Colonie de fous de Bassan en déclin

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Le taux de survie des poussins oscille entre 5% et 10% en 2012, comparativement à 50% ou 60% en moyenne.

Le taux de survie des poussins oscille entre 5% et 10% en 2012, comparativement à 50% ou 60% en moyenne. Photo : Geneviève Gélinas

En 2012, le taux de survie des poussins de fous de Bassan de l’île Bonaventure est de cinq à 10 fois inférieur à la proportion habituelle, un signe qui inquiète les observateurs de cette colonie, la plus grosse du monde.

Considérant que le nombre de couples nicheurs sur la célèbre île gaspésienne avait déjà chuté de 20,7% entre 2009 et 2011, une perte de 12 300 couples, les gens sensibles au sort de l’espèce déploient encore plus d’efforts pour tenter de comprendre ce qui se passe.

Le taux de survie des poussins varie entre 50 et 60 % généralement, alors qu’il n’est que de 5 à 10% cette année. En 2009, la colonie de l’île Bonaventure comptait 59 586 couples, comparativement à 47 248 il y a un an. Le décompte de 2012 sera connu plus tard.

La biologiste Mélanie Sabourin, responsable du service de conservation et d’éducation du Parc de l’île Bonaventure et du rocher Percé croit que des problèmes d’alimentation, probablement liés à la chaude température de l’eau, et le désastre écologique causé par l’explosion de la plateforme de forage Deepwater Horizon, en avril 2010, peuvent expliquer une bonne partie du déclin observé récemment.

«La reproduction pose des problèmes en 2012. Il y a beaucoup de poussins abandonnés. Habituellement, un membre du couple reste au nid. Cette année, les deux membres partent se nourrir. Il s’est passé quelque chose», aborde Mme Sabourin.

«Les fous de Bassan plongent pour se nourrir, mais pas au-delà de 20 mètres. Si les poissons se trouvent plus creux pour rester en eau froide, ils sont inaccessibles», ajoute-t-elle.

L’eau chaude pourrait aussi avoir changé les moments choisis par les poissons pour migrer. Des pêcheurs commerciaux et sportifs ont ainsi remarqué une arrivée précoce de certaines espèces, comme le maquereau, et tardive, pour le hareng.

«Les oiseaux marins sont très synchronisés avec la ressource alimentaire, pour la reproduction. Ils ne peuvent pas s’adapter vite aux changements. Est-ce que c’est ponctuel? Il se passe quelque chose en milieu marin», insiste-t-elle.

Les observateurs de fous de Bassan de la colonie de Cape St. Mary’s à Terre-Neuve ont aussi vu des parents s’absentant longtemps et loin des nids.

«Il y a des fous de Bassan du côté nord de la Gaspésie, sur la Côte-Nord, à l’embouchure du Saguenay, dans la Baie-des-Chaleurs, en grand nombre, et pas seulement des immatures, qui prennent quelques années avant de joindre une colonie (…) On ne peut parler de seuil critique, mais c’est inquiétant», souligne Mme Sabourin.

Les côtes du golfe du Mexique sont souillées pour des décennies. Elles sont fréquentées par environ 25% des membres de la colonie gaspésienne de fous de Bassan. Plusieurs équipes de chercheurs conjuguent leurs efforts pour tenter de mesure l’impact du déversement causé par la plateforme de forage de BP.

La colonie de fous de Bassan de la Gaspésie avait augmenté constamment entre 1974 et 2009, passant de 16 400 à près de 60 000 couples.

«Depuis ce déversement, le Service canadien de la faune fait un inventaire annuel plutôt qu’aux cinq ans», note Mélanie Sabourin.

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