Cimenterie : Québec ne ferme pas la porte à un BAPE

Par Thierry Haroun, journaliste, graffici.ca
Le ministre délégué aux Régions et député de Gaspé, Gaétan Lelièvre.

Le ministre délégué aux Régions et député de Gaspé, Gaétan Lelièvre. Photo : Antoine Rivard-Déziel

Les groupes environnementalistes se réjouissent de l’ouverture manifestée par Québec quant à la possibilité de soumettre le projet de cimenterie de Port-Daniel à un examen du Bureau d’audiences publiques sur l’environnement (BAPE). 

En entrevue au Devoir la semaine dernière, le ministre délégué aux Régions et député de Gaspé, Gaétan Lelièvre, a laissé entendre que son gouvernement ne fermait pas la porte à cette éventualité. Il a déclaré que certains éléments restaient à analyser et à vérifier et que son gouvernement n’est toujours en mesure de trancher cette question pour le moment,  ajoutant que tout était sur la table.

Rappelons par ailleurs que ce même quotidien avait révélé en avril dernier dans le cadre d’une enquête que le projet n’est pas soumis à l’examen d’un BAPE du fait que l’avis de  projet a été déposé avant le 22 juin 1995, date à laquelle les normes environnementales ont été resserrées par Québec.

«Je suis vraiment heureuse que la porte ne soit pas fermée à un BAPE. Nous en demandons un depuis le printemps. C’est important d’en avoir un sachant que ce projet pourrait s’étendre sur 100 ans», affirme la porte-parole d’Écovigilance Baie-des-Chaleurs, Cynthia Dow.

Selon elle, les pressions exercées par les écologistes et certains citoyens ne sont pas étrangères à l’ouverture manifestée par Québec concernant l’éventualité d’un BAPE. «Je pense que tout ce qui a été fait depuis les débuts a eu un certain impact. On se rappellera que le promoteur Ciment McInnis n’avait aucune intention d’offrir une session publique d’information. Il y en a eu une finalement [le 5 décembre dernier]. Le promoteur a aussi dit qu’il n’était pas question de rendre publique la mise à jour environnementale, alors que maintenant il s’engage à le faire».

Même son de cloche du côté l’Association québécoise de lutte contre la pollution atmosphérique. «On est très heureux de cette ouverture. Maintenant, il faut que ça se traduise en actions concrètes et précises», note le président de l’organisme, André Bélisle.

Ce dernier apporte par ailleurs un bémol aux affirmations du président de Ciment McInnis, Christian Gagnon, à savoir que l’utilisation du coke de pétrole et du charbon comme combustibles pour la cimenterie n’aura pas d’impact sur l’environnement. «Ce n’est pas Alice aux pays des merveilles ! Dès qu’on brûle des combustibles fossiles, il y a un dégagement de toutes sortes de polluants dans l’air. C’est impossible qu’il n’y ait pas d’impacts. On ne peut pas se fier tout à coup à une compagnie qui va nous dire que tout est beau dans le meilleur des mondes», juge l’écologiste.

Le projet

Le coût du projet de la cimenterie est estimé à près de 750 millions de dollars. Les travaux de construction devraient débuter au printemps prochain.

Quelque 400 emplois seront créés lors des travaux et près de 100 emplois permanents en usine pendant l'exploitation du site.

Ce dernier contient plus de 450 millions de tonnes de calcaire, ce qui représente 100 ans d'exploitation. La production annuelle pourrait atteindre deux millions de tonnes de ciment.

10 commentaires

JF a écrit le 21 décembre 2012

@Albert Picard Une cimenterie peut-prendre d'autres combustibles que les combustibles fossiles et le transport maritime est beaucoup moins sensibles au variations du prix du pétrole car beaucoup plus efficace par unité transportées que les autres moyens de transport. Plus le bateau est gros moins il consomme. La matière première est beaucoup plus facile à transporter que les produits transformés à cause de l'espace occupé. Donc pour la transformation local, à part ce qui est utilisé en gaspésie bonne chance, de toute façon il y a un producteur de béton à Matane qui mettrait surement des batons dans les roues d'un tel projet de transformation.

Albert Picard a écrit le 18 décembre 2012

Oui monsieur Gaston Poirier. On est d'accord. Par ailleurs! le lien que j'ai voulu faire entre Gisement McInnis et la transformation sur place du ciment m'est venu d'un questionnement sur l'intérêt que pouvait avoir Beaudier Inc (qui s'occupe de faire fructifier les avoirs de la famille Beaudoin) dans le calcaire, c'est-à-dire dans le ciment. Pourquoi les Beaudoin qui sont de grands fabricants d'avion, de locomotives et de wagons s'intéressent-ils au ciment? Et c'est là que j'ai fait le lien avec la fabrication de blocs de ciment pressé supportant les rails de chemin de fer. On en fait encore en bois, mais de plus en plus on les fait en ciment pressé. Je ne sais pas ce qui mijote dans la tête des Beaudoin. Ils ont peut-être comme vision de produire des trains clé en main, tout inclu. ils sont peut-être en train de faire de l'intégration : vendre des trains et les voies ferroviaires également. J'ai tenté d'appeler Laurent ce matin, sur la recommandation de Pelletier, mais en vain. Cette idée est supportée par un autre questionnement. Pourquoi le Ministre Gaétan Lelièvre traine-t-il en longueur avant de se prononcer sur la tenue d'un BAPE? Il me semble que c'est pas très compliqué à prendre cette décision : on est devant un projet de mine à ciel ouvert en plein milieu d'un village située sur l'un des dix plus beaux littorale touristiques et qui, promet-on, va durer 100 ans, et qui nécessite la combustion de carburants fossiles (liquides ou solides). Ça me semble assez évident pichenette de pichenette! Je crois qu'il y a forcément d'autres enjeux. Est-on en train d'analyser la transformation secondairemetmtertiaire sur place du ciment? (En passant une idée soutenue par Québec Solidaire et copiée par le PQ) Des subsides gouvernementaux sont-ils envisagés? La question du rapatriement de l'industrie des manufactures en Chine ou ailleurs est devenu un enjeu actuel mondial, et cela à cause des coûts de transport qui augmentent avec le prix des combustibles fossiles qui propulsent les bateaux. C'est ce que Général Electric est en train de faire aux USA avec leur nouvelle gamme de chauffe-eau beaucoup plus performant en matière de consommation d'électricité. Ils sont maintenant fabriqués sur place. Adieu la Chine.

Albert Picard a écrit le 18 décembre 2012

@ m. Pelletier. Vous ne tarissez plus d'éloges à mon égard. Il y a quelques jours seulement vous traitiez mes propos de niaiseries. Est-ce changement d'idée de votre part ou est-ce une pirouette?

Bilbo a écrit le 18 décembre 2012

Dois-je comprendre que vous êtes inconfortables de ne pas avoir toute l'information à laquelle vous avez droit? Que vous n'aimez pas discuter sans savoir vraiment à qui vous avez affaire? Que vous n'appréciez pas que des règles toutes simples soient transgressées? Que la transparence est une valeur qui vous tient à coeur? Si c'est bel et bien le cas, nous sommes pour une fois en accord...

Jean Blais a écrit le 18 décembre 2012

Oui, vous devez bien avoir un nom de famille M. Bilbo ? Pourquoi ne pas l'écrire ?

Bilbo a écrit le 18 décembre 2012

Merci, M. Poirier. Très bien dit.

Gaston Poirier a écrit le 18 décembre 2012

Un bon projet n'a jamais peur d'un BAPE. Le BAPE doit cesser d'être vu comme un frein ou un truc d'environnementalistes : c'est plutôt un outil de concertation qui améliorer et fait grandir des projets. Un exemple? Les dossiers éoliens. Au départ, on dompait des éoliennes partout en se foutant des paysages et des gens qui habitaient les territoires. Vinrent ensuite les audiences du BAPE, qui auront permis d'amenuiser les impacts négatifs de ces grands projets et de les faire accepter par la généralité de la population. On ne doit jamais prendre l'acceptabilité sociale à la légère, car c'est le facteur qui sera déterminant pour la réussite ou non d'un projet : et le BAPE est un outil qui a fait ses preuves à cet effet, autant au niveau social, environnemental, qu'économique. Pour un promoteur qui n'a pas peur de mettre son projet à nu sur la table, le principal hic avec le BAPE, ce sont les délais que ça engendre... des délais qui, à mon sens, seront largement compensés avec un projet qui recevra l'assentiment de la population (via l'acceptabilité sociale).

Albert Picard a écrit le 17 décembre 2012

Vous avez lu les journeaux dernièrement? On annonce que c'est Noël et la Nouvelle Année bientôt. Vous savez, santé, paix et amour? Partez sur cette base, changez légèrement votre alimentation, ça vous adoucira, vous lirez plus lentement et vous y verrez plus clair. N.B. Beaudier Inc est le holding familial qui chapeaute les nombreux intérêts de la famille. Vous pensez bien qu'il n'auraient pas investi tout l'argent de la famille Beaudoin dans une seule cimenterie.

Albert Picard a écrit le 17 décembre 2012

Ce projet, dans sa forme actuelle, est inacceptable. Premièrement, les impacts environnementaux sont inconnus. Deuxièmement, le modèle économique dans lequel il s'inscrit est obsolète. Je passe sur les impacts environnementaux, pour m'attarder au modèle économique. Les prix du pétrole sont trois fois plus élevés que ce qu'ils étaient au début des années 2000. Et cette croissance ne s'arretera pas puisque la ressource pétrolière diminue. Donc le prix des combustibles utilisés dans la cimenterie vont continuer de croître. Et les coûts liés à l'exportation du ciment vont continuer de croître pour rendre un jour le ciment de ce projet non compétitif, et ce parce que les bateaux sont propulsés aux énergies fossiles. En définitive, si ce projet doit avoir lieu, deux choses doivent changer. Le mode de combustion à l'intérieur de la cimenterie (ça c'est mon hypothèse, mais étude indépendante du BAPE nous avisera) et la transformation du ciment doit se faire sur place (tuyaux pour ponceaux, section de tours d'éoliennes, briques à maçonnerie, supports rectangulaires en ciment pressé pour les voies de chemin de fer " railroad ties", etc, etc, etc). Si cela nécessite une baisse de production de 50% de la main d'œuvre, ce sera mieux que rien du tout. Les entrepreneurs qui ont un minimum de vision et qui croient (ce n'est pas difficile) qu'on peut manufacturer autre chose que des hambergers fast-food en Gaspésie installeront leurs entreprises manufacturières ici pour fabriquer ces objets. Elles emploieront forcément des travailleurs.

Louis-Patrick St-Pierre a écrit le 17 décembre 2012

C'est une bonne nouvelle. Pas à pas, ce projet avance pour le mieux. Si les séances publiques ne suffisent pas, c'est clair que le BAPE est la solution pour chasser toute ambiguïté. Mais bon, comme on dit, la "porte est ouverte", on va attendre de voir la suite. D'ici là, une autre séance du promoteur saura peut-être faire davantage la lumière sur le projet.

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