Agriculture

Besoin d’un électrochoc pour l’agriculture gaspésienne

Par Gilles Gagné, éditorialiste, graffici.ca

CARLETON-SUR-MER, octobre 2018 – Le domaine agricole gaspésien a besoin de survoltage. Il ne se porte pas si mal, mais il stagne jusqu’à un certain point, et ce qui stagne menace souvent de reculer.

Il y a 20 ans, le secteur touristique gaspésien était secoué par un reportage de l’émission s’appelant alors Enjeux, de Radio-Canada, un reportage identifiant certes des forces en tourisme, mais aussi des faiblesses, notamment dans la qualité de l’hébergement.

Comme c’est parfois le cas dans des reportages réalisés par les équipes de Montréal, Radio-Canada ne donnait pas dans la dentelle, mais le constat était juste à plusieurs égards : la Gaspésie avait besoin en 1998 d’un certain dépoussiérage en matière d’hébergement hôtelier.

Dans l’année qui a suivi, le gouvernement québécois a lancé un fonds de 6,6 millions $ destiné à des investissements en tourisme en Gaspésie et aux Îles-de-la-Madeleine.

Ce fonds a eu l’effet multiplicateur désiré, puisque des investissements privés dépassant 30 millions $ ont suivi. L’hébergement en Gaspésie et aux Îles n’est pas parfait 20 ans plus tard, mais sa qualité a nettement progressé, et le succès touristique des dernières années y est lié en partie.

Revenons à l’agriculture.

Il y a présentement 250 fermes en Gaspésie, générant des revenus de 30 millions $. L’agriculture de la région arrive à une sorte de croisée des chemins. Plusieurs dizaines d’agriculteurs cherchent une relève, le nombre exact étant en évaluation, alors qu’une initiative nommée Arterre cherche à mettre en contact vendeurs et acheteurs.

Le secteur agricole subit la dévitalisation de certains villages où les fermes sont ou étaient concentrées, et c’est parfois l’effritement de l’agriculture qui génère cette dévitalisation. C’est le dilemme de l’œuf ou la poule, pourrait-on dire.

Le marché local et régional est restreint pour les produits s’écoulant dès la sortie des fermes ou après une transformation de proximité. De plus, comme ailleurs, l’agriculture fait face à une pénurie de main-d’œuvre. Enfin, le secteur le plus rémunérateur de l’agriculture gaspésienne, le lait, doit faire face aux assauts des Américains, et des fermes risquent de tomber au combat si la gestion de l’offre est abolie.

Le portrait est toutefois agrémenté de points positifs. Plusieurs producteurs laitiers ont résisté à l’effritement du système de gestion de l’offre au fil des ans en utilisant efficacité et imagination.

Les producteurs bovins du Québec, dont les Gaspésiens, ont passé à travers une crise particulièrement dure au cours de la dernière décennie et leur vaillance les servira encore.

Notre marché local est certes petit, mais la croissance du tourisme et la réputation des aliments gaspésiens devraient constituer des facteurs facilitants pour l’agrotourisme, notamment.

La Gaspésie compte encore des producteurs de pommes de terre très compétents et la région est reconnue pour la qualité de son agneau nourri aux algues. Les Gaspésiens sont d’ailleurs considérés parmi les meilleurs producteurs d’agneaux au Québec et leurs produits sont demandés dans des marchés haut de gamme aux États-Unis.

La Gaspésie est aussi dans le peloton de tête en acériculture. À Gaspé, Sylvain Tapp vend sa choucroute sur le continent. Dans ce cas, la disponibilité des terres agricoles à proximité de son entreprise constitue un frein à sa croissance.

Pendant ce temps, de nombreuses familles se lancent dans de modestes productions sans pour autant aspirer à une exploitation d’envergure.

Ces réalités côtoient la relative indifférence démontrée par la plupart des candidats en campagne électorale pour l’agriculture. On aurait dit que la place prise par les négociations de l’Accord de libre-échange nord-américain sur la gestion de l’offre ne laissait aucune place à quelque autre réflexion sur des considérations agricoles.

Pourtant, la nourriture que nous mettons sur nos tables devrait nous préoccuper au-delà des allers-retours que nous effectuons dans les marchés d’alimentation. Cette nourriture est le carburant de notre motricité et de notre capacité de penser.

Elle est aussi, ou devrait être, une source de plaisir et de connaissances. La popularité des émissions de cuisine témoigne d’un intérêt certain. Le problème avec l’intérêt, c’est qu’il ne se traduit pas toujours en actions. Pendant que les gens écoutent des émissions de cuisine avec boulimie, ils achètent des plats préparés d’avance dans des usines à caractère industriel.

Il est généralement reconnu que le développement économique d’une région passe par l’augmentation de son autonomie alimentaire. Les fermes ont la particularité de concentrer leurs investissements dans l’économie locale. C’est la base, et bien que la Gaspésie ne dispose pas des meilleures terres agricoles au Québec, elle peut compter sur de nombreux avantages.

Nos terres ont généralement été développées en harmonie environnementale avec les cours d’eau, comme en témoigne la qualité des rivières à saumon qui bordent les surfaces agricoles. Nos sols ne sont pas brûlés par les produits chimiques comme le sont tant d’autres terres agricoles du Québec.

Si l’essor de l’agriculture biologique se poursuit, la Gaspésie est donc bien placée pour en profiter. Il y a de la place pour l’expansion. La population de la terre croîtra, et la demande d’aliments suivra.

Nos politiciens verront-ils ces indices? Auront-ils la volonté de se pencher sur le développement de notre agriculture? Le dernier plan en ce sens remonte au début des années 2000. Il a été reconduit pendant un certain temps mais c’est presque le désert depuis une décennie. L’austérité a aussi fait mal dans ce domaine.

Jusqu’à présent, l’Union des producteurs agricoles de la Gaspésie et des Îles est en mouvement pour déposer un plan de développement de l’agriculture tenant compte des besoins de chaque MRC, et du contexte régional.

Une sensibilisation et une mobilisation de la population seraient certes utiles, à ce stade, peut-être par le biais d’une consultation régionale. On pourrait notamment se servir des marchés publics et des réseaux comme Baie des saveurs pour mobiliser les gens. Autrement, nous avons la possibilité de penser à l’agriculture régionale et à des façons de l’appuyer au moins trois fois par jour.

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