Il apparaît furtivement dans cette vidéo. Il a 17, peut-être 18 ans. Depuis trois jours, Abdou attend patiemment la fin de l’après-midi pour sortir dans les rues de Dakar avec ses amis, afin de participer à ce que les médias appellent si facilement «le chaos».
Adbou aime éprouver les stratégies renouvelées d’une guérilla dirigée contre les forces de l’ordre. Il apprécie la beauté d’un feu en plein jour. Il adore surtout se laisser aller à l’intensité éblouissante de l’émotion, à la griserie de la haine et de la frustration que provoque la répression policière.
Abdou n’a jamais trouvé, pour parler de ce qu’il ressent face à son avenir, une expression visuelle aussi claire que cette rue aveuglée par la fumée, derrière laquelle s’élève une barricade agressive de policiers armés.
C’est contre cet horizon bouché qu’il lance ses pierres, avec cette fougue intempestive propre à la jeunesse, qui réussit à faire cohabiter, dans le même geste, une profonde colère et une grande légèreté rieuse.
2 commentaires
Wow! Du beau montage assurément signé Aubé!
M. Aubé. J’aime beaucoup votre plume. Merci de nous faire ressentir par les mots la révolte des jeunes Sénégalais avec autant de justesse et d’intelligence.