Lixiviat dans le golfe : la solution facile ?

7 mai 2012 12 commentaires

Vous n’êtes probablement pas sans savoir que les pluies printanières ont occasionné un afflux majeur de lixiviat au dépotoir de Gaspé. La pluie percolant à travers les couches de déchets s’écoule à l’autre bout, chargée d’azote, de coliformes, de bactéries et de métaux lourds.  Vous connaissez aussi probablement la solution retenue par la ville. De deux maux choisissant le moindre, 80 camions-citernes ont été déversés dans le golfe.

Loin de moi l’idée de blâmer la Ville de Gaspé. Une mauvaise solution est tout de même mieux que rien du tout. Rejeter en aval à au moins permis de préserver un peu la rivière à saumon (sur le bord de laquelle ce dépotoir n’aurait pas dû être construit, mais c’est un autre débat). Cet événement amène toutefois certaines réflexions.

•    La situation était connue. Ce n’était pas la première fois qu’un tel événement survenait.
•    La modification du bassin couterait 2 millions, nous dit-on.
•    L’amende maximale qui sera imposée serait de 10 000 $, soit 125$ par camion-citerne.
Donc, et suivez-moi bien ici,

•    Si ce type d’événement se produit une fois par an, et si la réglementation ne change pas, on pourrait flusher notre excédent de jus de poubelle dans le Golfe pendant environ 200 ans avant qu’il soit économique de modifier le bassin.
•    Si l’amende imposée ne varie pas selon le volume ou la durée, on pourrait bien être tentés, la prochaine fois, de vider le bassin au complet, réduisant ainsi le coût par camion
•    Le golfe du Saint-Laurent étant déjà chargé en contaminants de toutes sortes, et le courant étant fort et constant dans ce secteur, il pourrait s’avérer très difficile, voire impossible,  de mesurer les impacts et d’assurer quelque forme de suivi de ces déversements.
•    Le risque de créer un précédent est réel. Voyant à quel point il est peu dispendieux de se débarrasser de déchets liquides de cette façon, d’autres pourraient être tentés de faire pareil. En plus, si on n’est pas pris, c’est gratuit.
•    La réglementation est molle, et ceux chargés de l’appliquer sont rares et loin.
•    Les résidus sont municipaux jusqu’à la sortie du tuyau, où ils deviennent fédéraux s’ils sont en suspens ou provinciaux s’ils se déposent au fond (à moins que ce ne soit le contraire, on s’y perd). Fédéraux s’ils sont ingérés par des oiseaux migrateurs, provinciaux s’ils sont ingérés par des poissons débarqués à quai.

Considérant que

•    le ministère de l’Environnement fédéral est actuellement démantelé morceau par morceau, et loi après loi, par les conservateurs d’Harper,
•    le ministère de l’Environnement provincial ne semble être qu’un percepteur d’amendes symboliques

Il est impératif que nous réfléchissions collectivement à la façon de disposer de nos eaux usées, spécialement dans le contexte où des industries lourdes et notoirement gourmandes en liquide s’apprêtent à entrer en production sans processus de consultation du public.

12 commentaires

real a écrit le 31 mai 2013 :

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Dominic P a écrit le 15 mai 2012 :

Bien d’accord avec toi!

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