La grande affiche d’Abdoulaye Wade

29 février 2012 2 commentaires

Par Jean-François Aubé

En dehors des longues files tranquilles devant les bureaux de vote, les rues de Dakar sont très paisibles en ce dimanche, jour des élections. J’en profite pour prendre des images de cette affiche électorale gigantesque que je croise tous les jours.

Cette pancarte disproportionnée à l’effigie du président Abdoulaye Wade est située au bord de l’océan, bénéficiant ainsi d’une trame sonore suggestive évoquant l’invincibilité des vagues, dans une mise en scène édifiante qui sait profiter de toute l’éternité et de tout l’infini que l’Atlantique met à sa disposition.

Ce formidable panneau, surveillé en permanence par un camion rempli de policiers, compose une image bien exotique qui risque de disparaître dès demain s’il n’y a pas de deuxième tour aux élections.  J’ai l’air d’un touriste mélancolique qui prend des images de quelques éléphants en voie d’extinction ; en tout cas c’est comme ça que doit me voir Moustapha qui passait par là et qui s’arrête près de moi, amusé par tant de sérieux et de concentration autour d’une affiche électorale.  Il regarde la photographie du président avec un air taquin, avec le goût évident de faire des blagues.

-    Je pense que le photographe lui a dit : «ouvre les bras, dans un geste réconfortant, tu sais comme un bon papa».  Mais Wade ne comprenait pas. Ils ont fait cinquante photos et c’est elle la meilleure.

Il a raison, l’effet n’est pas très réussi. On voulait un président paternel, apaisant et rassembleur. Il apparaît autoritaire, provoquant et fatigué. Difficile, avec les événements des derniers jours, de ne pas voir ses bras ouverts comme une menace. Mais Moustapha a une meilleure interprétation.

Avec ses deux mains levées comme ça, il a l’air de faire «c’est pas de ma faute tout ce qui se passe».

Le soleil est impitoyable et je suis insatisfait de mes images. J’essaie de tirer le moindre mal d’un contre-jour difficile. Dans ma lentille se joue,  entre l’affiche de Wade et la lumière cinglante du couchant, un combat insidieux qui ne peut pas vraiment faire de vainqueur. Moustapha est devenu plus sérieux.

Il va gagner le vieux, me dit-il, avant de continuer son chemin.

2 commentaires

Koyo Kouoh a écrit le 1 mars 2012 :

Oh oui!
Wade est plus beau à contre-jour.

Jean-Marc Cormier a écrit le 1 mars 2012 :

Encore un texte significatif et bien écrit. Bravo.

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