Affaires policières et juridiques

Affaire Roger Roy : la famille veut rencontrer Vital Lemire

Par Johanne Fournier, journaliste, graffici.ca
Béatrice Lajoie tient la photo de son mari, Roger Roy, disparu depuis plus de 37 ans. Elle est entourée de trois de ses huit enfants encore vivants: Réjean, Rose-Anna et Rose-Line.

Béatrice Lajoie tient la photo de son mari, Roger Roy, disparu depuis plus de 37 ans. Elle est entourée de trois de ses huit enfants encore vivants: Réjean, Rose-Anna et Rose-Line. Photo : Johanne Fournier

CAP-CHAT - Rose-Line et Réjean Roy, deux des enfants de Roger Roy disparu depuis près de 38 ans à Cap-Chat, espèrent pouvoir rencontrer le présumé meurtrier de leur père, Vital Lemire, afin qu'il leur dise exactement où il a enterré le corps.

Rose-Line Roy attend des nouvelles d'un enquêteur de Sept-Îles qui, selon elle, travaille sur la relance du dossier entourant la disparition de son père Roger, survenue le 28 septembre 1975 et dont le mystère pourrait être élucidé avec les aveux récents de Vital Lemire. Dans une lettre envoyée à l'émission «Le négociateur», diffusée à LCN, l'homme admet avoir tué son compagnon de chasse, Roger Roy.

«Je ne me donne pas grand temps avant d'être enterré, écrit le prisonnier du pénitencier de Port-Cartier, sur la Côte-Nord. Il est arrivé un incident et j'ai enterré Roger Roy de Cap-Chat, en Gaspésie. Mais avant, je voudrais donner le corps à la famille. Je voudrais que la famille fasse son deuil et moi, partir en paix.»

Rose-Line Roy, accompagnée de son frère Réjean, attend avec impatience l'assurance que le présumé meurtrier de leur père acceptera de les rencontrer. «Je veux être certaine de pas aller là pour rien parce que ce serait pas la première fois que Vital Lemire vire de bord et change d'idée», dit Mme Roy.

La veuve du disparu, Béatrice Lajoie et l'aînée de ses filles, Rose-Anna Roy, en espèrent autant afin de pouvoir faire les démarches pour procéder à la sépulture du défunt. «Si on trouve les ossements, je vais les faire incinérer, lui faire chanter un service et l'enterrer dans mon lot de Cap-Chat», assure la femme du disparu, qui célébrait ses 83 ans vendredi.

Le récit

Les faits remontent en septembre 1975. Roger Roy, qui se soûlait régulièrement, s'était livré à une bataille avec Vital Lemire, qui habitait la maison voisine, chez son beau-frère. Trois semaines plus tard, les deux hommes sont tout de même partis ensemble à la chasse au sud de Cap-Chat. «Papa avait un bras dans le plâtre, se rappelle Rose-Anna Roy, qui avait 25 ans au moment des faits. J'ai jamais compris pourquoi papa était parti avec.»

Deux jours plus tard, Vital Lemire serait revenu avec les armes et le véhicule de son compagnon de chasse. «Il a dit que mon père était resté là avec deux Américains, raconte Rose-Anna Roy. Je trouvais ça bizarre parce que mon père ne parlait pas un mot d'anglais.»

«La police a retrouvé du sang sur le siège arrière du véhicule, poursuit-elle. Vital a dit que papa s'était battu et qu'il l'avait couché sur le siège parce qu'il était chaud.» Près de 38 ans plus tard, le paternel n'est jamais revenu au bercail.

Le meurtre aurait été avoué, selon un témoin

Clovis Roy de Cap-Chat qui, à l'époque, était le directeur du bureau de la conservation de la faune de Sainte-Anne-des-Monts, affirme être la dernière personne à avoir vu Roger Roy.

«Deux de mes agents, Yves Coulombe et Louis-Marie Gagnon, avaient arrêté Roger Roy et Vital Lemire dans le secteur de la rivière Côté, dans le parc de la Gaspésie, se rappelle-t-il. Ils avaient tué une perdrix. Ils braconnaient. Mes deux agents avaient saisi leur arme. Vital disait qu'il allait les tuer. Il avait voulu prendre le 303 de Roger Roy, mais un de mes agents avait sauté dessus.»

Clovis Roy raconte avoir ensuite reçu la visite des deux chasseurs en pleine nuit. «Ils sont descendus chez nous à 2h du matin, décrit-il. Ils étaient nus pieds, se bataillaient ensemble et étaient chauds. Ils voulaient ravoir leur arme. Je leur ai dit de s'adresser au ministère. Là, ils ont dit qu'ils allaient me tuer si je leur redonnais pas leur fusil.»

Le lendemain matin, Clovis Roy apprenait la disparition de Roger Roy. Pour lui, il était clair que c'était Vital Lemire qui l'avait tué et qu'il avait même admis le meurtre.

«Vital Lemire, c'était un bandit, un batailleur, soutient-il. Un de mes agents, Léonard Gagnon, avait aidé les policiers pour retrouver le corps de Roger Roy. Ils ont fait des fouilles le long de la rivière Cap-Chat et même à Grande-Vallée parce que Vital disait qu'il se souvenait plus. Il cherchait à brouiller les pistes. Mais comme la police manquait de preuve et qu'on n'avait jamais retrouvé le corps, il a donc jamais été accusé.»

La fille de Roger Roy, Rose-Line, ne croit pas un mot de ces révélations. «C'est de la foutaise, s'indigne-t-elle. Si c'était le cas, on l'aurait su. On n'est pas des fous, la famille Roy!»

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