Santé, services sociaux et communautaire

L’ambulance gratuite pour les patients en phase terminale?

Par Gilles Gagné, journaliste, graffici.ca
Donna Marsh trouve singulier que le choix de son mari de rester à la maison ait épargné des milliers de dollars au système de santé québécois, « et qu’on nous facture l’utilisation d’une ambulance quand nous n’avions pas le choix ».

Donna Marsh trouve singulier que le choix de son mari de rester à la maison ait épargné des milliers de dollars au système de santé québécois, « et qu’on nous facture l’utilisation d’une ambulance quand nous n’avions pas le choix ». Photo : Gilles Gagné

NEW CARLISLE – Une citoyenne de New Carlisle, Donna Marsh, croit que les patients en perte d’autonomie complète, notamment ceux en phase terminale, ne devraient pas avoir à débourser pour le transport ambulancier.

Madame Marsh a perdu son mari, John George Gallon, le 1er août. Il souffrait de myosite à inclusions, une maladie dégénérative, et son état a requis deux transferts hospitaliers à partir de sa maison au cours des 13 derniers jours de sa vie. Sa conjointe a été désagréablement surprise de recevoir deux factures de 133,75 $ dans les semaines suivant le décès.

 

« J’ai toujours pensé qu’en cas d’impossibilité d’utilisation d’un autre moyen de transport à cause l’état du patient, on n’avait pas à payer les frais d’ambulance. Le médecin a confirmé en plus qu’il n’y avait pas d’autre façon de l’envoyer à l’hôpital », souligne Donna Marsh.

 

Elle se trompait. Dans les règlements régissant le transport ambulancier, seulement six catégories de patients sont exemptés des frais de transport, à savoir les victimes d’accidents de la route, les victimes d’accidents de travail, les prestataires de sécurité du revenu, les membres des Forces armées canadiennes, les gens de plus de 65 ans et les autochtones.

 

« Le problème ne consiste pas à payer la facture. Je m’insurge pour une question de principe. Si le docteur dit qu’il n’y a aucune autre façon de le transporter à part l’ambulance, ce devrait être gratuit, je pense. Jamais je n’aurais pu l’embarquer en auto. Il n’y avait personne à l’autre bout, au CLSC de Paspébiac ou à l’hôpital de Maria, qui aurait pu le sortir d’une auto non plus (…) Mon mari n’avait pas d’autre choix », explique Mme Marsh.

 

John George Gallon a travaillé à l’entretien de la voie ferrée jusqu’à l’âge de 52 ans, en 2003, alors que ses jambes ont commencé à perdre de leur force. Il a ensuite reçu le diagnostic de myosite à inclusions, une maladie caractérisée par un affaiblissement progressif des muscles, jusqu’à la perte complète d’autonomie.

 

« Avant, c’était un homme fort, habitué au travail physique le long de la voie ferrée. Il est parti de ça pour devenir complètement handicapé en 10 ans. Il ne pouvait plus faire quoi que ce soit (…) Même sa gorge le lâchait. Je devais écraser ses pilules pour qu’elles passent », raconte Donna Marsh.

 

À deux reprises, le 20 et le 30 juillet, l’état de M. Gallon s’est détérioré au point de nécessiter une admission au CLSC de Paspébiac. « Il n’expirait pas son air avec assez de force et s’empoisonnait avec le CO2 (dioxyde de carbone) », dit-elle.

 

Ces deux admissions ont requis des transports ambulanciers totalisant 267.50 $. M. Gallon est décédé à l’hôpital de Maria le jour de son 62e anniversaire.

 

« Il avait choisi de rester chez lui le plus longtemps possible », précise Donna Marsh, en parlant de la maison de la rue Brighton, entourée de champs et offrant une belle vue sur la baie des Chaleurs.

 

Elle trouve singulier que ce choix de son mari ait épargné des milliers de dollars au système de santé québécois, « et qu’on nous facture l’utilisation d’une ambulance quand nous n’avions pas le choix. Je vais payer la facture, mais j’espère faire réfléchir les gens ».

 

Elle a contacté Roy Whittom, commissaire aux plaintes du Centre de santé et de services sociaux de la baie des Chaleurs pour lui faire part de son cas.

 

 

M. Whittom ne peut commenter un cas particulier, mais il note qu’il tente « de favoriser le citoyen quand il y a place à interprétation. Quand c’est écrit en noir sur blanc (comme la liste des bénéficiaires de transport ambulancier gratuit), nous ne pouvons rien faire ».

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