Neuf jeunes de la Gaspésie ont participé du 25 au 27 janvier dernier à l’École d’hiver «spécial sommet» de l’Institut du nouveau monde. Au cours de cet événement, quelque 400 jeunes de partout au Québec ont réfléchi à l’avenir de l’enseignement supérieur dans la province.
En marge du sommet sur l’enseignement supérieur qui prend son envol aujourd’hui à Montréal, une des participantes à l’École d’hiver vous offre sa réflexion. D’autres textes écrits par deux autres jeunes de la Gaspésie seront publiés cette semaine.
L’éloge de l’éducation
Par Maude Létourneau-Baril
L’éducation supérieure. Dans les dernières semaines, j’ai entendu des centaines d’opinions, de faits, d’arguments. De la part de professeurs, d’étudiants, de politiciens, de journalistes. Il devient difficile de tenir le cap, de poser un jugement critique.
Concordet, à qui on doit l’idée d’instruction universelle en France, disait que le but de l’éducation était de former des citoyens difficiles à diriger. En effet. Celui qui est instruit se laissera moins facilement berner par quelques jeux de rhétorique. Il sera libre et apte à penser par lui-même. Il saura répondre.
Au Québec, nous avons toujours été rebutés par l’intelligence et l’instruction. Je connais peu d’intellectuels qui avouent haut et fort être des intellectuels. Au cours de notre histoire, certains politiciens ont d’ailleurs pris plaisir à les exclure des débats, et même de rire d’eux (je parle plus particulièrement de Duplessis et de Trudeau). Comme si le fait de penser allait à l’encontre de l’exercice politique. Justement, un politicien ne peut duper le peuple qui réfléchit.
J'ai entendu cette phrase cette semaine, je vous la transcris de mémoire: «Quand un patient reçoit une opération à coeur ouvert, c’est seulement à lui que ça profite, et il n’a pas besoin de débourser une cenne. Quand un étudiant s’instruit, c’est toute la société qui en bénéficie. Et c’est lui seul qui s’endette.»
Je n’ai pas envie d’aborder ici le dossier des frais de scolarité, mais plutôt de rappeler que l’éducation est un service public, au même titre que la santé ou la sécurité sociale. Lors de l’École d’hiver de l’Institut du Nouveau Monde, j’ai à peine entendu les mots «frais de scolarité». On m’a plutôt parlé d’accessibilité aux études. Pas seulement financièrement, mais aussi géographiquement, socialement, académiquement.
On a défendu l’idée de professeurs qui ont une soif d’apprendre et qui savent la transmettre. Qui forment ainsi des citoyens ouverts sur le monde, capables de travailler à rendre la société meilleure.
On a affirmé que chaque étudiant a un parcours différent, et que les barrières qui nuisent à son éducation devraient être écartées, pour lui permettre de se développer à son plein potentiel.
Ce que j’ai entendu, dans mes échanges avec des jeunes de partout au Québec, c’est la fierté de notre système d’éducation unique au monde qui permet, grâce au passage par le Cégep, une plus grande accessibilité aux études supérieures.
C’est l’envie de continuer le travail qui avait été entamé avec le rapport Parent en 1963-1964. Le besoin de renouveler un système qui n’a à peu près pas changé en cinquante ans.
C’est de croire qu’on peut s’offrir mieux. Pas dans un élan d’égocentrisme de la part des étudiants, comme plusieurs le prétendent. Car nous ne serons, pour la plupart, plus aux études lorsque les changements seront effectifs.
C’est simplement s’offrir la possibilité d’améliorer l’endroit où les jeunes passent 15, 20, 25 des premières années de leur vie. Pour profiter à l’ensemble de la société, qui ne peut se permettre de gaspiller le talent de sa jeunesse.
Je suis peut-être naïve d’y croire.