Travail

À l'aube d'une 53e saison dans l'hôtellerie

Par Gilles Gagné, journaliste, graffici.ca
Quand Patricia Brousseau connaît ses clients, «on sait d’avance ce qu’ils vont prendre. On connaît notre monde ».

Quand Patricia Brousseau connaît ses clients, «on sait d’avance ce qu’ils vont prendre. On connaît notre monde ». Photo : Geneviève Gélinas

RIVIÈRE-MADELEINE, août 2018 – À 69 ans, Patricia Brousseau, de Rivière-Madeleine, a entamé ce printemps sa 53ième saison dans l’hôtellerie et la restauration, dont plus de 30 ans comme serveuse. Si elle reste dans le métier quatre années de plus, elle comptera 50 ans de services pour le même établissement.

Mme Brousseau travaille depuis 1972 au restaurant du motel et des chalets du Rocher, et depuis 10 ans à la salle à manger de l’hôtel-motel Bon accueil, tous deux situés à Rivière-Madeleine et tous deux détenus conjointement. Elle a connu trois propriétaires, Paul-Marie Fournier, jusqu’en 1979, puis Léopold Durocher de 1980 à 2013 et depuis ce temps les frères et sœur Patterson, en l’occurrence James, George et Margaret, de même que Matthew, fils de James.

« J’avais dit : "Je vais faire 50 ans de service ici » lors de son embauche au motel du Rocher en 1972. « Je décide quand même une année à la fois », précise Mme Brousseau.

Elle a perdu son conjoint en février et elle aurait pu prendre sa retraite. « Je resterais à la maison pour regarder les murs? Mon conjoint n’est pas là. Le travail, c’est la santé. J’ai vu mon médecin en mai. Il m’a dit : "Vas-t’en travailler! Tu es en forme ". J’avais décidé avant de le voir […]. Je n’arrête pas. Je ne ralentis pas. Je rentre au travail à 2 h 30 et je commence à 3h », dit-elle.

Il s’agit de 2 h 30 du matin. Les déjeuners commencent tôt à la fin du printemps et en début d’été au motel du Rocher. « Nous avons des travailleurs forestiers et des employés d’entretien des éoliennes. Ils partent à 4 h. Ce sont des gens de Cap-Chat et de Sainte-Anne-des-Monts. Ils couchent et ils mangent ici. Ça nous fait une bonne clientèle à un moment tranquille de la saison. On leur fait des lunchs et ils soupent ici le soir », raconte Patricia Brousseau.

Née à Petite-Vallée, elle a commencé à servir dans un restaurant à Rivière-à-Claude en 1966, à 17 ans, avant de s’établir à Rivière-Madeleine. De 1972 à 1995, elle a davantage travaillé à l’entretien des chambres, aidant à la salle à manger quand il y avait débordement ou quand une collègue était malade.

En 1995, devant l’augmentation des besoins en service de restauration, Mme Brousseau a suivi un cours offert par le Cégep de Matane à Mont-Louis. Elle en a retenu plusieurs leçons, dont la suivante : « Le client a toujours raison, même s’il n’a pas raison! », dit-elle en riant.

Elle sert avec un plaisir constant, infaillible et les touristes comme les gens de la place demandent souvent à ce qu’elle les serve. « C’est le contact avec les gens qui me plaît le plus […]. On me dit que je suis souriante. Les clients me reconnaissent. On rencontre des gens intéressants, des acteurs. Plusieurs sont venus pendant des années à Madeleine, comme Jambe-de-Bois [Henri Poitras], comédien dans les Belles histoires des pays d’en haut. »

Les technologies, comme la complexité grandissante des caisses enregistreuses, ne l’impressionnent pas. « Je me suis bien adaptée mais plus elles sont complexes, plus ça brise ! »

Il lui arrive de voyager avant la saison touristique et elle va parfois au restaurant mais elle et sept amies préfèrent souper ensemble, en changeant de maison d’une fois à l’autre.

Depuis 1966, elle en a vu, des changements. « Le métier a beaucoup, beaucoup changé. Il y a moins de clientèle. J’ai vu l’époque où on servait 100 repas le matin, 100 le midi et 100 le soir. Les touristes mangent moins au restaurant, comme tout le monde. On les comprend. La nourriture coûte plus cher. Les gens doivent avoir les reins solides », dit-elle en pensant aux clients comme aux propriétaires de restos.

Elle s’inquiète un peu du manque de relève. « À Madeleine même, il n’y a pas de relève ; à part à Gros-Morne et Mont-Louis, je ne vois pas beaucoup de monde pour le moment mais je suis toujours prête. C’est la différence d’avoir quelqu’un de proche pour les restaurants de Madeleine. »

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