Par la bouche de mon crayon

T'ES CHARLIE TOI?

Par Bilbo Cyr, blogueur, graffici.ca
PAR LA BOUCHE DE MON CRAYON, PAR BILBO CYR

PAR LA BOUCHE DE MON CRAYON, PAR BILBO CYR Photo : NOEMIE CHABOT

Mon crayon est chargé jusqu’à la bouche
De la haine du faux et des blasphèmes louches
Je revendique le droit d’avoir tort
Plus fort que la certitude d’avoir raison
Je vais tirer c’est certain
À force de subverser dans le malsain
À mitraille, à dégout-portant
Il y en aura pour toi, surement
Je vais tirer pour cacher ma peine
De nous voir encore borgnes boiteux en mitaines

T’es Charlie, toi!? Oui, oui…
Depuis qu’on l’a tué. Tué Charlie.
Es-tu le Congo qui meurt à coup de machette?
Es-tu le Nigéria qui agonise tout bas?
Es-tu les Indiennes mortes du Canada?
Ou es-tu seulement celui qui crève à Paris
Sous une rafale de Kalach
Pour un coup de plume grasse
Es-tu Charlie pour sa vie
Ou pour sa mort à la TV
Es-tu aussi le Mouton Noir et le Graffici
Es-tu la liberté de parole
Quand on l’a faite taire
T’étais où hier
T’es où ce soir
Pendant que les mouches noires
Nagent dans ta bière
Vas-tu serrer les dents sur ton verre
Avaler ton motton, pis laisser faire
Attendre que retombe la poussière
T’es où pendant que les bouffons font ripaille
Cherches-tu dans mon œil pour une paille
T’es où quand la matraque éclate les cartilages
Et que le faux fait rage
Tu changes de chaine, tu tournes la page
T’es où quand le plan mort
Le lendemain qui nous nourrit
T’es où quand Haldiman, t’es où quand Old Harry
T’es où quand Belledune fume une poffe brune
Quand Restigouche traine son enclume
Pendant ce temps, toi t’es Charlie?!
Marchant de concert avec les vestons gris
Dans un scénario que t’as pas écris
Qui sert qui
 
Évidemment que c’est dégueulasse ce qu’on leur a fait
On les a tués deux fois, avec les balles, avec nos choix
Transformer les iconoclastes en symboles
La masse décompresse, la masse est fort molle
Et frappe consciencieusement jusqu’au fond
Sur le clou de sa propre liberté d’expression
Quand elle sera bien plantée, encadrée
Castrée, encarcanée pour sa sécurité
Quand l’unanimité sera balisée
Par une police militarisée
Quand ce sera mal de douter
Tu pointeras sur moi ton doigt
Et ce jour-là j’aurai raison d’avoir peur

Je ne suis pas Charlie. Je ne suis personne. Je suis.
Ça me suffit

Je n’excuse rien du tout
Ni les flashs ni les fous
J’ai apprécié parfois les dessins des filous
Suis-je complice d’avoir accusé réception
D’un croquis, trois coups de crayon
Il me semble que j’ai écrit bien pire
Sans compter tout ce que j’ai pu dire
Je le fais même là maintenant, à contre-courant
Est-ce que je risque ma peau en vous parlant
Faudrait-il que je me censure
Que la terreur devienne serrure
Que mon silence soit la clé bien cachée
Le monde est à pleurer
Tout est à perdre, rien à gagner
Ni kamikaze ni martyr ne me tentent
Mourons pour des idées, mais de mort lente.

4 commentaires

Chantal Gélineau a écrit le 6 février 2015

Salut Bilbo, Sacré bonhomme inspirant! Oui tu as le droit d'avoir raison et le droit d'avoir tort. Que ta poésie-mitraille emporte avec elle toutes les voix du monde dans une brise mobilisatrice, bilbolisatrice!

Chantal Gélineau a écrit le 6 février 2015

Salut Bilbo, Sacré bonhomme inspirant! Oui tu as le droit d'avoir raison et le droit d'avoir tort. Que ta poésie-mitraille emporte avec elle toutes les voix du monde dans une brise mobilisatrice, bilbolisatrice!

Denise Jalbert a écrit le 25 janvier 2015

Belle écriture Bilbo ! merci pour ce partage !

Mathieu H. a écrit le 24 janvier 2015

Merci !

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