Politique

Le budget de Jim Flaherty est mal reçu en Gaspésie

Par Johanne Fournier, journaliste, graffici.ca
Selon le président de la Conférence régionale des élus Gaspésie-les-Îles, Bertrand Berger, le gouvernement fédéral n’a «pas d’intérêt» pour l’avenir du train en Gaspésie.

Selon le président de la Conférence régionale des élus Gaspésie-les-Îles, Bertrand Berger, le gouvernement fédéral n’a «pas d’intérêt» pour l’avenir du train en Gaspésie. Photo : Antoine Rivard-Déziel

Tant le président de la Conférence régionale des élus de la Gaspésie-les-Îles (CRÉGÎM) que les députés Philip Toone et Jean-François Fortin s'entendent pour dire que le budget fédéral, déposé jeudi, n'a rien de bon pour la Gaspésie.

«C'est un budget ambigu au point d'être incompréhensible sur certains points, critique le député de Gaspésie-Îles-de-la-Madeleine, Philip Toone. Ils font tout pour cacher la vérité.»

«On voit que le gouvernement maintient le cap depuis qu'il est majoritaire, observe le député de Haute-Gaspésie-La Mitis-Matane-Matapédia, Jean-François Fortin. Il réduit les dépenses, surtout pour les régions, les aînés et les familles. C'est un budget centralisateur.»

«Si on me demande s'il y a des bonnes nouvelles pour la région avec ce budget, je réponds non», commente, pour sa part, le président de la CRÉGÎM, Bertrand Berger.

Déficit zéro

Le gouvernement maintient son objectif de rétablir l'équilibre budgétaire d'ici 2015-2016. «Avec ce budget, on va revenir à un déséquilibre fiscal, prédit Jean-François Fortin, qui faisait partie du huis clos restreint sur le budget, composé de six à huit députés, tous partis confondus. Il le fait au détriment des provinces. C'est un exercice de marketing et de relations publiques!»

Philip Toone croit, de son côté, que le gouvernement sera incapable de faire face à la récession. «Ce n'est pas un budget qui élimine les risques, estime-t-il. Je n'ose pas dire qu'il est conservateur, mais je dirais qu'il est plutôt optimiste, quand on sait que c'est la récession partout!»

Formation de la main-d’œuvre

Ottawa annonce une subvention pour l'emploi, qui prévoit que le gouvernement fédéral, les provinces et les employeurs participeront chacun pour le tiers de l'enveloppe totale. Le Canada puise cette subvention à même les ententes existantes sur la formation de la main-d’œuvre qui avaient été signées avec les provinces, d'un montant de 500 millions de dollars.

«Le Québec a toujours demandé que la formation de la main-d’œuvre soit sous sa juridiction, mais le fédéral met les deux mains dedans», déplore le député bloquiste, Jean-François Fortin.

«Si un partenaire n'est pas en mesure de mettre le tiers prévu, un grand pan de ce programme-là ne sera pas dépensé, croit le député néo-démocrate, Philip Toone. Le gouvernement a créé un programme pour payer son déficit!»

Selon Bertrand Berger, cette mesure vient chambarder les programmes d'emploi qui avaient été mis en place par le Québec. «C'est une intrusion dans le champ de compétence provinciale», considère-t-il.

Assurance-emploi

Avec ce dernier budget, les deux députés sont forcés de constater que les conservateurs n'ont pas envie de reculer par rapport à la réforme de l'assurance-emploi. «Il va encore piger dans la caisse de l'assurance-emploi, se désole M. Fortin. Il va avoir plus de revenus de cotisations que de prestations à verser. D'ici 2018, ce sont 20,9 milliards de dollars qui vont être prélevés en trop au gouvernement pour payer les dépenses courantes du gouvernement. On ajoute l'insulte à l'injure!»

Philip Toone abonde dans le même sens. «Ça veut dire que le centre de traitement de l'assurance-emploi de New Richmond ne rouvrira pas, regrette-t-il. Le cauchemar continue!»

Train

Selon le député de Gaspésie-Îles-de-la-Madeleine, les coupures qu'il appréhendait à Via Rail se confirment. «Même si le gouvernement fait tout pour cacher les vrais chiffres, on constate une réduction très importante, soutient-il. Il prévoit des dépenses de 187,8 millions de dollars, alors qu'on sait que les besoins étaient, l'an dernier, de 261 millions. Il manque 80 millions$. Ça reste nébuleux et très inquiétant. Ce n'est pas clair, mais il y a des compressions importantes qui s'en viennent et peut-être que ce sera chez nous!»

Le président de la CRÉGÎM est déçu. «Ça fait deux ans qu'on fait des démarches pour sauver le train en Gaspésie, mais depuis les élections, c'est silence radio, raconte M. Berger. Le gouvernement n'a pas d'intérêt pour le train.»

Toujours au chapitre du transport ferroviaire, l'exercice financier comprend un programme de 54,7 millions de dollars afin de soutenir les projets d'opération et les investissements matériels. «L'an dernier, le budget était de 105 millions de dollars, rappelle M. Fortin. Il est donc pratiquement amputé de moitié!»

Pêches et océans

Les frais de fonctionnement affectés à Pêches et Océans Canada sont réduits de 33 millions de dollars. Selon le député bloquiste, cette mesure risque d'entraîner de nouvelles pertes d'emploi à l'Institut Maurice-Lamontagne de Mont-Joli.

«C'est surtout la fonction publique qui va en souffrir, alors qu'elle était déjà amochée», appréhende pour sa part le président de la CRÉGÎM.

«Il y a encore des compressions du côté de Pêches et Océans, même si je croyais qu'il n'y avait plus rien à couper, s'insurge M. Toone. Les coupures se feront notamment dans le soutien des homardiers et le programme d'aquaculture durable. Il n'y a rien de prévu pour les infrastructures portuaires.»

Forêt

Le député Fortin se réjouit que le programme d'appui à la transformation du secteur forestier n'ait pas été aboli. «Il est encore là, mais on mériterait plus que ça», est-il persuadé. «Les coupures dans la forêt ne sont pas énormes, mais ils ont quand même coupé et ils avaient coupé aussi l'an dernier», déplore de son côté Philip Toone.

Bertrand Berger considère que le montant alloué à la forêt est insuffisant. «92 million de dollars est mis dans la forêt pour l'ensemble du Canada, indique-t-il. C'est insultant, quand on compare au montant d'un milliard de dollars consacré à l'industrie manufacturière en Ontario!»

6 commentaires

Gaston Poirier a écrit le 26 mars 2013

@JF Samuel : D'accord avec votre dernier commentaire! J'ajouterais que tout est une question de priorité... et les priorités gouvernemental (surtout fédéral) sont loin d'être concentré sur le développement des régions comme la notre... Voilà le nerf de la guerre : être priorisé dans les choix gouvernementaux!

Jean-Francois Samuel a écrit le 25 mars 2013

@Gaston Poirier je suis d'accord avec vous. Il faut juste se rappelez que les besoins sont illimités vs. les ressources qui sont limitées.

Gaston Poirier a écrit le 25 mars 2013

@J-F Samuel : Peut-être que la région en reçoit plus qu'elle n'en donne au fédéral. Idem au provincial (et même davantage). Sauf que, tant qu'on n'aura pas des investissements STRUCTURANTS, on va rester accro à l'aide gouvernementale (ou plutôt au patchage gouvernemental). Ça prend un gros coup de barre pour diversifier l'économie de la région et pas seulement du petit soupoudrage... Il ne faut pas oublier non plus que le reste du Québec et même du Canada tire profit de ce que nous sommes (tourisme, pêches, etc.).

Jean-François Samuel a écrit le 25 mars 2013

@Joel Leblanc Avec la démographie de la Gaspésie, le profil socio-économique (taux de chômage, d'assistés sociaux et salaire moyen) je te gagerai un 2$ facile que la région en reçoit pas mal plus qu'elle n'en paie et ce sans parler des autres programmes sociaux et des subventions de tout acabit.

Joel Leblanc a écrit le 22 mars 2013

On s'entends-tu que tant qu'on enverra nos impôts à Ottawa,on va chialer qu'il n'en reviens pas assé...Qu'il coupe,qu'il coupe si çà peut en réveiller quelques-un!

Pierre Longpre a écrit le 22 mars 2013

LA Gaspésie n'existe pour personne, ni au fédéral, ni au Provincial. La Péninsule ne contient pas assez d'électeurs, de contribuables et de leaders. On nous ignore, comme si nous n'avions ni besoins, aucune attente. Ignorer ne signifie pas pour autant que ça n'existe pas. Mais nous ne sommes pas assez nombreux ou influents pour qu'on nous entende, qu'on nous remarque, qu'on nous écoute. Les Gaspésiens sont les fourmies de l'Est. On sait qu'elles sont là, mais on ne les voient pas... Et que fait-on quand on voit une fourmie, on l'écrase... !

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