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Par Geneviève Gélinas, journaliste, graffici.ca
Anne Babin, pompière depuis bientôt 24 ans, s'entraîne toutes les semaines avec ses collègues pour demeurer prête à intervenir en cas d'incendie.

Anne Babin, pompière depuis bientôt 24 ans, s'entraîne toutes les semaines avec ses collègues pour demeurer prête à intervenir en cas d'incendie. Photo : Gilles Gagné

CHANDLER, juin 2017 – Aider leur communauté, c’est ce qui les motive à s’entraîner des dizaines d’heures, à rester sur le qui-vive 365 jours par année et à laisser en plan leurs invités en plein souper... Rencontre avec des pompiers à temps partiel.

Dans les cinq premiers mois de 2017, Zian Bernatchez a répondu à 56 appels. Cet orthopédagogue à la Polyvalente Mgr Sévigny de Chandler est pompier depuis dix ans pour les casernes de Grande-Rivière et Chandler. « Ce n’est pas un sacrifice quand je vais répondre à un appel », précise M. Bernatchez, devenu pompier pour « s’impliquer dans sa communauté » et « aider les gens ».


« Que ce soit juste d’aller réconforter une personne qui a de l’eau dans son sous-sol et de fermer son disjoncteur, ou de secourir quelqu’un perdu en mer, tous les gestes sont importants », dit M. Bernatchez.


« Être pompier, ce n’est pas juste quand le radio sonne. C’est les soirs, le samedi, pour maintenir les acquis », ajoute le pompier, qui passe 150 à 200 heures par an à s’entraîner et à se former.


Anne Babin fêtera bientôt ses 24 ans comme pompière, à Caplan d’abord, puis à Maria et finalement à Carleton, au fil de ses déménagements. « Mon père, déjà, était pompier à Caplan. J’avais assisté aux compétitions amicales dans mon coin, des épreuves physiques en lien avec le métier de pompier. Ce qui m’a plu, c’était l’esprit d’équipe, de famille. Ils avaient du plaisir. »


« Le "paget" dort toujours à côté de moi, 365 jours par an, dit Mme Babin. Ça m’est arrivé d’avoir des gens à souper et qu’on les laisse en plan, mon mari [il est aussi pompier] et moi. » Le salaire a peu à voir avec sa motivation. « Je ne compte pas là-dessus pour payer mes factures. Avec cet argent-là, je vais dans le Sud au printemps. Mais ce n’est pas pour ça que je me lève à 3 h du matin, que je reviens à 5 h 30 avant de commencer ma journée de travail », raconte Mme Babin, qui gagne sa vie comme massothérapeute.


Ce type d’engagement se raréfie. Les jeunes de la nouvelle génération ont envie de temps libre, rapportent des chefs pompiers. Et devenus parents, ils veulent se consacrer à leur famille. Ryan Sinnett, pompier à Gaspé et père de deux enfants, est demeuré dans le service. Mais il convient que « jongler avec les deux, c’est difficile. Avec toute la formation, les exigences, ma vraie carrière [il est col bleu à la Ville], plus la famille, ce n’est pas toujours évident. » Certains démissionnent faute d’être capables de concilier le tout.


Comment recruter?
« Il n’y a pas de solution miracle, c’est en parlant autour de nous, en expliquant ce métier-là », dit Zian Bernatchez. Il ne croit pas aux campagnes de publicité. Les recrues attirées ainsi ne persévèrent pas souvent, remarque-t-il. M. Bernatchez entraîne des élèves de 3e à 5e secondaire en vue des tests physiques des pompiers. Pour certains, cette expérience restera une façon de se mettre en forme. Mais au fil des ans, deux de ses élèves se sont dirigés vers un diplôme en sécurité incendie et deux autres sont devenus pompiers à temps partiel à Grande-Rivière.


« La meilleure chose, c’est de les recruter jeunes et de les former, confirme le chef des pompiers de Gaspé, Carl Sinnett. Je les prends à 16 ans. Comme ça, quand ils commencent leur famille, au moins, ils sont formés. »


« On a parlé d’être plus souples pour l’arrivée du personnel féminin », indique Bobby Bastien, directeur de la sécurité incendie à Chandler, de retour d’une rencontre provinciale de chefs pompiers. En donnant des « tâches plus légères » aux pompières, « ça libérerait des gars qui peuvent aller au-devant de l’incendie ».


Mauvaise idée, croit Linda Ferguson, pompière à Gaspé depuis 1991. « Les tests d’entrée, les femmes les passent. Ça prend une certaine force, mais c’est surtout d’être en forme. Il faut plutôt changer les mentalités. Il y a des chefs pompiers qui n’en veulent pas, de femmes. »


Mme Ferguson et Mme Babin ont senti qu’elles devaient « faire leurs preuves » davantage que les recrues hommes. « À l’époque, il n’y avait aucune pompière dans la région Baie-des-Chaleurs, dit Anne Babin. On était regardées de travers. Tu es qui, tu veux quoi? Vas-tu être capable de forcer comme nous? Peut-on compter sur toi? »


Plus de 20 ans plus tard, les femmes sont encore minoritaires. Elles sont 3 sur 21 à Carleton-sur-Mer. À Gaspé, il y a 7 ou 8 femmes parmi les 120 pompiers. À Cap-Chat, une seule sur 14.

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