Politique, Développement économique et exportation

Cimenterie McInnis: Avantage financier déloyal?

Par Thierry Haroun, journaliste, graffici.ca
Ciment McInnis se défend bien de nuire à l'industrie du ciment au Québec

Ciment McInnis se défend bien de nuire à l'industrie du ciment au Québec Photo : Thierry Haroun

PERCÉ - La future cimenterie d'un milliard de dollars à Port-Daniel-Gascons de Ciment McInnis est fortement contestée par un des gros joueurs de l'industrie, Lafarge Canada.

Dans une déclaration, dont nous avons obtenu copie, le directeur de la cimenterie Lafarge à Saint-Constant (Montérégie), Alex Wojciechowski, s'oppose fermement au projet gaspésien en se disant inquiet pour les emplois de sa propre usine.
« En tant que directeur d'usine, à la tête d'une équipe de plus de 100 employés syndiqués et non syndiqués à Saint-Constant, cette nouvelle me paraît très inquiétante. (...) Bien que le promoteur du projet prétend créer 100 emplois permanents en Gaspésie, il est possible que la création de ces nouveaux emplois entraîne des pertes d'emplois ailleurs, dont à notre usine de Saint-Constant », fait  valoir le directeur qui précise que d'après l'Association Canadienne du Ciment, les prévisions actuelles de la demande en ciment pour cette année sont de 1,7 million de tonnes, soit une réduction de 15 % par rapport à 2012.

Selon Alex Wojciechowski, il y a tout lieu de craindre la venue d'un nouveau joueur sur le marché. « Une production additionnelle de deux millions de tonnes à ces nouvelles installations en Gaspésie, tel que suggéré par le promoteur, Ciment McInnis, contribuera à un large surplus dans un marché qui est déjà saturé et affaiblira un secteur fragile de la construction, étant donné une demande insuffisante des réserves déjà existantes. »

Financement déloyal et injuste

Plus encore, le directeur de l'usine de Saint-Constant juge qu'un soutien éventuel par Québec envers Ciment McInnis, serait « une concurrence inégale entre producteurs de ciment, conférant à McInnis un avantage financier déloyal. Dans le passé, notre industrie a exercé ses activités sans grand soutien financier du gouvernement pour les nombreux projets destinés à la réduction de l'impact environnemental et à la croissance de notre poids économique par une production accrue. Si notre gouvernement apporte un soutien financier à ce projet, cela représenterait un avantage financier injuste pour ce nouveau joueur dans le secteur, négligeant par le fait même un soutien identique aux producteurs établis. »

Enfin, M. Wojciechowski prie Québec « de reconsidérer tout soutien financier pour le projet de Ciment McInnis en Gaspésie. Nous communiquerons avec notre député, Alain Therrien, (député péquiste de Sanguinet) ainsi qu'avec les leaders de notre communauté, pour les sensibiliser et obtenir leur soutien dans notre opposition à ce projet qui pourrait avoir des conséquences économiques dramatiques pour la communauté de Saint-Constant ».

On rappellera que Ciment McInnis souhaite une garantie de prêt de la part de Québec à hauteur de 30 % à 35 % des coûts du projet.

Réactions

En réaction, le président de Ciment McInnis, Christian Gagnon, a déclaré par courriel que son projet ne vise aucunement à détruire ou à déstabiliser des industries existantes. « Ciment McInnis est une nouvelle société, entièrement détenue par des Québécois, qui travaille à la création d'une cimenterie dont la production sera essentiellement exportée hors Québec. La mise en service de la cimenterie de Port-Daniel-Gascons n'aura que peu ou pas d'impacts sur l'industrie du ciment au Québec. D'autant plus que celle-ci est largement intégrée à l'industrie du béton ».

M. Gagnon a également tenu à dire que le projet gaspésien génèrera des retombées économiques considérables pour la Gaspésie et le Québec tout en rappelant que les installations, qui créeront des centaines d'emplois, seront les plus modernes et les plus efficaces sur le plan environnemental en Amérique du Nord.

13 commentaires

Albert Picard a écrit le 17 octobre 2013

Oui, bien certainement. Ils ne sont pas fous les gros investisseurs de $. C'est pour ça qu'ils ne se bousculent pas aux portes. Ça traîne encore. Lafarge et Ciment Québec ont raison et eux, contrairement aux pédaleux dans le vide, ont des chiffres pour appuyer leurs prétentions. Le marché est en surcapacité de production, la reprise économique tarde, de nouvelles cimenteries peuvent alimenter l'est des USA, etc... Et la je ne parle pas de BAPE ni de Jésus-Christ qui surveille dans les chambres à coucher.

Gaston Langlais a écrit le 17 octobre 2013

Bonjour, Je ne connais pas de promoteur prêt à engloutir des centaines de millions $ pour ériger un éléphant blanc. La cimenterie de Port-Daniel représente un investissement d'un milliard $. Les subventions gouvernementales ne pourront jamais atteindre une hauteur qui excèdera 50% des coûts totaux d'implantation. Alors des investisseurs sérieux, qui ont réussi en affaires sont maintenant disposés à perdre 500 millions $ dans le simple but de réaliser un éléphant albinos à Port-Daniel. C'est pas fort comme argumentation, ça ne passe pas le test. Il y a des personnes qui malheureusement sont contre tout projet de développement en Gaspésie, peu importe sa nature. En les prenant au sérieux, on pourrait demander aux gouvernements de nous octroyer un permis de quêteux permanent à l'image de Jambe de Bois dans les Belles Histoires des Pays d'en Haut. Fini le stress. On pourrait marcher lentement le long d'un ruisseau ou dans le Parc Forillon. Quêter sur les belles plages de la Baie des Chaleurs ou encore en raquettes sur une belle couche de neige fraiche, siffler avec les petits oiseaux enfin le Nirvana. Plus aucun besoin de se lever tôt, la vie en rose. Gaston Langlais - Gaspé.

Gaétan Briand a écrit le 17 octobre 2013

C'était acquis que Lafarge ne laisserait pas passer la nouvelle sans la commenter. Lafarge veut aussi l'argent du peuple. Que ce monsieur Wojciechowski se souvienne que l'entreprise McInnis crée de l'emploi en Gaspésie, une région du Québec qui attend sa juste part des argents du peuple depuis fort fort longtemps, trop longtemps même. J'arrive des USA et quelles belles routes ils ont.....en béton! Pourquoi pas au Québec? Là, j'entends les producteurs de bitume hausser crier comme des perdus. Que voulez-vous chacun tire la «couvarte» de son bord. C'est au tour de la Gaspésie Monsieur Wojciechowski

Jean-François Samuel a écrit le 17 octobre 2013

@Louis-Éric Savoie L'aluminium est le 3e élément le plus abondant dans la croûte terrestre et ça n'empêche pas qu'en temps de récession les stocks soient surabondants et que des usines ferment. De même, Il peut y avoir trop de béton sur le marché. D'ici 2016, selon le site globalcement.com, la demande aux États-Unis va être sous la capacité de production. Et ce même si ils estiment une croissance de la demande d'ici là (il y a donc présentement sur-capacité) En espérant que la demande reprenne pour ne pas que nos impôts financent un autre éléphant blanc. http://www.globalcement.com/magazine/articles/698-cement-in-the-usa

Albert Picard a écrit le 17 octobre 2013

Marché planétaire, incontournable, bon, le plus utilisé au monde, investissement inégalable. Etc. Etc. On fait de l'embellissement sémantique sur le dos de l'absence d'informations et d'études sérieuses indépendantes (BAPE). Même le Pape prie pour nous. C'est la chance de notre vie ce projet. Allez jouons à lancer les dés pour décider du reste de la vie des gaspésiens.

Marc Cayouette a écrit le 16 octobre 2013

Ça y est, nous devons être près du but, une dernière vague d'épouvantails se manifeste. Allez, il faut se rallier et profiter des ces contractions pour faire accoucher ce projet. De grâce, soyons tous de bonne foi, on ne peut se passer d'un investissement de cet ampleur dans notre situation économique. L'entreprise rencontrera les normes environnementales les plus sévères et je suis sûr qu'il y a déjà des volontaires pour la surveiller. Appuyons la venue de ce projet.

Louis-Eric Savoie a écrit le 16 octobre 2013

La cimenterie de Port-Daniel est incontournable pour la relance économique de la Gaspésie. Elle sera un pilier économique. Les propos de M. Alex Wojciechowski sont complètements farfelus. Le béton est le matériau de construction le plus utilisé au monde. Son volume de fabrication dépasse du triple celui de l'acier par année. La cimenterie de Port-Daniel s'installe aux abords d'un gisement de calcaire, ressource primaire dans la fabrication du ciment. M. Alex Wojciechowski avoue plutôt son malaise face à une concurrence. Louis-Eric Savoie, étudiant ing. civil ULaval, originaire de Carleton.

Albert Picard a écrit le 16 octobre 2013

Je note que les pros du ciment se désolidarisent.

Bilbo Cyr a écrit le 16 octobre 2013

Donc, messieurs, il y aurait lieu de se questionner (ou pas) sur l'impact économique de ce projet (dont on n'a pas tous les détails de financement) mais pas de se questionner sur l'impact environnemental? Quant aux allégations de M. Gionest, elles sont grotesque. Du point de vue de Lafarge et des autres cimentiers, c'est évident qu'un nouveau joueur ne les fera pas sauter de joie, surtout dans un contexte où le marché est saturé et qu'ils n'opèrent pas à pleine capacité. Quant à la prétention que le marché est pour l'est américain, il faut savoir qu'ils suffisent actuellement à leur demande, et que leur protectionnisme fera passer le local avant l'import. Je suis toutefois d'accord avec Gaston (Si!Ca peut arriver!) à l'effet que Lafarge ne fait pas pitié. Et effectivement, M Samuel, quand le gouvernement joue au sauveur en période pré-électorale, on a déjà vu ce que ça peut donner au final.

Gaston Langlais a écrit le 16 octobre 2013

Bonjour, @ M. Jean-François Samuel. Je crois que votre approche est une micro-approche. Aujourd'hui le marché c'est la Planète. Il est inutile de dénoncer les interventions gouvernementales dans l'Est du Québec. Informez-vous des centaines de milliards $ qu'accordent aux entreprises le Japon, la Corée, la Chine (multitude de sociétés d'état), le Brésil, l'Allemagne, l'Italie etc. Faut-il être plus catholique que le Pape? Quand à la Gaspésia et son échec c'est une affaire de banditisme. Les gouvernements sont omniprésents partout, vous devez savoir cela! Gaston Langlais - Gaspé.

Jean-François Samuel a écrit le 16 octobre 2013

La concurrence est bonne pour le consommateur quand le gouvernement ne se mêle pas trop du déroulement des affaires. Il doit être là pour mettre en place des conditions favorables au démarrage des entreprises et non pas à se substituer au marché. N'ayant pas tout les détails du financement gouvernemental pour le projet de Port-Daniel je ne commente pas à ce sujet, mais il faut quand même se rappeler que l'interventionnisme gouvernemental dans certains secteurs industriels à été plutôt désastreux. - Donohue Matane, - Gaspésia, - ITT Port Cartier, - SIdbec - Hyundai, - GM et j'en passe et ultimement en dérèglant l'offre et la demande le gouvernement peut faire du tort à tout un secteur industriel. Il faut être prudent quand on demande au gouvernement d'intervenir.

eddy gionest a écrit le 16 octobre 2013

tellement d'accord avec vous M.Langlais . j'ai quasiment envie de pleurer quand je lis des lamentations tel que celles de Lafarge ..depuis quand une concurrence n'est pas bonne pour les consommateurs , je suis quasiment sure que ciment Lafarge a été approcher pas les environnementalistes de la région pour se plaindre contre ce projet !!! tellement désolant ..en avant avec ce projet et au plus cri...

Gaston Langlais a écrit le 16 octobre 2013

Bonjour, Il ne faut pas prendre au sérieux les lamentations de Lafarge. Bien que je n'ai pas lu par deux fois votre article, je vois bien son opposition à la réalisation de la cimenterie de Port-Daniel. Lafarge est une multinationale. Promenez-vous même en Afrique et vous verrez que Lafarge y est implantée. C'est drôle lorsque Lafarge a décidé de s'installer à Matane, elle n'a pas considéré les pertes d'emplois possibles chez Béton Provincial. Elle s'est retirée depuis, je crois, mais elle y était. Gaston Langlais - Gaspé.

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