Développement économique et exportation

Combler le « trou noir » grâce aux pêcheries

Par Geneviève Gélinas, journaliste, graffici.ca
Annie Trudel (à droite avec la casquette blanche) travaillera cinq semaines à la transformation de homard chez Lelièvre, Lelièvre et Lemoignan avant ses 14 semaines comme serveuse à Percé.

Annie Trudel (à droite avec la casquette blanche) travaillera cinq semaines à la transformation de homard chez Lelièvre, Lelièvre et Lemoignan avant ses 14 semaines comme serveuse à Percé. Photo : Geneviève Gélinas

SAINTE-THÉRÈSE-DE-GASPÉ – Des travailleurs de la forêt et du tourisme œuvrent dans des usines de produits marins ce printemps pour éviter le «trou noir» de l’assurance-emploi.

La réforme de l’assurance-emploi des conservateurs a mis fin aux cinq semaines supplémentaires de prestations grâce auxquelles plusieurs travailleurs saisonniers évitaient une période sans salaire ni prestations.

Roméo Sweeney, travailleur sylvicole de 66 ans, aurait pu croupir dans ce «trou noir» pendant un mois et demi. «J’ai manqué de [prestations] de chômage début avril», dit-il. Il travaille plutôt à l’usine de transformation du crabe E. Gagnon et Fils, à Sainte-Thérèse-de-Gaspé. Vers la mi-juin, il retournera faire du débroussaillage en forêt, son emploi habituel.

Annie Trudel gagne sa vie comme serveuse au Manoir de Percé l’été. Ses 14 semaines ne lui permettent pas de «faire le tour». Elle décortiquera donc du homard chez Lelièvre, Lelièvre et Lemoignan de Sainte-Thérèse pendant cinq semaines, avant la saison touristique.

Des secteurs qui se complètent

Pour assurer une transition en douceur, certains employeurs signent un «protocole de prêt de main-d’œuvre» avec le travailleur, qui garantit son retour à son travail habituel. De toute façon, à la mi-juin, la saison de pêche au crabe sera terminée, tout comme celle du homard local.

Le Regroupement des employeurs du secteur bioalimentaire, qui unit neuf usines gaspésiennes de produits marins, est à l’origine du système, même si plusieurs travailleurs ont accompli la démarche par eux-mêmes.

Le regroupement, qui recrute des travailleurs tous les ans pour le compte des usines, a concentré ses efforts auprès des victimes du trou noir cette année. Et ça a fonctionné. «C’est la première année qu’on ne manque pas d’employés», indique Jean-Paul Shannon, directeur du regroupement. Il évalue qu’environ 50 travailleurs du tourisme et de la forêt vont être employés dans les pêcheries, des secteurs qui se complètent. «Le tourisme et la forêt commencent vers la mi-juin. Nous, on a des emplois à partir du 1er avril.»

Prévenir l’exil

La partage de main-d’œuvre permettra de retenir les travailleurs sylvicoles en Gaspésie, estime Sylvain Réhel, directeur des Entreprises agricoles et forestières de Percé. Les compagnies

d’aménagement forestier n’ont pas les moyens de les employer plus que 14 ou 15 semaines par an, indique le directeur. Le trou noir aurait pu les forcer à s’exiler. «On n’a pas de relève, explique M. Réhel. Et chaque fois qu’on perd un employé, on perd ce qu’on a mis en formation.»

Les usines de pêche y trouvent leur compte. «Ça nous a permis d’ouvrir une deuxième section de l’usine durant le quart de nuit pendant notre rush de crabe. Les années d’avant, cette section était fermée [faute de main-d’œuvre]», indique Guillaume Dubé, d’E. Gagnon et Fils.

L’usine avait enclenché un processus pour embaucher des travailleurs étrangers ce printemps. Elle l’a suspendu: les travailleurs forestiers fournissent à la demande. «Les contremaîtres me rapportent que ce sont de bons employés, habitués de travailler dur», rapporte M. Dubé.

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