », indique le maire.

L'an dernier, la question de la fermeture du quai au tout début de la saison touristique avait défrayé la manchette à l'échelle nationale. « Ce n’est pas de notre faute à nous autre, ce n’est pas parce qu'on n'a pas fait notre job », lance M. Boudreau.

1 commentaire

Michel L. Fréchette a écrit le 10 mai 2014

En premier, même après 3 jours que cette nouvelle serpente dans le quotidien de nos concitoyens, voici le premier commentaire. On aurait dû s’attendre à plusieurs interventions et d’opinions de désapprobation allant tous dans le même sens : IMPENSABLE, INADMISSIBLE et épithètes apparentées en support au Conseil de Ville de Percé qui constate la disparition du point de service de la carte des autobus. Or RIEN comme si la nouvelle ne rejoignait pas l’appréciation de nos élu(e)s. Orléans Express lit bien le message ou l’absence de réaction à la nouvelle. Les média sociaux sont un outils de perception des tendances. Que fait-on? Une résolution en Conseil de ville de Percé mardi dernier. Une résolution laconique et timorée car éloquente du désarroi de nos élus et élue comme dans chacun plusieurs des dossiers touchant nos infrastructures (quai, mur de soutènement, aéroport, voie ferrée, ports et j’en passe). On dirait qu’elles sont écrites en mode « copié-collé » en ne changeant que le titre et la liste des destinataires en fonction des résultats des élections. Du fait que nous vivons largement avec l’argent des autres à coup de subventions destinées à barder de lard les entreprises privées qui, en usant de ce chantage politico-social, se déclarent non rentables pour leurs actionnaires, on tend à oublier trop facilement que l’argent des payeurs de taxes ne sera pas au rendez-vous quand viendra le temps de redonner vie à ce qui est d’usage public et structurant. Le présent gouvernement nous sert un sérieux avertissement: compression. Peut-être que les citoyens et citoyennes souhaiteraient avoir une idée des démarches de concertation entre les multiples paliers d’élus appuyés par leur administration publique respective pour les convaincre qu’un véritable combat est engagé pour la survivance des services d’intérêt public et des infrastructures qui commandent notre développement. Habituellement, on est inspiré par des leaders et on se motive à les appuyer si la cause nous est 1) expliquée, 2) juste et légitime. Je me rappelle celle de l’assurance emploi qui a mobilisé plusieurs personnes dans une démarche si improbable face au pouvoir de la partie adverse qu’elle autorisait l’échec et la frustration. Mais en est-il de même lorsqu’une société privé assumant une responsabilité sociale à travers un rendement économique vient nous affecter dans la proximité de notre quotidien? Notre ministre de la région. M. D’Amour en tournée dans la Baie des Chaleurs (sic) n’a certes pas alimenté les sentiments et rapproché les esprits sur ce dossier. J’aurai retenu que de faire circuler des autobus avec 3 ou 4 passagers pouvait inspirer légitimement des gestionnaires d’entreprises privées à repenser leurs opérations et qu’il s’en remettait à la Commission des transports du Québec. Lire : je ne veux pas m’en mêler et je pelte le tout chez le voisin. J’espère que son confrère aux Transports ou autre département concerné est au courant. La gouvernance matricielle ne semble pas s’activer. Devant un dénouement du « tout ou rien » le 6 juillet, personne n’ose suggérer un rapprochement avec la clientèle, d’imaginer des horaires variables selon les statistiques passées, d’utiliser des véhicules plus économes et moins surdimensionnés pour les volumes de transports avec une attention entre le rapport passagers-cargo. Notre situation en Gaspésie est identique à celle de toutes les régions dépendantes des transports collectifs et ce, de par le monde. En fait, tous les systèmes se ressemblent et sont fonction des volumes et des fréquences. Un autre modèle s'impose. Le réflexe local (et non un acte conscient): confier les dessertes inter municipales au Regim qui lui-même cherche sa vocation et sa justification économique. Un pneu de rechange, on est sauvé. Or le propriétaire (Keolis), qui est européen, voit des coûts au kilomètre et non la réalité du terrain. Il voit des dividendes qui lui échappent à cause d’autobus vides non rentabilisés à la hauteur du rendement attendu de ses investissements. L’ancien gouvernement (paix à son âme) avait une bonne idée mais tellement mal présentée qu’il n’a pas eu le temps de la capitaliser : L’électrification des transports. Imaginons que nous sommes propriétaires d’une voie ferrée à peu près carrossable, historique, unificatrice, d’un tracé d’une beauté exceptionnelle qui doit être rentabilisée. Imaginons une desserte plusieurs fois par jour entre Gaspé et Matapédia pour l’ensemble de notre population au lieu d’un instrument voué exclusivement à des fins touristiques à des fréquences rarissimes. Imaginons que nous avons un moteur-roue qui est développé avec nos taxes et notre génie et qui est un instrument du futur au présent. Imaginons que nous avons une usine située à 600km capable de construire des véhicules qui circulent par toute la planète. Imaginons que nous sommes sensibles au réchauffement de la planète tout en admettant la nécessité du développement économique. Imaginons que nous avons un immense besoin de fierté collective à voir un succès unificateur plutôt que des mirages vaporeux et d’acceptabilité sociale controversée alimentés par des intérêts mal déclarés et des agendas obscurs. Je vous laisse deviner la suite et plus particulièrement que nous serions tous gagnants incluant Orléans Express car il pourrait à terme se concentrer sur les tronçons les plus rentables et ainsi payer plus d’impôts sur des bénéfices réels. Et non abuser des subventions ou des crédits d’impôts pour réaliser une fonction sociale savamment orchestrée comme non rentable. Ce serait quoi d’ériger la Gaspésie comme un laboratoire de transport intermodal de portée internationale et de se donner un calendrier de 5 à 7 ans pour assembler les ingrédients de la recette. Au lieu de fournir des pistes de solutions, nos élu(e)s qui produisent ce type de résolution sont rendus comme plusieurs : geignards mais cette fois, en notre nom à tous car ils et elles sont le résultat du mandat que nous leur accordons comme citoyens. Les résolutions, tout le monde en fait en début d’année, pour ce que cela vaut… Les révolutions, même tranquilles, occupent toute une vie et mobilisent les populations. Une seule petite lettre peut changer le destin de nos collectivités.

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