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AVANT DE TOUCHER LE FOND DU BARIL

Par Steve Pronovost, blogueur, graffici.ca
L’année 2015 est la plus chaude jamais enregistrée à l’échelle planétaire depuis que l’on collecte de telles données météorologiques.

L’année 2015 est la plus chaude jamais enregistrée à l’échelle planétaire depuis que l’on collecte de telles données météorologiques. Photo : Gracieuseté

GASPÉ, mai 2015 — Le pétrole fait inévitablement partie de notre vie quotidienne, que ce soit pour nos transports, le chauffage de nos édifices ou la fabrication d’une multitude d’objets familiers. Mais notre dépendance au pétrole présente quelques aspects plus sombres qui devraient nous amener à revoir notre modèle économique à courte échéance.

Dispendieux

Le Québec n’est pas un état producteur de pétrole, et quand même il le serait, il se devrait d’importer la majeure partie de ses besoins domestiques. La valeur des importations d’hydrocarbures au Québec s’élevait à 15 milliards de dollars en 2012. C’est donc une dépendance qui coûte cher!

Dommageable

Les impacts environnementaux découlant de l’extraction et la combustion des hydrocarbures sont documentés comme jamais auparavant. Il ne fait aucun doute, sauf pour ceux qui n’ont pas intérêt à y croire, que les émissions de CO2 provenant de la combustion des hydrocarbures sont à l’origine des changements climatiques qui bouleversent notre planète.

En passant, jusqu’ici, l’année 2015 est la plus chaude jamais enregistrée à l’échelle planétaire depuis que l’on collecte de telles données météorologiques. En effet, la NASA a récemment annoncé que les mois de janvier à avril 2015 ont été les 4 premiers mois les plus chauds jamais enregistrés comparés aux années précédentes. Bon, le Québec est probablement l’exception qui confirme la règle, mais on est une société distincte ou on ne l’est pas!

Limité… et dommageable… et dispendieux!

Le pétrole est une ressource non renouvelable et bien que les réserves soient encore importantes au niveau mondial, elles demeurent limitées. De nouvelles méthodes d’extraction permettent d’exploiter des réserves qui jadis n’étaient pas disponibles (pétrole de schiste et les sables bitumineux), mais les conséquences environnementales et les coûts d’opération sont plus élevés que dans le cas du pétrole conventionnel. Bref, il y a aura une fin au pétrole, un jour.

Alors on fait quoi?

Devant ce constat plutôt accablant, ne pensez-vous pas comme moi, qu’un changement de cap majeur s’impose?   Je crois qu’il faut cesser de dormir au gaz collectivement. Il faut passer à autre chose. Si tu n’organises pas ta vie toi-même, quelqu’un va se charger de le faire à ta place, et avec grand plaisir. Quelques personnalités québécoises telles que Laure Waridel, Gabriel Nadeau-Dubois et Dominic Champagne sont du même avis que moi et ont rédigé le Manifeste pour un Élan global dans lequel ils implorent la nécessité d’une transformation profonde du Québec. Appuyés par des dizaines de personnalités de tous les horizons, ils ont mis sur pied un collectif composé d’objecteurs de conscience qui, comme eux, souhaitent voir le Québec se libérer des hydrocarbures et bâtir un monde juste et viable.

L’objectif de ce collectif est de marquer une rupture avec l’économie pétrolière et les intérêts qui la soutiennent, au profit de la protection du climat, de l’environnement et d’une économie prospère, durable et solidaire. Concrètement, le collectif exige la fin des projets d’exploration et d’exploitation d’hydrocarbures en sol québécois. Il refuse également tout passage de pétrole à des fins d’exportation sur notre territoire, que ce soit par train, oléoduc ou navire-citerne.

Enfin, il exige l’adoption par le gouvernement du Québec d’un plan crédible pour réduire notre consommation de pétrole de 50 % d’ici 2030 et atteindre la neutralité carbone pour 2050.

L’Élan global prône le désinvestissement dans les entreprises liées à l’exploration ou à l’exploitation des hydrocarbures afin de mieux réinvestir les fonds dans les énergies renouvelables et dans une économie verte et solidaire. À travers le monde, de nombreuses institutions ont déjà retiré leurs actifs dans les activités pétrolières. À titre d’exemple, en septembre 2014, le Rockefeller Brother Fund (RBF) a annoncé qu’il désinvestissait la quasi totalité de ses actifs des énergies fossiles, ce qui représente près de 860 millions de dollars. Plus près de nous, la Caisse de dépôt et placement du Québec se fait tirer les oreilles afin qu’elle retire ses investissements dans les sables bitumineux de l’Alberta. On dit qu’acheter c’est voter. Investir ça l’est également.

Vous pouvez apporter votre appui à ce mouvement en signant à votre tour le manifeste sur le site elanglobal.org. Lancée en avril dernier, la pétition compte déjà plus de 22 000 signatures. Les initiateurs du manifeste souhaitent atteindre le cap des 100 000 signataires d’ici à la Conférence de Paris sur le climat à la fin 2015. Les citoyens engagés du Québec se doivent de parler d’une voix forte s’ils désirent ébranler les murs du statu quo!

Pour l’environnement ET l’économie

De nos jours, trop souvent on assiste à des confrontations opposant dans le coin droit, l’économie, et dans le coin gauche, l’environnement. Avec des gouvernements qui bien souvent, dans le rôle d’arbitre, ont un préjugé très favorable pour le développement économique, on a droit à des matchs arrangés dignes d’une ligue de garage. Il est pourtant possible de faire preuve d’ouverture d’esprit, de créativité et de mettre sur pied une économie au service des communautés et à la mesure des capacités de notre planète Terre.

Un bel exemple qui illustre qu’une telle transition est possible est SWITCH, l’Alliance pour une économie verte au Québec, qui regroupe des organisations issues des milieux économiques, financiers, associatifs et environnementaux. La Fondation David Suzuki, l’Association de l’aluminium du Canada, Gaz Métro et le Conseil du patronat du Québec  sont quelques-unes des organisations qui font partie de l’Alliance.

Cette association souhaite accélérer le virage vers une économie verte afin de contribuer à une société québécoise innovante, résiliente, concurrentielle qui réconcilie équité sociale, environnement et qualité de vie. Des comités de travail ont été mis sur pied afin de se pencher sur des mesures telles que l’écofiscalité ou le développement d’emplois de l’économie verte. Le Programme des Nations Unies pour l’Environnement (PNUE) définit l’économie verte comme une économie qui entraîne une amélioration du bien-être humain et de l’équité sociale, tout en réduisant de manière significative les risques environnementaux et la pénurie de ressources.

Les conditions gagnantes

À long terme, l’ensemble de la société gagnerait à ce que le Québec effectue un tel virage vers une économie verte. Il faut par contre que notre nation se donne rapidement un plan de match ambitieux et des moyens à la hauteur du défi qui l’attend. Avec des surplus d’électricité jusqu’en 2027, le Québec possède certes un atout indéniable qu’il doit mettre à profit pour diminuer sa dépendance au pétrole et, éventuellement, s’en affranchir. Il s’agit ici non seulement d’un objectif, mais également d’un moyen de mettre en œuvre ce nouveau modèle de développement.


Tous doivent se mobiliser derrière un projet de société consensuel où le gouvernement agit comme un chef d’orchestre. Une bonne dose d’audace, de vision et de créativité sera essentielle de la part de nos élus. Malheureusement, jusqu’à présent, peu d’entre eux ont démontré de telles qualités. Ce sera d’abord aux citoyens engagés d’indiquer la voie à emprunter. Et rappelons-nous que le meilleur moment pour effectuer cette transition socio-économique, c’est lorsqu’on le fait par choix, et non pas par obligation… lorsqu’on a atteint le fond du baril.

-30-

NOTE SUR L'AUTEUR
Biologiste de formation, Steve Pronovost est originaire de la Mauricie et demeure à Gaspé depuis une quinzaine d’années. Il occupe un emploi au parc national Forillon et affectionne les activités en plein air. Steve Pronovost est également président du Conseil régional de l’environnement Gaspésie-Îles-de-la-Madeleine (CREGIM). Il blogue chaque mois sur GRAFFICI.CA, sur des sujets en lien avec l’environnement.

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