NOTRE MONDE

L'arbre qui mangea le cheval

Par Robert Arsenault, blogueur, graffici.ca
Robert Arsenault est un intervenant social à la retraite.

Robert Arsenault est un intervenant social à la retraite. Photo : Offerte par l'auteur

BONAVENTURE, 6 juillet 2016 | Il y a de ça trois ou quatre ans, à l'automne, je m'affairais à couper, dans le but d’en faire du bois d’allumage, un gros cèdre tordu sur la terre qui avait appartenu à mon père et que j'occupais à mon tour, quand je me rendis compte que je marchais sur quelque chose qui ressemblait drôlement à des ossements.

Après vérifications, je réalisai que c'était une partie de ce qui me semblait vraiment être le crâne d'un cheval. Pour en avoir le cœur net, l'idée me vint de proposer à mes petits-enfants une expédition au prochain été, lors de leur visite, dans le but de découvrir quelle sorte d'animal y était enterrée.

Était-ce le dernier des dinosaures ou un mammouth laineux, que sais-je?
Je proposai donc l’aventure aux enfants qui avaient tout l’hiver pour y songer et inventer toutes les histoires possibles et imaginables. C’est devenu le projet de l’été à venir.

En juillet donc, toute la bande d’aventuriers et paléontologues en herbe, enfants, parents, grands-parents, cousins, ma tante et compagnie, a pris le chemin du « haut du clô » afin de découvrir le vrai du vrai de ce qui se cachait sous la souche du vieux cèdre coupé l’automne d’avant.
Passant à travers le champ de blé vert en haut de la grande côte, nous arrivons parmi les marguerites et le cumin sauvage (de « l’âni » comme disait ma mère) en bordure du bois où là, il fallut trouver le bon endroit.
« Où c’est grand-papa, y a pas de chemin, y a des arbres partout ? - C’est normal, on est dans une forêt ; vous allez voir une grosse souche, on est quasiment rendu… »

Ce ne fut pas chose bien compliquée... Le temps de reconnaître les lieux, il fut bien précisé que tous les ossements qui allaient être trouvés devaient demeurer sur place. Il fallait respecter la sépulture de cet animal mort sans doute depuis fort longtemps.

Les fouilles commencèrent donc sous la supervision du grand-papa qui veillait à ce que rien ne soit détérioré. Les enfants se mirent à creuser de leurs mains, plus fébriles les uns que les autres, afin de dégager les précieux ossements.

Et puis, ce qui devait arriver arriva. Une première trouvaille et non la moindre fut mise à jour, d’un artéfact qui nous donnait un indice sans équivoque du type de bête qui avait été enterrée à cet endroit: un fer à cheval. Il n’y avait plus de discussion possible, ce ne pouvait pas être un mammouth ni un étrange animal préhistorique, c’était bel et bien un cheval.

Bientôt, les deux mâchoires furent exhumées suivies d’une omoplate et quelques autres os de la partie avant du cheval. Certains essayaient bien d’assembler les pièces, mais il aurait fallu creuser davantage pour en découvrir d’autres. Tout allait rondement jusqu’au moment où il fut convenu de ne pas aller plus loin dans la recherche d’ossements, la sorte de bête ayant été identifiée avec certitude. Cependant, à leur demande, chacun des enfants eut le droit de conserver une dent qui, après un court trempage dans l’eau de Javel, retrouva rapidement la blancheur d’antan.

À cette étape de l’aventure, la recherche allait se tourner vers l’histoire de ce cheval sous le gros cèdre. D’abord, il fallait connaître l’âge de cet arbre qui avait servi d’abri à sa sépulture ou mieux, qui s’en était nourri.

Tout en faisant les fouilles, on s’était rendu compte que les ossements étaient complètement sous le cèdre qui, par conséquent, avait vraisemblablement poussé, pris racine sur l’animal. Il fut donc décidé de trouver l’âge du gros cèdre et c’est la souche qui allait nous le révéler.

Les enfants se mirent donc à compter tous les petits sillons en forme de rondelles sur la surface de la souche et qui en déterminent l’âge. L’intérêt était au maximum, même ceux qui ne savaient pas encore compter y mettaient leur grain de sel. Ils en comptèrent soixante et quinze, ce qui confirmait que cet arbre avait 75 ans et par déduction, on en arriva à la conclusion que le cheval y était enterré depuis au moins tout ce temps.

Il ne manquait plus que trouver depuis combien de temps le vieux cheval avait été enterré. Ce qui s’avérait possible. Pour ma part, je me souvenais d’une histoire de famille voulant que mon père ait enterré un vieux cheval sur sa terre à bois en haut de la maison. Il fallait donc aller interroger un frère ainé qui aurait peut-être un souvenir de l’évènement.

Selon cet ainé octogénaire, l’histoire de la vieille jument enterrée était absolument vraie et ça s’était passé selon lui, à une époque où il n’avait pas plus de dix ans. Le compte y était.

Considérant tout cela, nous en sommes venus à la conclusion ferme que le vieux cèdre avait pris racine au-dessus du cheval et qu’il s’en était nourri sa vie durant pour atteindre une taille assez imposante.

Ainsi, cette belle aventure fut très riche en enseignements pour nous tous, enfants et adultes.

Imaginez, un arbre qui dévore un cheval!

Quelle image cela ferait !!!

Depuis lors, à chaque matin d’hiver, j’ai une pensée toute spéciale pour ce paisible et vaillant animal quand j’allume le poêle à bois avec mes éclats de cèdre...

Touchant, quand on y pense.

-30-

Note sur l'auteur
Actuellement à la retraite, M. Arsenault détient une Maîtrise en travail social.
Il a travaillé au CSSS Baie-des-Chaleurs, particulièrement au suivi dans la communauté de personnes atteintes de maladies mentales et au développement de ressources s'adressant à ces personnes.
Toujours actif, il est notamment impliqué sur le plan communautaire au niveau du logement social avec le Groupe Ressource en Logement Collectif Gaspésie-les-Îles dont il préside le conseil d'administration.

4 commentaires

Sasha a écrit le 18 novembre 2016

Je me rappel, nous avons chaque enfants pris une dent du cheval.

pachedoci a écrit le 4 novembre 2016

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Sasha a écrit le 31 juillet 2016

j' ai adorée cette expédition!

Bob Eichenberger a écrit le 18 juillet 2016

En plus, si vous consultez une charte de dents, vous pourrez connaître assez justement l'âge de la jument quand elle est morte. Ceci dit, j'ai adoré ton histoire et je trouve que les loisirs scientifiques sont les plus belles activités et les plus mémorables pour les enfants dans nos belles régions. Merci pour ton beau texte.

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