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LE BUDGET LEITAO : DE BONNES NOUVELLES POUR LA RÉGION?

Par Nathalie Normandeau, blogueuse, graffici.ca
Nathalie Normandeau a accepté de joindre bénévolement les rangs de notre équipe de blogueurs et présentera un billet à saveur politique chaque deuxième semaine du mois.

Nathalie Normandeau a accepté de joindre bénévolement les rangs de notre équipe de blogueurs et présentera un billet à saveur politique chaque deuxième semaine du mois. Photo : Gracieuseté

QUÉBEC — Le dépôt du budget est un moment important dans la vie d’un gouvernement, mais aussi pour les citoyens et les contribuables que nous sommes. Généralement, il s’arrime avec l’arrivée du printemps et comme ce dernier, est annonciateur de renouveau et de temps plus cléments. Après avoir pris connaissance des détails contenus dans le budget déposé par Carlos Leitao, ministre des Finances du Québec, je suis mitigée. Est-ce que ce budget, qui s’appuie sur deux grands principes, la rigueur et la relance de l’économie, procurera l’oxygène dont l’économie gaspésienne a urgemment besoin? 


Le prix de la « rigueur » budgétaire
Qu’on se le tienne pour dit, c’est sous le thème de la rigueur que les finances publiques continueront d’évoluer au cours des prochaines années. Cette « rigueur » a un visage sur notre territoire : des dizaines de projets de logements sociaux et de places en services de garde mis sur la glace, nos cégeps qui crient famine et qui n’en peuvent plus de vivre avec des moyens réduits, un grand remue-ménage en santé qui se traduit par des dizaines de pertes d’emplois, privant la région d’une importante expertise. Bref, on a beau nous rassurer sur le fait que la « rigueur » budgétaire ne touchera pas les services, la réalité nous livre, malheureusement, un portrait bien différent.

L’espoir de jours meilleurs
Quant à la relance de notre économie, force est de constater que plusieurs mesures contenues dans le budget nous permettent d’espérer des jours meilleurs. En voici quelques exemples. Tout d’abord, une première Stratégie maritime de 1,5 milliard de dollars. Au cœur de cette stratégie, le développement d’infrastructures portuaires et touristiques de même que le développement de « pôles logistiques ». Notre région sera-t-elle au cœur de cette volonté gouvernementale exprimée de mettre en valeur le milieu maritime québécois? Il serait logique qu’il en soit ainsi.

Sur le plan fiscal, bonne nouvelle, le crédit d’impôt à l’investissement pour les régions est prolongé jusqu’en 2022. On peut lire dans le budget que « le gouvernement reconnaît que les entreprises éloignées des grands centres urbains doivent relever des défis particuliers ». Voilà une reconnaissance sur laquelle nous pourrons miser pour attirer des entreprises et qui donnera une marge de manœuvre additionnelle aux entrepreneurs établis en sol gaspésien. D’autres mesures sur le plan fiscal sont intéressantes pour stimuler notre économie, puisque tournées vers une réduction des taux d’imposition et un allégement réglementaire.

Mesures insuffisantes et questions sans réponses
Est-ce suffisant pour stimuler le marché de l’emploi? Je crois que non. Avec un taux de chômage qui dépasse les 16 %, un autre coup de barre sera nécessaire. Par exemple, quel sort le gouvernement du Québec réservera-t-il à la filière éolienne? Combien d’investissements pour l’amélioration et le renouvellement de nos infrastructures publiques en transport, en santé, en éducation? Et notre rail, son avenir est-il assuré? Comment assurer l’accessibilité et la qualité de nos services publics en santé, en éducation dans un contexte de rigueur budgétaire et ce, en tenant compte de l’immensité de notre territoire? Les investisseurs ont horreur de l’incertitude et de l’insécurité. Il faudra répondre impérativement à toutes ces questions.

Du « mur à mur » au « sur mesure »
En lisant ce budget, je me suis rappelé les nombreuses batailles livrées pour faire reconnaître les particularités de notre région dans l’établissement des politiques gouvernementales. Combien d’argumentaires développés pour convaincre que la Gaspésie ne se compare à aucune autre région et que des programmes adaptés à notre réalité sont nécessaires pour nous permettre de créer des emplois et de la richesse. Nous avons été nombreux pendant des années à plaider pour la fin du « mur à mur », afin de laisser place au  « sur mesure ». Espérons que le premier ministre et ses ministres seront à l’écoute et démontreront de la sensibilité à l’endroit de nos spécificités régionales.

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NOTE SUR L’AUTEURE
Nathalie Normandeau, est native de Maria et a été successivement maire de l’endroit de 1995 à 1998 et députée de la circonscription de Bonaventure pour le parti libéral du Québec de 1998 à 2011.
Pendant cette période, elle a occupé diverses fonctions clé au sein du gouvernement de Jean Charest entre 2003 et 2011, dont ministre responsable de la région Gaspésie-les-Îles, ministre déléguée au développement régional et au tourisme, ministre des Affaires municipales et des régions, ministre des Ressources naturelles ainsi que responsable du Plan Nord et, ultimement, vice-première ministre du Québec.
Présentement à l'emploi d'une station de radio de Québec, elle a accepté de joindre les rangs de notre équipe de blogueurs et présentera un billet à saveur politique chaque deuxième semaine du mois.

NOTE DE LA RÉDACTION
Les blogueurs sur GRAFFICI.CA ne sont pas à l'emploi de l'entreprise. Ils ont tous accepté de s'engager, bénévolement, pour apporter une diversité de point de vue dans notre média. Les opinions véhiculées dans ces textes n'engagent que leur signataire. Il en va de même pour les lettres ouvertes.

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