Politique

Comme un chien dans un jeu de quilles: l'arrivée d'un candidat indépendant dans Bonaventure

Par Alexis Deschênes, blogueur, graffici.ca
Alexis Deschênes, notre nouveau blogueur, pratique le droit à New Richmond, une seconde carrière après le journalisme.

Alexis Deschênes, notre nouveau blogueur, pratique le droit à New Richmond, une seconde carrière après le journalisme. Photo : Sara Lacroix

CARLETON-SUR-MER, août 2018 – Imaginez que vous êtes un élu municipal bien en vue dans votre région et que vous annonciez deux ans avant l’élection québécoise que vous souhaitez vous présenter pour le parti au pouvoir.


Pendant ces deux ans qui vous séparent de l’élection, vous devez concilier votre rôle de maire, de préfet de la MRC d’Avignon et de président de la table des préfets de la Gaspésie et des Îles avec celui de futur candidat du parti au pouvoir.


Quand les députés de l’opposition de la région dénonceront le gouvernement en place à cause de sa lenteur à lancer la réfection du rail gaspésien, vous leur demanderez de se taire pour deux semaines, le temps de laisser le gouvernement finaliser son annonce prochaine (Radio-Canada, 28 avril 2017).  Faut pas indisposer nos futurs collègues!


Quand le gouvernement en place annoncera 1,66 million de dollars par année pour le développement régional (par le truchement du Fonds d’appui au rayonnement des régions-FARR), vous vous direz heureux. Même si le budget annuel du FARR était de 10 millions de dollars avant les coupures du gouvernement (Le Pharillon, 23 août 2017). Faut miser sur le positif quoi!


Bref, vous faites de votre mieux pour défendre votre région tout en protégeant le parti dont vous souhaitez porter les couleurs. Alors quand, après tant d’équilibrisme, le parti au pouvoir vous indique 4 mois avant l’élection qu’il ne veut plus de vous et qu’il optera plutôt pour un autre candidat plus jeune bien que non résident de la circonscription depuis 20 ans, vous réagissez comment?


Le 15 août dernier, lors de l’annonce officielle de sa candidature comme indépendant pour l’élection d’octobre prochain, M. Guy Gallant assure quant à lui qu’ « il n’y a pas d’amertume » dans sa décision. Vraiment?


Autant le parti libéral que M. Gallant en seraient venus à la conclusion qu’ils ne pourraient travailler ensemble, dit-il. Parions que la discussion a dû porter en partie sur la position du préfet qui dénonçait en 2016 le projet de loi 106 du gouvernement libéral portant sur l’exploration des hydrocarbures … Il y a une limite à l’équilibrisme.


Dans tous les cas, sa venue vient chambouler la dynamique électorale dans Bonaventure. On doit reconnaître qu’il s’agit d’un candidat sérieux et bien enraciné dans son milieu. Il est maire de St-Alexis-de-Matapédia depuis 15 ans, préfet de la MRC d’Avignon depuis 5 ans, président de la table des préfets  depuis 4 ans et vice-président du CA de l’UPA-Gaspésie-les-Îles, notamment. Par ses multiples fonctions, il ne peut qu’être bien au fait des enjeux et des défis dans Bonaventure, tout en ayant une bonne connaissance des acteurs clés dans le comté.


Aussi, M. Gallant jouit d’un avantage indéniable. La capacité de dire ce qu’il pense, sans avoir à se soucier de ne pas contredire les positions d’un parti national.


Par contre, M. Gallant ne peut rien promettre d’autre que de défendre les intérêts des gens de Bonaventure. Un peu comme les candidats du Bloc québécois, il n’aspire pas au pouvoir et ne pourra pas s’y retrouver. À moins de circonstances exceptionnelles dans un gouvernement minoritaire, il n’aura pas le pouvoir d’agir. Seulement celui de parler.


C’est peut-être une des raisons qui explique que, traditionnellement, les électeurs sont peu friands des candidats indépendants. Dans Bonaventure, un seul candidat indépendant a tenté sa chance depuis 1973. C’était lors de l’élection partielle du 5 décembre 2011. Le candidat  Martin Zibeau avait recueilli 131 votes, soit 0,82 % d’intentions de vote exprimées…


M. Gallant dit avoir beaucoup discuté avec Gaétan Lelièvre, député indépendant de Gaspé, avant de se lancer. Il faut rappeler que M. Lelièvre a d’abord été élu sous la bannière d’un parti national, ici le Parti Québécois, avant de devenir indépendant pendant son mandat. Tout comme la totalité des autres députés maintenant indépendants à l’Assemblée Nationale. 


Les exceptions sont rares. Dans la très particulière région de Québec, l’animateur André Arthur est le dernier candidat indépendant à avoir été élu en 2006 et en 2008 lors d’élections fédérales.


On peut dresser un parallèle intéressant avec Jean-François Fortin, l’ancien député bloquiste de Haute-Gaspésie-La Mitis-Matane-Matapédia. Après avoir été élu pour le Bloc Québécois avec 36 % des voix en 2011, il a quitté le parti souverainiste pour fonder Forces et démocratie et obtenir moins que 12 % lors de l’élection fédérale de 2015. Malgré son statut de député élu et la couverture médiatique obtenue suivant la création de son nouveau parti, M. Fortin a terminé 4e, 9 points derrière la nouvelle candidate bloquiste.


M. Gallant assure qu’ « il y va pour gagner » et que «  les gens sont prêts à passer à autre chose en politique ».  Disons à tout le moins qu’il s’est donné un grand défi… et laissons les électeurs décider le 1er octobre prochain.


Entretemps, les libéraux dans Bonaventure craindraient que l’arrivée de M. Gallant vienne diviser leur vote et favoriser le député sortant Sylvain Roy. Il semble probable en effet que son arrivée leur nuise. Le parti libéral semble avoir mal évalué le désir d’implication politique du maire de St-Alexis, ou son niveau d’amertume…


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Note sur l’auteur
Alexis Deschênes est un avocat natif de Cascapédia-Saint-Jules. Il pratique le droit à New Richmond depuis 2015. Il a été auparavant journaliste pendant 12 ans dont 4 ans à titre de correspondant parlementaire à l’Assemblée Nationale du Québec pour le réseau TVA. Il a aussi été candidat du Parti Québécois lors de l’élection d’avril 2014, et président du PQ dans Bonaventure en 2016 et jusqu'en septembre 2017, date à laquelle il a quitté son poste de président ainsi que l'exécutif. Il n'exerce depuis aucun rôle actif dans un parti politique.

 

 

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