Par Bilbo Cyr, blogueur citoyen
Au début, le forum sur les hydrocarbures organisé par la Conférence régionale des élus de la Gaspésie-les-Îles avait l’air d’une bonne idée. Mais un examen plus approfondi révélera que non.
Le forum à tout à fait l’air d’une belle démarche d’ouverture et de conciliation. On va nous écouter?! Wow! Ce n’est pas souvent que ça arrive. Quand c’est trop beau, c’est louche. J’ai une tendance à questionner les apparences. Voici le genre de questions que je me pose :
1. Est-ce que c’est, de la part de Pétrolia, une tentative de nous faire oublier les poursuites baillons qui ont entaché le début de ses relations avec la population Gaspésienne.
2. Est-ce que ce forum est indépendant ?
3. De qui dépend son financement?
4. Est-ce que la prémisse de base permet d’entrevoir un accord possible?
5. À qui sert le forum ?
6. Est-ce que réfléchir aux conditions de développement durable de l’industrie des hydrocarbures en Gaspésie laisse une porte ouverte à la possibilité que le développement de cette industrie ne soit ni durable ni souhaitable?
7. Est-ce qu’on demandera à la population si elle veut du développement pétrolier, ou seulement de quelle façon cela devra se faire?
8. Est-ce que la fracturation est exclue fondamentalement de l’équation?
9. Est-ce que Pétrolia, qui dit œuvrer dans le pétrole non-conventionnel, est prête à garantir hors de tout doute que jamais cette technique, ailleurs interdite, ne sera utilisée sur le sol gaspésien?
10. Est-ce que ce forum a le pouvoir de contraindre l’industrie à répondre de façon satisfaisante aux questions du public?
11. Est-ce que des experts indépendants de la compagnie seront entendus?
12. Est-ce que Pétrolia va cesser de forer le temps que durent ces consultations?
13. Est-ce que le gouvernement actionnaire, concessionnaire de la ressource et financier du processus accepterait d’entendre autre chose que ce qu’il veut, lui qui a le ventre affamé?
14. Est-ce que tout ce cirque n’est qu’un exercice de relations publiques aux frais des contribuables et au profit de Pétrolia?
15. Est-ce que ma participation à ce forum risque d’être interprétée comme une reconnaissance implicite de sa légitimité?
Quand j’aurai obtenu réponses satisfaisantes à chacune de ces questions, je reviendrai m’asseoir pour discuter. En l’absence de telles réponses, l’exercice m’apparait comme une immense perte de temps, et une fourberie indicible visant à nous faire avaler une couleuvre trempée dans l’huile.
11 commentaires
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Voici les questions de nos amis des Iles
Forum sur les hydrocarbures
Conférence régionale des élus Gaspésie-Îles-de-la-Madeleine
Commentaires et questions formulés aux responsables de la démarche
Le Forum sur les hydrocarbures de la CRÉGÎM est à peine commencé qu’il suscite déjà de
nombreuses réactions, controverses et questions. Nous désirons vous faire part de divers
commentaires et questions qui touchent à la fois la démarche générale ainsi que le déroulement
de la première rencontre tenue le 24 mai 2012.
Nos commentaires ne visent pas à remettre en cause la bonne foi, ni de l’UQAC ni de la
CRÉGÎM. Un processus peut en effet être mené de bonne foi et comporter des lacunes. Dans
ce cas-ci, les enjeux en cause nous apparaissent si importants pour l’avenir de la Gaspésie, des
Îles-de-la-Madeleine et du golfe du Saint-Laurent qu’il nous faut demeurer critiques et vigilants.
Nous tenons à préciser que nous apprécions l’ouverture dont semblent faire preuve les
organisateurs du Forum sur les hydrocarbures. Nous souhaitons cependant que les
commentaires des participants soient réellement pris en compte dans la suite des événements
et que nous obtenions des réponses satisfaisantes à nos nombreuses questions.
Historique du Forum
• L’origine de la démarche et les étapes franchies pour en arriver au Forum sur les
hydrocarbures doivent être clairement expliquées au public et auraient dû l’être dès le départ,
par souci de transparence. Ceci inclut notamment les étapes franchies, la collaboration entre
Pétrolia et l’UQAC, le moment où la CRÉGÎM est intervenue dans le dossier, le choix de la
CRÉGÎM d’opter pour ce type de démarche, etc.
• La firme Pétrolia est impliquée au niveau du financement du Forum et de l’organisation
initiale de la démarche. Même si Pétrolia agit maintenant au même titre que les autres
participants, cette situation laisse planer un doute sur le caractère impartial de la démarche.
• Tout ce qui touche les hydrocarbures est hautement sensible. Pourquoi commencer un
processus déjà en situation de controverse?
• Pourquoi M. Scantland a-t-il affirmé à plus d’une reprise le 24 mai que le processus avait été
initié par la CRÉGÎM alors que celui-ci a été initié par Pétrolia, bien que repris par la
CRÉGÎM?
« C’est nous qui sommes à l’origine de cette démarche et on est accompagnés dans cette
démarche par l’Université du Québec à Chicoutimi, plus particulièrement la chaire en écoconseil
de l’Université du Québec à Chicoutimi. »
M. Gilbert Scantland, Forum sur les hydrocarbures, 24 mai 2012
• Quel rôle Pétrolia a-t-elle joué dans les étapes qui ont précédé l’organisation du Forum sur
les hydrocarbures de la CRÉGÎM?
• Il semble que Pétrolia collaborait déjà avec l’UQAC, avant même que la CRÉGÎM s’associe
à l’UQAC. Quelle était la nature de leur collaboration (objectifs, etc.)?
• Quels étaient les objectifs des 2 rencontres tenues le 14 novembre 2011 à Gaspé avec
l’IRNS, Pétrolia et l’UQAC ? Y a-t-il un lien avec le Forum en cours?
2
• On peut lire dans la présentation d’Isabelle Proulx, v.p. de Pétrolia, du 14 novembre 2011, à
la page 4, l’énoncé suivant : « Création d’une table sectorielle sur les hydrocarbures en
collaboration avec l’UQAC ». Qu’est-ce que cela signifie ? En quoi Pétrolia est-elle impliquée
dans cette table ?
• À noter que des citoyens ayant participé à la rencontre du 14 novembre 2011 revoient dans
le Forum sur les hydrocarbures une démarche très similaire à celle déjà présentée le 14
novembre par l’UQAC et Pétrolia.
• Dans le compte-rendu des présentations du 14 novembre 2011, on y retrouve des questions
et des commentaires soulevés par le public, à la fin des présentations. Certaines
préoccupations exprimées ont été également soulevées lors de la rencontre du 24 mai 2012.
Par exemple, on lit à la page 5 du compte-rendu : « Recherche de l’UQAC : Pour certains, il
y a la préoccupation de connaître la méthodologie de l’UQAC ainsi que son calendrier. Leur
démarche ne leur semble ni claire ni bien définie. ***Ce commentaire a été émis à plusieurs
reprises*** ». Les mêmes commentaires ont été formulés à de nombreuses reprises lors de
la rencontre du 24 mai. Il y aurait lieu de corriger la situation qui semble perdurer.
• Qu’est-ce qui a amené la CRÉGÎM à s’associer avec l’UQAC et de mettre en place le Forum
sur les hydrocarbures ?
• On peut se demander à quel besoin ce Forum répond-il puisque la commande initiale
semble provenir de Pétrolia? Est-ce un besoin exprimé initialement par le milieu et si oui,
est-ce que la formule retenue répond à ce besoin?
• Pourquoi la CRÉGÎM n’a t-elle pas consulté les gens de la Gaspésie et des Îles avant : 1)
d’évaluer les besoins du milieu ; et 2) de déterminer la démarche préconisée ? La Table de
concertation sur les hydrocarbures des Îles-de-la-Madeleine a développé une importante
expertise et travaille avec l’ensemble des intervenants locaux sur les enjeux liés aux
hydrocarbures depuis 2003. Il est regrettable et surprenant que cette instance n’ait pas été
impliquée dans l’organisation du Forum sur les hydrocarbures de la CRÉGÎM. Aussi, cette
Table n’a pas été consultée sur le bien-fondé de cette démarche et ses choix
méthodologiques. Les membres de la Table ont été informés de la démarche alors qu’elle
était déjà enclenchée. N’y avait-il pas une table similaire amorcée en Gaspésie (table
sectorielle sur les hydrocarbures) qui aurait pu être réunie à nouveau pour la cause?
Partenariat financier
• Divers partenaires financiers sont associés au Forum sur les hydrocarbures. Y a-t-il des
ententes particulières rattachées à leur collaboration financière?
« Ça va prendre de l’argent, ça va coûter genre 350 000 piasses cette affaire là [les forums]
M. Gilbert Scantland, CIEU-FM1
• Le MRNF contribue au projet. Est-ce que l’objectif de formuler des recommandations au
gouvernement du Québec dans le cadre de la création d’une loi sur la gestion des
hydrocarbures provient d’une demande du MRNF ou est-ce un objectif visé à priori par la
CRÉGÎM?
• Pétrolia finance une partie de la démarche :
1 http://cieufm.com/info.aspx?id=8873
3
« Pétrolia, qui cherche du pétrole à Gaspé, verse 60 000$ dans la démarche, qui coûtera
350 000$. »
Le Soleil, 26 mai 20122
• Nous avons compris que la contribution de 60 000 $ de Pétrolia est dédiée au travail de
Madame Peggy Henry. Est-ce bien le cas? Quel sera le rôle de madame Henry dans le
Forum sur les hydrocarbures? Elle a amorcée son travail avant le Forum sur les
hydrocarbures (réf : compte-rendu rencontres du 14 novembre 2011) et on lit que sa
recherche ainsi que celle de Mme Huybens est financée par Pétrolia. Depuis quand est-ce le
cas et qu’elle est le montant de la contribution de Pétrolia ?
Méthodologie et objectifs du Forum
• Bien que cela ne nous ait jamais été clairement expliqué ni par la CRÉGÎM ni par les
chercheurs de l’UQAC, il nous apparait maintenant évident que le Forum sur les
hydrocarbures s’inscrit dans le cadre d’une étude ou expérimentation portant sur des sujets
humains ou des collectivités humaines.
« Donc, mes intérêts de recherche, moi, c’est comment prendre ensemble des décisions
pour faire mieux marcher la démocratie et c’est ce qu’on essaie de faire ici. On va le faire
avec vous parce que je ne peux pas mettre une controverse dans un laboratoire et que
pour chercher, et bien nous on cherche avec les gens. »
Mme Nicole Huybens, Forum sur les hydrocarbures, 24 mai 2012
• Dans ces conditions, nous nous questionnons sérieusement à savoir si les règles de
déontologie entourant ce type d’expérimentation ont été respectées. Est-ce que les
participants sont conscients de participer à un projet de recherche? Est-ce que le
consentement éclairé et libre de toute personne touchée par cette recherche a été acquis et
clairement attesté ? Voir à ce sujet la Procédure en matière de déontologie de la recherche
de l’Université du Québec à Chicoutimi, basée sur le Code de Nuremberg (1947) et plus
particulièrement le point 3.2.2 :
« 3.2.2 de voir à ce que le consentement éclairé et libre de toute personne touchée par
une recherche soit acquis et clairement attesté ; »
• Nous avons entendu plusieurs personnes exprimer le fait qu’elles se sentaient comme des
cobayes qui étaient livrés à une expérience sans savoir dans quoi elles s’embarquent et
sans avoir donné leur autorisation. Plusieurs personnes ont aussi affirmé qu’elles se sentait
obligées de participer au processus, se sentaient prises en otage devant l’importance du
processus sur les décisions les concernant.
• Le but du Forum est de « co-construire un consensus régional ». Tout d’abord, le terme coconstruire,
maintes fois utilisé dans les communications et les discours rattachés au Forum
sur les hydrocarbures, nous apparait flou. L’idée de la co-construction nous apparait plutôt à
ce jour comme le portrait d’une démarche dont les objectifs, les moyens et les résultats
attendus sont imprécis et incompris par plusieurs.
• L’idée d’atteindre un consensus régional est aussi remise en question. Quelles sont les
véritables attentes des organisateurs de ce Forum? De pouvoir présenter, au terme de la
démarche, une position endossée par les parties impliquées, à la fois de la Gaspésie et des
2 http://bit.ly/JXNs2Y
4
Îles, sur les projets d’hydrocarbures marins, d’hydrocarbures terrestres conventionnels et
d’hydrocarbures terrestres non conventionnels? Cet objectif ne nous apparait pas d’emblée
réaliste étant donné la diversité des enjeux et la polarisation des intervenants : d’un côté des
industriels qui veulent exploiter les hydrocarbures et de l’autre divers groupes et citoyens qui
s’y opposent.
• Tout d’abord, une prise de position qui pourrait mener à un consensus doit être basée sur
des faits. Or les trois processus qui pourraient aider à l’obtention d’éléments de discussion,
soit l’ÉES2 dans le golfe, l’ÉES sur les gaz de schiste et le BAPE sur les ressources
naturelles aux Îles ne seront pas complétés lors du déroulement du Forum de la CRÉGÎM.
• Pourquoi alors faire un processus de concertation en marge des processus formels en
cours? Par exemple, les citoyens ont exprimé de façon claire leurs préoccupations lors de
l’ÉES2. Devons-nous recommencer, dire à nouveau ce que nous avons déjà dit et écrit?
Faut-il encore une fois démontrer qu’il n’y a pas d’acceptabilité sociale relativement au projet
d’hydrocarbures en milieu marin, ce qui est ressorti très fortement lors des diverses séances
de partage d’information tenues par Genivar à l’automne 2011?
• Nous avons entendu M. Scantland discréditer les processus de consultations formels en
cours lors de son allocution le 24 mai dernier :
« Les modes de consultation traditionnels ne nous permettent pas d’arriver à des consensus
qui prennent en compte les intérêts de tous les partenaires. Je l’ai vécu, je l’ai vécu à Gaspé,
la tournée de l’ÉES. Ça n’a pas été un succès pour personne. Y’en a eu d’autres tournées
de ce genre là, d’autres consultations et ça n’a jamais de résultat réel sur les décisions. »
M. Gilbert Scantland, Forum sur les hydrocarbures, 24 mai 2012
Au contraire, les modes de consultation traditionnels (BAPE, Agence canadienne
d’évaluation environnementale, ÉES) jouissent d’une grande crédibilité dans la population. Il
est inquiétant d’entendre M. Scantland discréditer ces processus formels sous prétexte que
les résultats ne lui plaisent pas. Il propose DONC de remplacer ces processus éprouvés par
un concept flou de co-construction de consensus :
« Donc on s’est dit, y’a tu moyen de trouver une autre façon de travailler pour être capables
d’arriver à d’autres résultats. Et c’est ça qu’on vous propose. »
M. Gilbert Scantland, Forum sur les hydrocarbures, 24 mai 2012
• Les organisateurs disent vouloir aborder à la fois le pétrole terrestre en Gaspésie, le gaz
naturel aux Îles et les hydrocarbures extracôtiers. Ces trois thèmes réfèrent à des
techniques complètement différentes, des enjeux environnementaux complexes et très
différents et même des lois complètement différentes. M. Scantland banalise cette
complexité et affirme que tout est similaire :
« Les hydrocarbures, que ce soit le gaz et le pétrole, sur mer (sic) et dans le golfe, tout
l’exploitation des hydrocarbures est concernée parce que c’est les mêmes enjeux, c’est des
enjeux environnementaux, c’est des enjeux économiques, c’est des enjeux sociaux. Est-ce
qu’on les prend de front, je pense que oui. »
M. Gilbert Scantland, Forum sur les hydrocarbures, 24 mai 2012
− Comment nous assurer d’avoir accès aux informations complètes et justes, sans la
présence d’experts, sans documentation de base, etc.?
− Il est facile et il peut être dangereux de laisser glisser une information inexacte dans un
document ou un discours. Voici quelques exemples de fausses informations que la
présence d’experts aurait pu rectifier :
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Exemple1 :
« Chaque projet devra être soumis, comme c’est présentement le cas dans la Loi sur les
hydrocarbures, pas la Loi sur les hydrocarbures, mais la Loi sur les mines, sera soumis à un BAPE.
Donc nécessairement, chaque projet fera l’objet d’analyses particulières. »
M. Gilbert Scantland, Forum sur les hydrocarbures, 24 mai 2012
Cette affirmation est fausse. En vertu du Règlement relatif à l’application de la Loi sur la
qualité de l’environnement, tous les forages autorisés en vertu de la Loi sur les mines sont
exemptés de l’obtention d’un certificat d’autorisation, sauf ceux pratiqués dans le shale
ainsi que les travaux de fracturation. De plus, en vertu du Règlement sur l’évaluation et
l’examen des impacts sur l’environnement, aucun forage au Québec n’est soumis à un
BAPE.
Exemple 2 :
« Là actuellement on est dans la Loi 14 qui devrait être adoptée normalement à la fin de la
session actuelle. La Loi 14 ne concerne que les mines et elle encadre les hydrocarbures
dans le contexte où il n’y a pas de Loi sur les hydrocarbures. »
M. Gilbert Scantland, Forum sur les hydrocarbures, 24 mai 2012
Cette affirmation est fausse à plusieurs égards. Tout d’abord, il s’agit du projet de loi 14, et
non pas de la loi 14. De plus, ce projet de loi vient modifier les aspects « minéraux » de la
Loi sur les mines. Il n’encadre pas du tout les hydrocarbures. C’est plutôt la Loi sur les
mines qui encadre les hydrocarbures, en l’absence d’une Loi sur les hydrocarbures.
Exemple 3 :
Un autre exemple d’erreur importante faite faute d’expertise présente, qui peut-être
regrettablement véhiculée par la suite, se retrouve dans le compte-rendu des
présentations de l’UQAC et de Pétrolia données le 14 novembre 2011 à Gaspé. On y lit à
la page 5 du compte-rendu : « Le plafond de responsabilité d’une compagnie est de 30
millions de dollars et pourrait ne pas être suffisant en cas de déversement ou de
contamination majeure. » Il est à noter que ce plafond est applicable uniquement en milieu
marin et Pétrolia n’est pas concernée par cette mesure. Or, en milieu terrestre, c’est le
Règlement sur le pétrole, le gaz naturel et les réservoirs souterrains (Québec) qui
s’applique. Art. 17 : « Cette demande doit être accompagnée d’une copie certifiée d’une
police d’assurance-responsabilité civile au montant de 1,000,000 $ pour tout dommage
causé par les opérations de forage ou par l’équipement s’y rattachant. »
− Comment vous assurerez-vous de la rigueur des informations partagées, une condition
essentielle aux échanges constructifs et à la prise de décision éclairée? Où seront les
experts pour corriger le tir au besoin?
− Comment un consensus pourra-t-il être établi, sur quelles bases, selon quels critères ?
Comment les participants pourront-ils être adéquatement informés de ces enjeux si vastes
et complexes?
− Comment obtenir ou quelle est la pertinence d’obtenir un consensus régional Gaspésie-les
Îles sur des enjeux qui ont une portée locale, tels que celui du forage terrestre (gaz
naturel) aux Îles-de-de-la-Madeleine? Est-ce que la Gaspésie participera à l’obtention d’un
consensus sur cet enjeu ?
− Comment vous assurerez-vous même du partage de cette information d’une séance à
l’autre alors que chacun est libre d’assister aux séances désirées? Faudra-t-il
recommencer à chaque fois pour les absents?
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« Y’a aussi pas d’obligation de venir à toutes les réunions. C’est pas obligatoire parce on
part toujours de la base de l’autre. Si vous venez pas à la prochaine, c’est pas grave. Vous
venez à la troisième si vous en avez envie. Donc y’a pas d’obligation de venir à toutes les
réunions et on bâtit sur la réunion précédente. »
Gilbert Scantland, Forum sur les hydrocarbures, 24 mai 2012
• L’objectif des organisateurs est d’obtenir des consensus sur les hydrocarbures en Gaspésie,
aux Îles et dans le golfe, afin de formuler des recommandations au gouvernement dans le
cadre de la création d’une loi sur la gestion des hydrocarbures.
− Ce travail nécessite une connaissance approfondie de plusieurs paramètres et peu de
gens ont l’expertise pour procéder à une telle analyse.
− Croyez-vous réaliste que le Forum sur les hydrocarbures permette d’acquérir une telle
expertise?
• Mentionnons également que tout l’aspect pétrole extracôtier relèvera de lois
fédérales/provinciales et ne se retrouvera pas dans la loi québécoise sur les hydrocarbures.
Pourquoi rechercher un consensus sur les hydrocarbures extracôtiers alors que la gestion
de ces derniers, sauf pour la baie des Chaleurs qui est en territoire québécois, ne fera pas
partie de la loi québécoise sur les hydrocarbures?
• Aucun document de référence ou expert présent ne sera à la disposition des participants.
Dans cette optique, les firmes pétrolières présentes auront beau jeu pour présenter leur
vision des choses sans contre-expertise officielle, si elles sont présentes et offrent de
l’information aux participants.
• Le Forum sur les hydrocarbures prévoit une dizaine de séances. La première séance a duré
environ 4 heures aux Îles-de-la-Madeleine. Nous voyons un haut risque de sur-consultation
auprès de la population.
• Plusieurs ont exprimés le sentiment de se sentir obligés de participer à cette démarche.
Nous partageons ce sentiment. Si une position régionale émane de ce Forum, nous sentons
que nous devons y participer, malgré nos importantes réserves face à tout ce processus.
Nous avons le sentiment d’être pris au piège par une démarche non voulue, dans laquelle
nous avons peu confiance.
• Le processus de révision de la Stratégie énergétique du Québec débutera en 2013.
Pourquoi se pencher sur l’acceptabilité sociale des hydrocarbures par le mécanisme du
Forum alors que leur exploitation au Québec pourrait être carrément remise en question lors
de la révision de la Stratégie énergétique ?
• Est-ce que le consensus pourrait être qu’il n’y pas d’acceptabilité sociale?
• Le but premier du Forum sur les hydrocarbures, c’est d’obtenir une « position régionale sur
les hydrocarbures ». Cette position régionale implique forcément de vérifier l’acceptabilité
sociale, ce que les Forums devront obligatoirement faire. Or, le terme « acceptabilité
sociale » semble être esquivé par la CRÉGÎM et la chaire en éco-conseil. Le concept
d’acceptabilité sociale est pourtant balisé et repose sur des principes précis, principes qui
semblent absents de la démarche des Forums :
− Il n’y a pas de véritable « acceptabilité sociale » si la possibilité collective de dire « non »
à un projet de développement n’existe pas. Les Forums visent l’obtention d’un
consensus auquel Pétrolia serait partie prenante. Il est donc illusoire de croire qu’un rejet
de la filière pétrolière serait une issue possible.
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« Non, tous les projets ne sont pas acceptables »
Conseil patronal de l’environnement du Québec (2012)
− L’acceptabilité sociale doit être basée sur un portrait complet des risques et des impacts
en cause, avec un accompagnement adéquat de la population dans la compréhension
de ces risques et impacts3. Le Forum de la CRÉGÎM refuse l’apport de contre-expertises,
et ne semble basé que sur un dialogue entre participants. L’expertise scientifique et
légale fait cruellement défaut.
• Nous souhaitons aborder un point délicat, qui nous créée un malaise. Il s’agit de la phrase
maintes fois répétée – pourquoi donc avoir besoin de répéter ce qui a déjà été dit? – par les
membres de l’équipe de l’UQAC et même par ceux de la CRÉGÎM, nous disant l’importance
de « participer à un monde plus juste, plus libre, plus vert et plus responsable». Cette phrase
nous a même été présentée comme étant une définition du développement durable. Que
cette phrase soit la philosophie préconisée par Madame Huybens et son équipe, soit, mais
doit-elle être adoptée et reprise par la CRÉGÎM? Est-ce une vision à laquelle les
organisateurs veulent nous faire adhérer? Est-ce la nouvelle définition à retenir du
développement durable? Si tel est le cas, il faudrait que cette importante question fasse
l’objet d’une réflexion entre les participants. Le Québec, par l’entremise de la Loi sur le
développement durable, s’est doté d’une définition du développement durable calquée sur la
définition internationale. Pourquoi nous proposer avec insistance une définition floue et
différente de celle du Québec ?
« Qu’est-ce que le développement durable ? Pour nous, c’est un monde plus libre, plus juste,
plus vert et plus responsable. Ça veut dire qu’il faut co-construire ce monde là. On ne peut
pas laisser le travail aux autres. On peut le co-construire. Si on le co-construit, on va donc
avoir un monde plus libre, plus juste, plus vert et plus responsable. »
M. Gilbert Scantland, Forum sur les hydrocarbures, 24 mai 2012
• Concernant l’importance de la participation de tous les acteurs concernés :
« La question évidemment de conflit d’intérêt, il est évident. C’est à dire que Pétrolia a un
intérêt à ce que ça marche. Elle a un intérêt à ce que ça marche parce que elle veut, Pétrolia
on peut pas se le cacher, Pétrolia elle veut faire de l’exploration, de l’exploitation. Donc elle
veut le faire dans le respect de la volonté de la région d’aller de l’avant, dans un contexte où
elle va être capable de se sentir à l’aise de la faire. Donc oui, elle a un intérêt, comme vous
vous avez d’autres intérêts de faire en sorte que ce soit bloqué parce que vous voulez pas
de… de… de… de… d’exploitation des hydrocarbures. Ou encore vous le voulez mais dans
des conditions serrées. Donc tout le monde a son intérêt. Et on n’est pas à la solde de
Pétrolia. Et je peux vous dire qu’on est bien contents que Pétrolia soit là. S’ils étaient pas là,
est-ce que le Forum aurait le même sens ? Le Forum aurait pas le même sens parce que en
participant au Forum, elle vient elle aussi se lier au résultat du Forum. Donc à mon avis
c’est un plus dans la démarche que les entreprises y participent. S’ils étaient pas là, il
faudrait peut-être les inviter, sérieusement à venir. Parce que comment peut-on avoir le point
de vue de l’autre si l’autre est absent. Donc c’est dans ce contexte là que Pétrolia, pour nous,
c’est un ajout important dans la démarche. »
M. Gilbert Scantland, Forum sur les hydrocarbures, 24 mai 2012
Pourquoi l’emphase est-elle mise sur la compagnie Pétrolia ? Où est Junex, et Gastem, et
Corridor Resources qui ont tous des intérêts sur le territoire ? Ont-ils été invités ? Ont-ils
3 Conseil patronal de l’environnement du Québec (2012). Guide des bonnes pratiques afin de favoriser l’acceptabilité
sociale des projets. Montréal ( Québec), 68 p.
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manifesté un intérêt à participer au Forum ? Seront-ils, eux aussi, liés au résultat du Forum,
tel que nous l’exprime M. Scantland pour Pétrolia? Il nous apparaît bien évident que non.
Logistique de la rencontre du 24 mai 2012
• La première rencontre aurait dû permettre d’apporter un éclairage complet et juste sur
l’historique de la démarche, son bien-fondé, ses objectifs, la méthodologie choisie. Il aurait
été essentiel d’en discuter avant toute autre chose.
• À de nombreuses reprises M. Scantland a affirmé que la première rencontre permettrait
d’établir l’agenda des prochaines rencontres. Il n’en fut absolument pas question, ni dans la
session commune, ni dans les ateliers de travail :
« Aujourd’hui grosso modo, ce qu’on va faire c’est notre agenda de discussion. C’est à peu
près ça qu’on va faire. On va parler des vrais enjeux et on va les placer dans le temps.
Quand est-ce qu’on veut parler de ça, quand est-ce qu’on veut discuter de ça. »
« Aujourd’hui on va travailler dans le fond sur l’esquisse, sur les premiers plans. Par la suite,
on va mettre une première pierre, une deuxième pierre, une troisième pierre et on va
tranquillement construire notre position. »
M. Gilbert Scantland, Forum sur les hydrocarbures, 24 mai 2012
• La CRÉGÎM était déjà avisée de bons nombres de préoccupations déjà exprimées par
plusieurs, concernant entre autres le fait que la démarche avait été initiée par Pétrolia.
Malheureusement, plusieurs de ces sujets n’ont pas été abordés lors de la rencontre ou pire,
nous avons été informés du contraire (i.e. que la démarche avait été initiée par la CRÉGÎM,
ce qui nous apparait faux). S’ils l’ont été, il n’a pas été possible d’en discuter puisque les
ateliers prévus portaient déjà sur le contenu de la démarche plutôt que sur sa forme.
• Nous questionnons et dénonçons cette façon de procéder. Elle nous apparaît inconvenante
de la part de professionnels, qui plus est, nous présentent une démarche floue, incomprise
et non ficelée. Les enjeux (une position régionale sur les hydrocarbures) sont beaucoup trop
importants pour les soumettre aux aléas d’un processus aussi imprécis et improvisé.
• Concernant les difficultés techniques éprouvées par la tenue de 6 séances en simultané par
vidéoconférence, elles étaient hautement prévisibles. Comprenant mal les objectifs et
l’orientation de la démarche, il nous est difficile d’émettre à ce stade-ci des
recommandations à ce niveau pour la suite des choses.
• Nous sommes préoccupés par le fait qu’il sera difficile d’obtenir des réponses à nos
questions au fur et à mesure, lors des séances du Forum, à cause de la complexité de la
logistique et peut-être parfois du manque d’expertise en place. À maintes reprises, on nous
a dit que les spécialistes en éco-conseil animant les ateliers auraient réponse à tout. Or, il fut
constaté que ces gens, malgré leur bonne volonté, ne connaissaient absolument pas la
problématique des hydrocarbures et n’avaient qu’une vision floue du processus des forums :
« Tous les gens qui sont avec vous, qu’on vous présentera d’ailleurs, sont des spécialistes
en éco-conseil. Qui sont formés pour répondre à vos questions. Qui sont formés également
sur la démarche qu’on est en train d’effectuer. »
M. Gilbert Scantland, Forum sur les hydrocarbures, 24 mai 2012
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• Lors des séances en atelier, les éco-conseillers notaient les propos des participants au
marqueur, sur de grandes feuilles blanches. On nous a dit qu’un autre groupe de personnes
ferait par la suite la synthèse des commentaires déjà synthétisés une première fois. Comme
ces gens n’ont aucune connaissance du dossier des hydrocarbures, nous craignons que les
propos des participants soient déformés. Comment pourrons-nous nous assurer de la
justesse des synthèses qui serviront de matière à la co-construction du consensus
régional ?
• Il est regrettable d’avoir été si peu et mal informés du déroulement (ordre du jour et objectifs)
de la rencontre du 24 mai et de la durée de celle-ci. Tenir une rencontre qui débute à 16h et
qui dure près de 4 heures, sans avoir été préalablement informé de la durée et du fait qu’un
goûter serait servi, nous apparait comme un manque de respect pour les gens conviés. Il est
déplorable que des personnes aient dû quitter la rencontre avant la fin car elles avaient pris
d’autres engagements.
Position de la CRÉGÎM
• Il serait important de connaître la position de la CRÉGÎM à ce jour dans le dossier des
hydrocarbures. Cette position devrait être connue des participants parce que des
informations contradictoires semblent être véhiculées. D’une part, il a été affirmé lors du
forum du 24 mai que le seul objectif du PRDIRT était de tenir un forum sur les
hydrocarbures :
« Le seul objectif qu’on s’était donné dans le PRDIRT (excuse l’acronyme) dans le Plan
régional de développement intégré des ressources c’était de tenir une consultation, un
forum sur les hydrocarbures. OK, on est rendus là aujourd’hui. »
M. Gilbert Scantland, Forum sur les hydrocarbures, 24 mai 2012
Or, un examen attentif de la version finale du Plan régional de développement intégré des
ressources et du territoire (décembre 2010), révèle plutôt une volonté ferme de la CRÉGÎM
d’aller de l’avant avec l’exploitation des hydrocarbures et pas seulement de tenir un Forum :
« Le présent axe vise à établir une mise en valeur des hydrocarbures situés en Gaspésie à
partir d’un encadrement régional des activités d’exploration et d’exploitation gazière et
pétrolière ayant lieu dans la région, tant en territoire terrestre que maritime. »
« Obtenir une part des redevances associées aux activités d’exploration et d’exploitation des
hydrocarbures se déroulant dans la région »
Définir un encadrement environnemental régional pour la pratique d’activités d’exploration et
d’exploitation gazière et pétrolière en Gaspésie »
De plus, des informations contradictoires sont présentées quant à la nature consultative des
forums. D’une part M. Scantland affirme, tel que mentionné plus haut, que le seul objectif du
PRDIRT, en matière d’hydrocarbures, était de « tenir une consultation, un forum… ». Plus
tard, il affirme avec insistance, que le forum n’est pas une consultation :
« C’est un processus ouvert qu’on veut vous présenter. C’est pas une période de
consultation. On n’est pas ici avec une position pour vous présenter une position. On
veut avoir… construire ensemble une position commune. »
Comme l’objectif premier du forum est d’établir une position régionale officielle sur les
hydrocarbures, il semble évident dans la tête de plusieurs participants, qu’il s’agit
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effectivement d’une consultation. Prétendre le contraire et la qualifier plutôt de coconstruction
n’est que jouer avec les mots.
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Conclusion
Nous croyons que des éléments fondamentaux de la démarche du Forum sur les hydrocarbures
chapeautée par la CRÉGÎM doivent être remis en question sans délai. Nous avons soulevé de
nombreuses et importantes lacunes qui entachent sévèrement la crédibilité du Forum, lacunes
qui ne pourront pas être surmontées sans revoir en profondeur toute la démarche.
Nous questionnons l’approche préconisée par Madame Nicole Huybens de la chaire en écoconseil
de l’UQAC. Nous espérons ne pas nous faire dire que ce départ raté fait partie
intégrante d’une démarche de co-construction.
Les enjeux en cause sont trop importants et trop sensibles pour qu’ils reposent entre les mains
d’une recherche exploratoire à laquelle, de surcroît, les participants ne semblent pas avoir
donné leur accord pour y participer. Nous envisageons de faire des vérifications auprès du
comité de déontologie de l’Université du Québec à Chicoutimi pour connaître nos droits et savoir
s’ils ont été respectés.
Nous espérions ne pas avoir à utiliser notre temps et notre énergie à critiquer le processus, mais
plutôt pour se pencher sur les enjeux réels en cause.
Nous craignons le boycott de gens et de groupes qui déjà non plus foi dans cette démarche.
Nous craignons aussi l’utilisation des résultats de la démarche.
Nous sommes inquiets pour la suite.
Nous demandons à la CRÉGÎM et aux membres de son conseil d’administration de considérer
nos craintes et nos demandes, ainsi que d’apporter des réponses à nos nombreuses questions.
Nous demeurons disponibles pour en discuter avec vous.
Bien à vous,
Danielle Giroux, LL.B. M.Sc., présidente d’Attention FragÎles et porte-parole de la Coalition
Saint-Laurent, dagiroux@me.com
Sylvain Archambault, M.Sc., membre du Comité d’orientation de la Coalition Saint-Laurent,
s.arch@videotron.ca
Le 1er juin 2012
Je crois qu’on va discuter, oui, pendant le forum. Pour ce qui est de répondre aux questions, c’est moins certain. Je ne suis pas contre l’exercice de participation citoyenne. J’ai des réserves face à ce pour quoi on essaie de nous le faire passer. Tant que Petrolia va forer et financer la chaire de recherche pendant qu’on discute, les prétentions d’impartialité et de transparence ne demeureront que du spectacle. J’ajouterais que nous mettre en réseau sans nous donner l’occasion de nous parler , et ensuite nous diviser pour que l’on se pose nos questions entre nous n’est pas ce que j’attend d’une consultation publique. Les résultats de cette démarche ne lient personne légalement.
Bilbo, je crois que les réponses à tes questions (très pertinentes d’ailleurs !) seront répondues et discutées lors des forums. C’est important que tu y soit, comme tous et chacun.
Ce n’est p-e pas la meilleure façon de procéder, mais ça ne nous empêche pas de faire d’autres actions tout de même ?
Moi, je crois que ça vaut le coup d’essayer et que toutes les actions peuvent être utiles
En l’absence de réponses, l’exercice m’apparait comme une immense perte de temps, et une fourberie indicible visant à nous faire avaler une couleuvre trempée dans l’huile.