Cimenterie : un projet fortement attendu à Port-Daniel

Par Antoine Rivard-Déziel, journaliste, graffici.ca
Le projet de cimenterie à Port-Daniel pourrait créer jusqu’à 150 emplois.

Le projet de cimenterie à Port-Daniel pourrait créer jusqu’à 150 emplois. Photo : Gracieuseté - Rolando Segura

Alors que les trois MRC du sud de la Gaspésie ont officiellement appuyé le projet de cimenterie à Port-Daniel, des groupes environnementalistes demandent à ce qu’il soit soumis à une évaluation du Bureau d’audiences publiques en environnement. Qu’en pensent les résidents de Port-Daniel ? GRAFFICI.CA a passé une journée dans la municipalité.

Le soleil brille sur la petite localité de l’est de la MRC du Rocher-Percé en cette chaude matinée de printemps. À l’entrée du village, côté mer, une dizaine d’hommes retapent un bâtiment laissé à l’abandon depuis quelques années. Ces travailleurs mettent en œuvre le projet de Rolando Segura, un cuisinier originaire de Montréal et d’Anick Langlois-Mayer, de Port-Daniel, qui ouvriront bientôt un restaurant et un pub.  

M. Segura prépare ce projet depuis plus d’un an. C’est en décembre 2011 qu’il a entendu parlé pour la première fois de la cimenterie. «Les gens d’ici m’ont dit de ne pas trop y croire, car ils en entendent parler depuis 40 ans. Mais de toute façon, j’ai choisi Port-Daniel pour la beauté de son paysage alors, cimenterie ou pas, je crois au potentiel de l’endroit», dit-il, en faisant visiter son futur restaurant.

Se lancer en affaires dans ce village est un pari risqué. Ici, l’économie tourne au ralenti et la situation du marché du travail est peu reluisante. L’Institut de la statistique du Québec indique d’ailleurs que la MRC du Rocher-Percé, dont fait partie Port-Daniel, affiche le plus bas taux de travailleurs du Québec (53,2%).

L’arrivée potentielle de la cimenterie est-elle une bonne nouvelle ? «Ça donnerait un sérieux coup de pouce au démarrage du restaurant. Les travailleurs viendraient déjeuner, dîner et je pourrais même faire une cantine mobile pour eux», prévoit déjà le cuisinier, flairant la bonne affaire.

Selon le promoteur de la cimenterie, Gisement McInnis, le projet, évalué entre 500 et 700 millions de dollars, pourrait créer jusqu’à 160 emplois. Une possibilité qui «réveillerait un village endormi» soutient Anick Langlois-Mayer, la future propriétaire du pub. «Il y a déjà eu de la vie ici, avec des bars, des restaurants, deux salles de cinéma et une salle de quilles. Maintenant, il ne se passe plus rien», raconte celle qui est née à Port-Daniel.  

Pas à n’importe quel prix

Même si les deux jeunes entrepreneurs accueilleraient favorablement la venue de la cimenterie, ils ne souhaitent cependant pas que Port-Daniel devienne un village industriel. Et ils craignent que le terminal maritime de 500 mètres prévu dans le projet ne vienne gâcher la principale attraction de leur entreprise, la magnifique vue sur la mer. «Ça prend des emplois, de l’économie, mais en même temps, il faut essayer le plus possible de conserver la beauté de la place», souligne Mme Langlois-Mayer.

Confiance

Alors que plusieurs citoyens de la Baie-des-Chaleurs font preuve de beaucoup de méfiance envers le promoteur et les élus qui appuient le projet, les citoyens rencontrés à Port-Daniel tiennent, pour la plupart, un discours différent.

C’est le cas d’Alain Blais, qui a dû vendre au total 72 acres de ses terres situées sur le gisement de calcaire sur l’Anse McInnis, à l’ancien promoteur, Guy Rousseau, et au nouveau, Gisement McInnis. «Je suis très satisfait. Il n’a pas d’activité depuis un bon moment dans le coin. Et c’est ce genre de projet qui va faire revenir nos jeunes», déclare-t-il.

M. Blais, qui ne cache pas que la perte de ses terres familiales lui a fait un pincement au cœur, fait totalement confiance au promoteur et juge qu’une évaluation du BAPE et des rencontres publiques ne sont pas nécessaires. «Le promoteur promet d’utiliser les meilleures technologies pour minimiser les impacts sur l’environnement et je le crois», dit-il, sans équivoque.  

Selon lui, le comité de suivi, composé notamment d’élus municipaux, du Conseil régional de l’environnement, de pêcheurs de homard, du ministère du Développement durable et de l’Environnement et du promoteur, est suffisant pour s’assurer que le projet soit bien encadré par les intervenants du milieu.

Les élus ont aussi confiance

Le conseil municipal de Port-Daniel ne s’est toujours pas officiellement positionné sur le projet de cimenterie. Par contre, le maire, Maurice Anglehart et plusieurs conseillers municipaux, appuient publiquement sans réserve l’initiative de Gisement McInnis.

«Même si le conseil n’a pas adopté de résolution officielle d’appui à la cimenterie, je peux vous dire qu’il s’agit d’un projet rassembleur pour les élus», admet le conseiller Tony Langlois.

Ce dernier estime que Port-Daniel a aussi droit à du développement économique et s’explique mal la réaction des groupes environnementalistes. «Les élus provinciaux et fédéraux ont délaissé le sud-est de la Gaspésie depuis la fermeture de la Gaspésia au profit du secteur ouest. Ici, il n’y a rien qui bouge. Nous sommes dans un marasme économique énorme. Nous avons besoin de ces emplois», lance-t-il vigoureusement.

Sur le plan environnemental, M. Langlois préfère faire confiance au promoteur, plutôt que d’exiger une évaluation du BAPE. «Le BAPE ne changera pas les lois actuelles. Le promoteur nous dit qu’il respectera de hauts standards en environnement et c’est au comité de suivi et au ministère de l’Environnement de s’assurer que ce soit fait. Jusqu’à preuve du contraire, je leur ferai confiance.»

6 commentaires

Équipement de restaurant a écrit le 18 novembre 2013

Je suis d'accord. Les choses doivent changer. Pour etre bon, il faut coopérer avec nos amis les nouvelle ecossiens.

Équipement de restaurant a écrit le 4 novembre 2013

L'industrie de la peche de la Gaspésie aussi pourrait souffrir si les choses ne changent pas.

Maurice Anglehart a écrit le 26 juin 2012

Comme maire de Port-Daniel-Gascons, j'ai ete invite a assister et participer a toutes les presentations faitent par les representants de Gisement McInnis. La resolution d'appui du conseil municipal au projet de cimenterie a Port-Daniel-Gascons sera une formalite lorsque l'achat des equipements qui rencontreront les normes environnementales sera effectue. Avec les equipements viendront les specifications qui confirmeront que nous avons raison de faire confiance a des Quebecois comme la famille Beaudoin de Bombardier.

Bilbo a écrit le 18 juin 2012

Pourquoi le fait de demander un BAPE est-il percu comme de l'opposition au projet? Un BAPE, ça sert à faire la lumière sur un projet. Je ne suis pas contre le projet de cimenterie, mais contre le fait qu'un projet de cette envergure soit dispensé de tout processus public.

Martin Zibeau a écrit le 18 juin 2012

Bravo Antoine pour ce bel article qui présente un autre côté des enjeux entourant le projet de cimenterie. Assez nouvellement arrivé dans la Baie des Chaleurs, je ne prétends pas connaître ou comprendre tout ce qui touchent les aspects sociaux, économiques et environnementaux de l'endroit. Dans le dossier de la cimenterie en particulier, j'ai beaucoup de difficulté à me faire une idée claire de ce projet. Tout d'abord, le silence et lorsqu'il prend parole publiquement, l'ambiguïté du promoteur Gisement McInnis, ne m'aide pas à comprendre ni à me donner confiance en ce projet. Personne ne remets en doute l'importance de créer des emplois. Mais les gens sont-ils prêts à sacrifier "l'esprit" d'un endroit ou son environnement seulement pour des dollars ? Personnellement j'ai beaucoup de questions d'ordre général auxquelles le promoteur sur son site web pourrait facilement répondre : De quels types d'emplois parle-t-on lorsqu'on parle des 160 emplois ? Les gens de la place pourront-ils répondre aux exigences requises pour ces types d'emplois ? Faudra-t-il prendre des formations, et si oui, lesquelles et où pourrons-nous nous former ? On nous dit aussi que le marché visé est l'Est des États-Unis et que si la cimenterie s'installe en Gaspésie c'est que les cimenteries des É.U. ferment les unes après les autres à cause des exigences environnementales trop élevées là-bas. Est-ce que cela veut dire que les normes environnementales sont moins élevées au Canada ? Quelles sont les différences ? J'aurais des dizaines d'autres questions que je considère de base et auxquelles, il me semble, le promoteur ou même le comité dont vous parlez dans l'article pourraient répondre. Devraient répondre ! Et ce, sur une tribune publique à laquelle les habitants de la région auraient accès facilement et en tout temps. Si une telle tribune ne peut voire le jour, à l'aire de l'internet, je crois être en droit d'émettre de sérieux doutes face à ce projet. Et si tel est le cas, je considère qu'il est de mon devoir de faire l'impossible pour demander la tenue d'un B.A.P.E. instance qui pourra, elle, donner des réponses aux questions auxquelles en tant que citoyen j'ai droit d'avoir des réponses.

Albert picard a écrit le 18 juin 2012

Puisque c'est du concret, du solide, de l'avenir, c'est-dire les emplois et les retombées économiques qui motivent messieurs Langlois, Blais, Anglehart et compagnie pourquoi s'attardent-ils sur des mirages de promesses et de haut standards environnementaux non définis? Quelle est donc cette crainte refoulée, noyée au plus profond de la Baie des Chaleurs vis-vis le BAPE? Où se trouvent leurs chiens de garde pour vérifier que les navires étrangers remplis de sous produits pétroliers s'approchant dans la Baie respecteront nos lois environnementales et les pêcheurs gaspésiens? Nous ne sommes même pas capables de les faire respecter par une compagnie québécoise qui roule sur deux rails de fer parallèles! Pourquoi étouffent-ils dans l'oeuf l'exposition au grand jour des froids profits des promoteurs qui seront réalisés avec des ressources naturelles qui n'appartiennent pas qu'à eux uniquement, mais aux enfants qui nous suivent et qu'ils utilisent hypocritement comme bouclier pour contrer tout argument adverse? Pourquoi cette chape de plomb sur les raisons qui ont provoquées la fermeture de Noranda Mines à Murdochville, ou de celle de Gaspesia à Chandler, ou encore celle de Smurfiit Stone à New Richmond? Quel est donc leur jeu à ces messieurs/dames les personnages historiques devenus amnésiques? Faut-il leur rappeler que les forêts québécoises en général et gaspésiennes en particuleur ont été dévastés par des promoteurs qui les ont reçu en cadeau, les ont surexploitées dans l'unique but de faire des profits exportés chez eux, sans divesification ou deuxième et troisième transformation, celle qui est génératrice d'emplois nombreux, stables et qui permet aux communautés locales de se perpétuer? Si vous tenez à jeter l'ancre dans votre époque sortez votre slogan : " Abats les profits, à nous les emplois quitte à en mourir ! "

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