Cimenterie : le débat autour de l'examen du BAPE se poursuit

Par Thierry Haroun, journaliste, graffici.ca
Le maire de Port-Daniel-Gascons, Maurice Anglehart.

Le maire de Port-Daniel-Gascons, Maurice Anglehart. Photo : Thierry Haroun

La Coalition Éco-Vigilance Baie-des-Chaleurs demande aux municipalités gaspésiennes d’appuyer l’idée de soumettre le projet de cimenterie de Port-Daniel à l'examen du Bureau d'audiences publiques sur l'environnement (BAPE).

Après l'ouverture démontrée en ce sens récemment par le député libéral de Bonaventure, Damien Arsenault, et le député fédéral de la Gaspésie-les-Îles, Philip Toone, voilà que l’organisme presse les municipalités des MRC de Bonaventure et Avignon de faire de même.

Concrètement, les environnementalistes demandent à ces municipalités de s’assurer que le sujet soit mis à l'ordre du jour lors de leur prochaine séance publique respective. Selon la porte-parole de l’organisme, Cynthia Dow, cette démarche mettrait la table sur cette question dans le cadre de la prochaine rencontre de la Conférence régionale des élus prévue le 15 juin. La CRÉGÎM doit à ce moment-là prendre officiellement position.

«Nous ne sommes pas contre le projet, mais nous devons être vigilants quant aux impacts qui pourraient affecter l’environnement immédiat. Nous pressons donc les municipalités de prendre position en ce qui concerne un BAPE. Selon nous, un BAPE nous permettrait de connaître l’ensemble du projet de manière crédible et indépendante», souligne Cynthia Dow.

Les éléments qui militent en faveur d’un BAPE, d'après la Coalition Éco-Vigilance, sont notamment les suivants: l’ampleur du projet (près de 750 millions de dollars en investissement); la longévité de son exploitation (estimé à 100 ans), la  production de cendres, le  rejet de polluants atmosphériques (hydrocarbures aromatiques polycyclique, métaux lourds), l'émission importante de gaz à effet de serre et l’impact sur les habitats marins qui environnent le terminal maritime qui sera projeté sur 500 mètres en mer à partir de la côte.


Le CRÉGÎM ouvre aussi la porte

De son côté, la directrice du Conseil régional de l’environnement de la Gaspésie-les-Îles, Caroline Duchesne, qui a été récemment invité par la Table des préfets à assister à une rencontre d’information avec les promoteurs à Gaspé, admet n’avoir pas eu toute l’information pertinente sur le projet lors de cette rencontre. «La présentation des promoteurs était axée davantage sur l’aspect économique du projet. Et sur le plan de l’environnement, je vous dirais que nous sommes restés sur notre appétit. Sur cet aspect, les promoteurs nous ont convié à une autre rencontre prochainement.»

Mme Duchesne souligne que la vigilance est de mise et ne ferme pas la porte à un éventuel BAPE. «On va éventuellement prendre position sur ça. Pour l’instant on est à l’étape des discussions.»

Rappelons que ce projet n’est pas soumis à l'examen d'un BAPE parce qu'il a été déposé avant le 22 juin 1995. De plus, les promoteurs (Gisements McInnis qui est majoritaire) ont indiqué au Devoir qu’il est envisagé de chauffer le four de la cimenterie avec de la coke de pétrole (un sous-produit issu du raffinage de pétrole) sans pour autant préciser sa teneur en soufre, la quantité qui sera brûlée ni sa provenance.

Ce projet, qui pourrait voir le jour dans trois ans, est présentement évalué entre 500 millions et 750 millions de dollars. De 400 à 500 emplois seraient créés lors des travaux et près de 150 emplois permanents pendant l'exploitation du site qui contient 450 millions de tonnes de calcaire. La production annuelle pourrait atteindre deux millions de tonnes de ciment qui seront destinées aux marchés étrangers.

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