Agriculture

Collaborer pour s’établir

Par Geneviève Gélinas, journaliste, graffici.ca
À l’automne 2016, Bertrand Anel a acheté le troupeau de 15 vaches d’un éleveur de la Beauce, troupeau qui prospère à Cap-d’Espoir depuis.

À l’automne 2016, Bertrand Anel a acheté le troupeau de 15 vaches d’un éleveur de la Beauce, troupeau qui prospère à Cap-d’Espoir depuis. Photo : Geneviève Gélinas

CAP-D’ESPOIR, août 2018– Les éleveurs de Rocher-Percé n’avaient pas vu ça depuis des lustres : un nouveau qui n’est pas le fils ou la fille d’un fermier établi. Bertrand Anel élève des vaches pour vendre de la viande aux particuliers gaspésiens. En s’associant, il a trouvé le moyen de démarrer sans cumuler une dette faramineuse. Troisième de trois textes sur la relève agricole.

M. Anel, qui a grandi à Toulouse, en France, est connu des agriculteurs de Rocher-Percé. Implanté dans la région depuis 2005, cet ancien employé de la MRC, formé comme ingénieur agronome, s’occupait et s’occupe toujours d’un projet d’agroforesterie, pour planter du bois de qualité en bordure des champs.

Ses activités l’ont mené sur les terres de Lorenzo Athot, où il venait tailler des arbres. Démarrer comme éleveur? « Ça me paraissait improbable, je ne viens pas d’une famille d’agriculteurs. Mais j’ai vu des terres, et le besoin de relève […]. J’avais le goût de faire, et pas seulement d’aider », dit M. Anel.

L’homme de 40 ans a installé son troupeau sur la ferme de M. Athot, dans le 2e rang de Cap-d’Espoir. « Je n’aurais pas pu me bâtir une étable à 150 000 $. J’ai accès à ses infrastructures. De la mi-novembre à juin, nos animaux sont mélangés. En contrepartie, je soigne le troupeau l’hiver. » Les deux agriculteurs partagent la machinerie et font les foins ensemble.

M. Athot travaille à temps plein chez Revenu Québec. « Ça diminue ma charge de travail, il surveille les animaux quand je ne suis pas là. Ça me fait quelqu’un de confiance; c’est plus facile de partir en vacances », dit-il.

M. Athot est la quatrième génération d’éleveurs bovins. Ces dernières années, « on a vu beaucoup de gens quitter. Il y a déjà eu de la relève d’entreprises dans la même famille. » Mais un nouvel éleveur dans le décor de Rocher-Percé, « à ma connaissance, c’est la première fois », dit-il.

Au-delà des biens et services matériels, « je gagne autre chose », dit M. Anel. « Je bénéficie de l’expertise de Lorenzo. Ça m’évite des erreurs et quand c’est dur, je me sens moins tout seul. »

À trois sur une terre

Quand GRAFFICI est passé à Cap-d’Espoir à la mi-juin, M. Anel s’apprêtait à déménager son troupeau dans son pâturage d’été, à Val-d’Espoir. Il loue une terre sur la Côte des pères, une propriété jadis utilisée par la coopérative des Bio-Jardins du Rocher-Percé.

La terre est louée à trois. Benoit Couillard, de la microbrasserie Auval, y plante un verger de petits fruits destinés à ses bières. Benoit Tireau y cultive de l’ail et des légumes. Le fumier des vaches engraisse le verger. Le microbrasseur donne ses résidus de brassage – la drêche – aux vaches, qui en raffolent.

M. Anel estime qu’il faut 100 bêtes pour vivre d’un élevage vache-veau traditionnel, un modèle où l’on vend ses veaux à un intermédiaire à l’étape de l’engraissage. « Je veux les amener un peu plus loin, garder les veaux 14 à 18 mois. Je vais vendre la viande à des particuliers, en boîtes de 10 kilos avec une diversité de coupes […]. C’est 5 % plus cher qu’à l’épicerie, mais pour une viande de qualité supérieure, des animaux finis à l’herbe, pas au grain. »

La recette et l’ingrédient manquant

Bertrand Anel estime avoir investi 15 000 $ à 20 000 $ de fonds personnels dans son entreprise, la Ferme Percé Nature. La Financière agricole et le Programme de développement du secteur agroalimentaire lui versent un total de 70 000 $ en subventions. « Je n’avais pas les moyens de mettre tout ça en mise de fonds. Je serais en train de payer des intérêts, et un tout petit peu de capital. »

M. Anel reçoit 420 $ bruts par semaine (35 heures au salaire minimum) du Soutien aux travailleurs autonomes pour développer sa ferme. Cette mesure dure un an « mais dans le cas précis de l’agriculture, ce serait bien que ça dure de deux à trois ans », dit-il. « Le cycle d’élevage est long, il y a énormément de choses à apprendre. Si tu dois travailler à l’extérieur en même temps, ça devient extrêmement difficile. Ça ne coûterait pas si cher à la société et ça aiderait à l’établissement d’agriculteurs », juge M. Anel.

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