Développement économique et exportation

Cimenterie de Port-Daniel : entrevue avec le promoteur

Par Antoine Rivard-Déziel, journaliste, graffici.ca
Le porte-parole de Gisement McInnis, Denis Boucher, estime que le projet de cimenterie à Port-Daniel est l’un des plus prometteurs en Gaspésie sur le plan économique.

Le porte-parole de Gisement McInnis, Denis Boucher, estime que le projet de cimenterie à Port-Daniel est l’un des plus prometteurs en Gaspésie sur le plan économique. Photo : Antoine Rivard-Déziel

Alors que les groupes environnementalistes demandent à ce que le projet de cimenterie à Port-Daniel soit soumis à des études environnementales indépendantes, plusieurs élus municipaux de la Gaspésie souhaitent qu’il fasse l’objet de rencontres publiques. Le promoteur du projet, Gisement McInnis, n’est pas convaincu. Son porte-parole, Denis Boucher, fait le pari que l’entreprise peut démontrer que la cimenterie sera un modèle de «performance environnementale» sans passer par une évaluation du BAPE et des séances publiques. Entrevue.

Comment pouvez-vous garantir un minimum d’impacts environnementaux ?

Nos choix technologiques ne sont pas encore arrêtés. Par contre, nous sommes en discussion avec plusieurs équipementiers afin d’obtenir les meilleures performances sur le plan environnemental. Nous souhaitons que la cimenterie devienne un modèle en Amérique du Nord. Pour profiter du marché convoité, la côte est américaine, nous devrons nous plier à des normes environnementales très strictes qui entreront en vigueur aux États-Unis en 2013. Les Américains ont tendance à être protectionnistes, alors si nos installations ne répondent pas à leurs normes, ils taxeront nos produits. Par ailleurs, le ministère de l’Environnement suit notre projet à la trace. Je peux vous dire que ses représentants n’ont pas mis de gant blanc pour nous demander de mettre à jour notre étude d’impact environnemental. Pour nous, l’enjeu est trop important. Il n’est pas question d’escamoter quoi que ce soit.

Plusieurs groupes environnementalistes s’inquiètent des émanations polluantes provoquées par les combustibles qui serviront à chauffer le calcaire. Que leur répondez-vous ?

Ce qui rentre dans le four, c’est une chose, mais le plus important est ce qui en ressort. Si nous brûlions des graines de lin dans un four qui ne serait pas équipé des meilleurs filtres et que la combustion était mal contrôlée, il y aurait quand même des émanations polluantes. L’idée est de se munir de filtres à la fine pointe de la technologie. Et c’est ce que nous ferons. Pour le combustible, nous utiliserons le coke de pétrole, soit un sous-produit du raffinage du pétrole, ce qui est beaucoup moins polluant que du charbon. Nous pourrions aussi envisager d’autres combustibles, comme des pneus ou des déchets. Quoi qu’il en soit, pour chaque combustible que nous utiliserons, nous devrons obtenir un permis du ministère.

Si votre projet est à ce point novateur sur le plan environnemental, pourquoi ne pas en faire la démonstration publique en organisant des rencontres avec la population ?

Je comprends très bien le désir des citoyens de mieux comprendre, d’avoir plus d’information. Mais la rencontre publique est un mode de communication dépassé qui ne permet pas d’atteindre les résultats que les gens souhaitent obtenir. Dans ce type d’événement, certains prennent trente minutes pour saisir un élément, d’autres trois heures. Certains sont gênés de poser des questions pertinentes, alors que d’autres ne se gênent pas pour poser des questions absolument pas intéressantes. Communiquer avec le public est une priorité, mais la rencontre publique n’est pas une formule qui le permet. Récemment, en collaboration avec entre autres le Conseil régional de l’environnement, la MRC du Rocher-Percé, le maire de Port-Daniel et des pêcheurs de homard, nous avons mis en place un comité de suivi. Nous jugeons que cette formule, qui assure un lien direct et constant entre le promoteur et les intervenants du milieu, permet une meilleure communication avec les citoyens, comparativement à des rencontres publiques. Nous reconnaissons que les gens qui siègent sur ce comité forment un cercle restreint, mais, en même temps, ils représentent des milliers de personnes de différents milieux.

Un des principaux attraits de Port-Daniel est son paysage. La construction d’une cimenterie et d’un terminal maritime viendra-t-il le gâcher ?

Cette préoccupation est tout à fait légitime. La situation géographique du site de la cimenterie nous permet cependant de dire que les impacts sur le paysage seront minimes. La cimenterie sera construite sur un territoire enclavé peu visible du village. De la route 132, les gens apercevront le bout de la tour de préchauffement, tout au plus. De plus, il faut savoir que le terminal marin n’est pas un gros bloc de ciment. Il s’agit plutôt d’une suite de dix pylônes à travers lesquels un tuyau hermétique passera. D’une longueur totale de 500 mètres, il est certain qu’il fera partie du paysage de Port-Daniel. Par contre, le transport par bateau est plus écologique que le transport par camion. Par exemple, un chargement de bateau équivaut à 4 000 voyages de camions.

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8 commentaires

Jean-Marc Landry, Coalition Avenir Québec-Comté de Bonaventure a écrit le 3 juillet 2012

Un gouvernement de la Coalition Avenir Québec aura à coeur le respect de notre environnement et agira en fonction de principes clairs et en vue d’atteindre des objectifs bien définis. De tels objectifs, ne doivent toutefois pas être vu comme étant en contradiction avec des objectifs ambitieux de développement économique. La Coalition Avenir Québec refuse en effet de voir une opposition entre croissance économique et protection de l’environnement, entre développement durable et développement tout court. Dans une économie comme la nôtre, la croissance économique à long terme et l’épanouissement de notre société sont tout simplement indissociables de la protection de notre environnement, de l’adoption de comportements responsables en matière de consommation d’énergie et d’exploitation de nos ressources naturelles, et d’adhésion aux principes du développement durable. La Coalition Avenir Québec croit fermement que l’exploitation de nos ressources naturelles constitue une source de développement économique d’une grande importance pour le Québec. Cette exploitation ne doit toutefois pas se faire à n’importe quelle condition. D’une part, il est impératif qu’elle se fasse au bénéfice général des Québécois d’aujourd’hui et de demain. D’autre part, et de manière plus fondamentale, elle ne doit se réaliser que si les conditions de son acceptabilité environnementale et sociale sont remplies. En ce sens, l’action d’un gouvernement de la Coalition Avenir Québec prendra toujours en compte le principe de précaution. Dans le dossier de la cimenterie de Port Daniel, nous agirons de manière responsable auprès des promoteurs afin de faire progresser la réalisation de ce projet, et ce, en conformité avec les attentes exprimées par la majorité des gens de cette région, de tous ceux et celles qui souhaitent un avenir prospère et durable.

Benoit Trépanier a écrit le 2 juillet 2012

Dansletrouble, merci de vous identifier. Si vous n'avez pas le courage d'exprimer ouvertement vos opinions, cette tribune n'est pas pour vous. Merci de lire attentivement notre politique de publication.

Bilbo a écrit le 30 juin 2012

Nous pourrions aussi envisager d’autres combustibles, comme des pneus ou des déchets... Cette phrase à elle seule justifie toutes les inquiétudes... Pour profiter du marché convoité, la côte est américaine, nous devrons nous plier à des normes environnementales très strictes qui entreront en vigueur aux États-Unis en 2013... mais pour vendre au projets du Plan Nord, il n'y aura pas les mêmes restrictions...Pour nous aussi, monsieur Boucher, l’enjeu est trop important. Il n’est pas question d’escamoter quoi que ce soit, et surtout pas la participation du public

Nicole Grenier a écrit le 30 juin 2012

Les intentions de M. Boucher de rassurer la population sont louables mais il ne s'y prend pas de la bonne façon. Qu'il cesse de croire que des garanties verbales sans substance peuvent rassurer. Nous sommes des personnes intelligentes, éduquées, bien informées qui peuvent comprendre des données scientifiques. Qu'on nous les fournisse! Quand il dit ''qu'ils sont en discussion avec plusieurs équipementiers... '' c'est donc dire que rien n'est encore prévu alors qu'ils annoncent la début de la construction pour 2013, dans quelques mois en somme... ''Que les Américains sont perfectionnistes'', on a vu ça avec les gaz de schiste... et c'est un triste constat. La vérité est que M. Boucher n'a aucune réponse claire aux questions que nous nous posons. Et j'ai horreur des personnes qui prennent les Gaspésiens et les Gaspésiennes pour des êtres ignorants!

Martin Zibeau a écrit le 29 juin 2012

Je n'ai jusqu'à maintenant eu aucun intérêt et à peu près autant de connaissance sur un sujet tel qu'une cimenterie. Pourtant, je crois bien que j'aurais pu répondre avec autant, sinon plus de précisions aux questions du journaliste que l'a fait le promoteur du projet. QUAND AURONS-NOUS DE VRAIS RÉPONSES AUX QUESTIONS POSÉES ??? En attendant que les promoteurs de tels projets réalisent que nous ne sommes plus dans l'ère des relations publiques bidons des années '80, j'invite les gens qui ont le goût de s'organiser intelligemment à participer aux discussions de groupe comme "Les indignéEs de la Gaspésie", "Nous de la Gaspésie" sur facebook et http://nousdelagaspesie.blogspot.ca/

Bélisle André a écrit le 29 juin 2012

Monsieur Boucher émet plusieur affirmations enthousiastes voire jovialistes. La comparaison avec les normes américaines ne tient pas la route.Par exemple si les états américains dont il parle ne participent pas au Western Climate Initiative, comme la Californie et le Québec, leurs normes de CO 2 seront plus permissives qu'ici et c'est le cas du Maine, du Massachussets et du New-Hampshire pour ne nommer que les plus près. Cela est vrai pour d'autres polluants de l'air aussi... Par ailleurs, bien que des groupes, certainement bien intetionnés, participent aux discussions avec le promoteur, cela ne leur attribue pas nécessairement la qualité d'experts indépendants. Par ailleurs plusieurs groupes gaspésiens ont sollicité l'AQLPA comme groupe expert de ces questions, nous collaborerons avec eux et nous nous ferons un devoir de poser toutes les questions pertinentes tout en émettant nos opinions rigoureuses. Maintenant il est erronné de prétendre sans distinction que le coke de pétrole est plus propre que le charbon. Le coke de pétrole est le résidu restant en bout de raffinage et il contient bien souvent des polluants plus importants que le charbon...Il faut donc en connaître la provenance, la composition et le cycle de vie pour savoir. Maintenant si le promoteur pouvait démontrer toutes les qualités d'un projet exemplaire tel que le prétend monsieur Boucher, il aurait l'occasion, et ce serait à son avantage, d'en informer toute la population de la Gaspésie et du Québec lors d'une audience du Bureau d'audiences publiques sur l'environnement BAPE, ce que pourquoi nous entendons faire une demande.

Albert Picard a écrit le 29 juin 2012

Il n'existe aucun cas au monde où une mine ne laisse derrière elle un territoire de désolation et ruine. Dans le cas contraire monsieur Denis Boucher se serait empresser de le mentionner et de nous le donner comme un exemple qu'il suivra. Au lieu de me dire que la mine dera enclavée dont peu visible du regard des villageois, il vaudrait mieux qu'il me précise où il la veut la poignée dans mon dos. Monsieur Boucher, qui porte bien son nom, n'a pas l'air de comprendre les inquiétudes et le sentiment d'impuissance qui gagnent les Gaspésiens devant l'exploitation de leurs ressources naturelles sans qu'ils aient un mot à dire (pas de BAPE, pas de séances publiques de consultation et d'information sur le projet) et qui partent à l'étranger. Pas de transformation secondaire et tertiaire, donc pas d'emplois durables et permanents (pas ceux de la Noranda Mines à Murdochville qui ont tous disparus). Ce n'est pas ce que j'appelle du développement économique prometteur. On retourne encore une fois 50 ans en arrière où on donnait nos ressources naturelles pour une bouchée de pain. C'est ce qui a mis le feux au cul de Jean Lesage qui disait avant qu'il nationalise l'hydro-électricité, : "on ne pourra jamais rien réussir de durable au Québec si, on ne s'attaque pas à la racine du mal. Et la racine du mal, c'est que notre économie de nous appartient pas. Serons-nous toujours victimes de cet état d'esprit qui nous condamne à ne toucher que les miettes qui tombent de la table à laquelle mangent ceux qui viennent d'ailleurs." que disent Damien Arsenault (PLQ), Sylvain Roy(PQ), Jean-Marc Landry (CAQ). Rien! Sinon qu'ils se rangent derrière le promoteur. Il n'y a que la candidate Patricia Chartier de Québec Solidaire qui ose réclamer une participation majoritaire dans l'exploitation des ressources naturelles.. Faisons des pressions sur les politiciens et choisissont celle qui offre les meilleures possibilités de s'en sortir.

Marie-Eve Tessier a écrit le 29 juin 2012

Il faut faire attention de toujours écrire que c'est les groupes d'environnementalistes qui demandent que le projet soit soumis à des études environnementales, il y a une bonne partie de la population aussi qui le demandent.

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