Cimenterie

Cimenterie : Deux partis rouvriraient l’entente

Par Gilles Gagné, journaliste, graffici.ca
La Coalition avenir Québec et le Québec solidaire chercheraient à rouvrir l'entente annoncée 31 janvier entre l'État québécois et Ciment McInnis.

La Coalition avenir Québec et le Québec solidaire chercheraient à rouvrir l'entente annoncée 31 janvier entre l'État québécois et Ciment McInnis. Photo : Gilles Gagné

CARLETON-SUR-MER – Deux partis politiques, la Coalition Avenir Québec et le Québec solidaire, rouvriraient l’entente annoncée le 31 janvier par la première ministre Pauline Marois, entente conférant un appui de 450 millions $ au projet de cimenterie de Port-Daniel.

Cette entente stipule qu’Investissement-Québec accordera un prêt de 250 millions $ à Ciment McInnis, le promoteur du projet. Le même organisme prendra une participation de 100 millions $ dans le capital-actions de l’initiative d’un milliard $, tandis que la Caisse de dépôt et de placement du Québec consacrera aussi 100 millions $ pour acquérir une part de ce capital-actions.
 
La CAQ renégocierait l’entente

Depuis la fin de janvier, la Coalition avenir Québec (CAQ) a été le plus virulent critique de l’entente, dénonçant notamment le contexte de surcapacité des quatre cimenteries québécoises pour statuer qu’il n’est pas justifié de subventionner une autre usine.
 
Le chef de la CAQ, François Legault, a indiqué lors d’un passage précampagne à Gaspé en février, qu’il respecterait la signature de l’État québécois, s’il est élu le 7 avril, mais depuis le déclenchement officiel des élections, le 5 mars, il ne cesse de s’engager « à annuler tout ce qui n’est pas prioritaire ».
 
Stéphane Le Bouyonnec, député de la CAQ responsable des questions économiques et financières, réitère que son parti « tenterait de renégocier l’entente », plutôt que l’annuler puisque « le respect d’une signature gouvernementale, c’est important ».
 
La renégociation serait néanmoins possible, assure-t-il. « Ce qui a été négocié, c’est une entente de principe, avec pas mal de zones grises. On pense qu’il y a de la place pour des renégociations, comme c’est usuel dans le milieu financier (…) On va profiter du fait que l’entente n’est pas “closée”, pas définitive, pour renégocier », aborde M. Le Bouyonnec, qui représente la circonscription de La Prairie.
 
Les critiques de la CAQ viennent notamment du fait que le parti soupçonne que de nombreuses clauses de l’entente liant Investissement-Québec, la Caisse de dépôt et de placement du Québec, Ciment McInnis et l’État québécois sont encore inconnues. M. Le Bouyonnec rappelle que de nombreux éléments connus de l’entente clochent déjà.
 
« Le prêt de 250 millions de dollars et la participation de 100 millions de dollars d’Investissement-Québec sont pris dans les fonds publics, et non dans les capitaux propres d’Investissement-Québec. Le fonds de développement économique du Québec est de 2,7 milliards de dollars et on y a ajouté 350 millions de dollars. Nous savons aussi que la cimenterie bénéficiera de tarifs préférentiels d’Hydro-Québec. C’est certain. Nous ignorons seulement quelle sera la consommation d’électricité. Nous savons aussi que le projet bénéficierait d’un congé d’impôt de 10 ans, selon le dernier budget du gouvernement québécois », poursuit M. Le Bouyonnec.
 
Il concède, comme le lui fait remarquer Graffici.ca, que ce budget n’a pas été adopté, mais il ajoute que ça donne une indication de ce qu’un gouvernement du Parti québécois est prêt à faire.
 
« Il faut faire le total de ce que ça coûte. L’intérêt du prêt de 250 millions de dollars est cumulable, c’est-à-dire qu’il ne sera payé à Investissement-Québec et au gouvernement qu’une fois le capital remboursé. Le problème, je le répète, c’est la hauteur de l’aide accordée », conclut Stéphane Le Bouyonnec.
 
Québec solidaire réviserait le projet

Patricia Chartier, candidate du Québec solidaire dans Bonaventure, précise qu’un gouvernement formé par son parti ne respecterait pas l’entente « comme elle est négociée. On réviserait le projet, pour que ça cadre dans le développement durable, pour que ce soit moins polluant. Il faudrait un autre carburant (…) Nous ne sommes pas contre entièrement. Il y a une ressource de calcaire intéressante à exploiter, mais pas de la façon dont c’est planifié présentement », aborde-t-elle.
 
« Ce n’est pas l’investissement public qui pose problème, c’est le fait que l’investissement finance de la pollution. Nous, au Québec solidaire, favorisons l’innovation technologique. Ce doit être porteur d’avenir. On voit l’inquiétude du reste de la province. Les lobbys extérieurs vont faire beaucoup de bruit au cours des prochaines semaines. C’est un projet mal ficelé », conclut Mme Chartier.
 
Les libéraux respecteraient le « deal »

Damien Arsenault, candidat libéral dans Bonaventure, a exprimé plusieurs fois depuis le début de la campagne électorale son appui au projet de Ciment McInnis. Quand le Parti québécois a reproché aux libéraux une position ambigüe quant au projet, M. Arsenault leur a fait remarquer qu’il avait diffusé un communiqué le lendemain de l’annonce du 31 janvier pour dire qu’il était satisfait de voir l’initiative avancer. Par ailleurs, son chef Philippe Couillard a appuyé ouvertement le projet notamment lors du débat des chefs diffusé à Radio-Canada le 20 mars dernier.

Le PQ à la défense du projet

Sylvain Roy, député sortant du Parti québécois, en a même fait une question de santé publique, assurant que les « 400 emplois directs et indirects » créés par la cimenterie combleraient les attentes de plusieurs citoyens se sentant un peu exclus depuis que la MRC du Rocher-Percé a essuyé des coups durs, économiquement.
 
Le ton se durcit sur la scène nationale

Sur la scène nationale, le ton se durcit à l’endroit de l’entente du 31 janvier. Mercredi dernier, le Regroupement pour l’équité dans l’industrie cimentière québécoise a été fondé pour inciter l’État québécois à revenir sur sa décision d’appuyer massivement Ciment McInnis.
 
« Notre industrie fonctionne à 60 % de sa capacité. Nous avons commandé une étude dans laquelle il est spécifié que le retour à l’équilibre entre l’offre et la demande n’est prévu que pour 2021. Nous voulons voir les études sur lesquelles le gouvernement s’est appuyé pour prendre sa décision. “Montrez-nous vos chiffres”. S’il n’y en a pas, le public pourra juger », explique Michel Binette, porte-parole du Regroupement.
 
M. Binette et les 25 organismes formant le Regroupement craignent que le projet de Port-Daniel ne débouche finalement que sur un déplacement d’emplois.

3 commentaires

Gilles Thibodeau a écrit le 25 mars 2014

Bonjour. Couillard soumet ses adversaires à un test: la publication de leur situation financière Le chef libéral veut mettre cartes sur table et il exige la même chose de ses opposants péquiste et caquiste, Pauline Marois et François Legault. Curieux que le nom de M.me David y soit omis .hum il y a éléphant sous roche. Gilles Thibodeau Pabos.

Gilles Thibodeau a écrit le 24 mars 2014

Bonjour. Mon sujet ce matin Françoise David = Séparatiste , indépendantiste , opportuniste , féministe , écologiste . instrument fédéraliste. Puisque M.me David travaille pour le P.L.Q. je lui propose que les libéraux lui donnent un ""lift"" pour faire la campagne le covoiturage est très écologique. Cette Françoise David Ste- Françoise que Radio-Canada et la Presse (Desmarais) aiment tant parce que celle-ci combat le P.Q. mieux que les libéraux et sauvegarde par le fait même le fédéralisme. Cette Françoise David qui votait contre l'indépendance , cette même Françoise David qui laissait sa grosse voiture familiale très peu écolo à quelques rues de distance des réunions d'organisation de la marche des femmes pour ne pas choquer les militantes! Je comprends une riche fille d'Outremont se doit de faire quelques efforts pour se glisser parmi "le peuple". Cette Françoise David qui en 1977 s'opposait à la loi 101 en la décriant comme étant raciste. Cette Françoise David qui nous demande de voter avec notre tête pour diviser le vote progressiste et souverainiste afin de pouvoir célébrer le retour du P.L.Q. ! Bravo! Oui Ma petite pas fine je vais voter avec ma tête , afin que le parti libéral ne puisse reprendre son pillage du Québec. Amis( es) de Québec Solidaire ralliez - vous au Parti Québécois , nous, nous sommes déterminés à faire du Québec un PAYS. Née en 1948 à Montréal, Françoise David vient d'une famille de personnalités publiques reconnues. Elle est la fille du cardiologue et sénateur ConservateurPaul David, la petite-fille d'Athanase David et l'arrière-petite-fille de Laurent-Olivier David. Son frère est Charles-Philippe David, un professeur de science politique à l'Université du Québec à Montréal et titulaire de la Chaire Raoul-Dandurand en études stratégiques et diplomatiques. Elle a également un autre frère, Pierre David, producteur québécois qui a participé dans les années 70 à l'essor du cinéma commercial du Québec et est l'un des producteurs québécois les plus actifs à Hollywood. Elle détient un baccalauréat de l'Université de Montréal en service social. De 1977 à 1982, elle milite pour l'organisation marxiste-léniniste En lutte !. Elle y est responsable du service d'animation culturelle Gilles Thibodeau Pabos

Gilles Thibodeau a écrit le 24 mars 2014

Bonjour. C’est en train de devenir une habitude: le Parti libéral qui cajole Québec solidaire. Et Québec solidaire qui se laisse cajoler. On l’a vu au débat des chefs, quand Philippe Couillard faisait les yeux doux à Françoise David qui, elle, n’avait finalement qu’une cible: le Parti québécois de Pauline Marois. On comprend pourquoi. Le PLQ veut tuer le PQ et en finir avec la possibilité de la souveraineté. QS aussi espère liquider le PQ, mais pour le remplacer. Son objectif: ramener vers lui un maximum d’électeurs souverainistes et «progressistes». Faut-il le dire, le PLQ en tire un immense avantage. Mais les militants de QS préfèrent l’élection d’un gouvernement libéral et leur parti avec quelques milliers de votes de plus le 7 avril, que d’avoir un gouvernement souverainiste dont ils n’approuveraient pas absolument toutes les orientations. L’identité québécoise Il ne faut pourtant pas négliger l’étrange convergence philosophique entre les deux partis sur une question vitale: l’identité québécoise. On l’a vu autour de la charte des valeurs. Le PLQ la dénonçait au nom des «droits individuels». QS la dénonçait parce qu’elle voyait la majorité piétiner les «minorités». Ce n’est pas vraiment nouveau. À la fin des années 1970, au moment de la promulgation de la loi 101, la droite fédéraliste et une bonne partie de la gauche radicale s’étaient aussi opposées à elle. Pour de semblables raisons. Ce que ces deux visions récusent, c’est un nationalisme fondé sur l’identité historique d’un peuple, sa langue et sa culture. D’ailleurs, le souverainisme de QS est mitigé. Françoise David veut certainement un pays. Mais à condition qu’il soit de gauche, écologiste, féministe, altermondialiste et compagnie. Quant à Amir Khadir, il pratique le souverainisme à géométrie variable, selon qu’il parle à un média francophone ou anglophone. Récemment, il disait vouloir renouveler l’unité canadienne. Le monopole du Bien Ce qui anime les militants de QS, c’est la tentation de la pureté. Ils croient souvent avoir le monopole du Bien. Évidemment, la condition pour éviter la souillure de l’idéal, c’est de le garder dans l’opposition, à l’abri du réel. Dans les marges, on fantasme sur ce qu’on veut. Inversement, gouverner implique des choix difficiles. Pour eux, cela se réduit souvent à une trahison. Il y a certainement de la place pour un parti de la gauche radicale au Québec. Il y a là une tradition politique qui évolue à son rythme depuis plus de cinquante ans. Mais on peut se demander si les électeurs «ordinaires» qui sont tentés par le «vent de fraîcheur» que QS apporte sont pleinement conscients de l’aventure dans laquelle ils s’embarquent. Car la réalité est indéniable: alors que les anglophones et les allophones votent en bloc pour le PLQ et le fédéralisme, les Québécois francophones, eux, se chamaillent et jouent à la gauche et à la droite, comme s’ils n’avaient pas d’intérêts vitaux à conserver. N’est-ce pas, à bien des égards, le signe d’une société en décomposition?

Envoyer un commentaire

Votre commentaire pourrait être modéré ou retiré s'il ne respecte pas notre politique de publication.