Lixiviat dans le golfe : la solution facile ?
7 mai 2012, 15:23Vous n’êtes probablement pas sans savoir que les pluies printanières ont occasionné un afflux majeur de lixiviat au dépotoir de Gaspé. La pluie percolant à travers les couches de déchets s’écoule à l’autre bout, chargée d’azote, de coliformes, de bactéries et de métaux lourds. Vous connaissez aussi probablement la solution retenue par la ville. De deux maux choisissant le moindre, 80 camions-citernes ont été déversés dans le golfe.
Loin de moi l’idée de blâmer la Ville de Gaspé. Une mauvaise solution est tout de même mieux que rien du tout. Rejeter en aval à au moins permis de préserver un peu la rivière à saumon (sur le bord de laquelle ce dépotoir n’aurait pas dû être construit, mais c’est un autre débat). Cet événement amène toutefois certaines réflexions.
• La situation était connue. Ce n’était pas la première fois qu’un tel événement survenait.
• La modification du bassin couterait 2 millions, nous dit-on.
• L’amende maximale qui sera imposée serait de 10 000 $, soit 125$ par camion-citerne.
Donc, et suivez-moi bien ici,
• Si ce type d’événement se produit une fois par an, et si la réglementation ne change pas, on pourrait flusher notre excédent de jus de poubelle dans le Golfe pendant environ 200 ans avant qu’il soit économique de modifier le bassin.
• Si l’amende imposée ne varie pas selon le volume ou la durée, on pourrait bien être tentés, la prochaine fois, de vider le bassin au complet, réduisant ainsi le coût par camion
• Le golfe du Saint-Laurent étant déjà chargé en contaminants de toutes sortes, et le courant étant fort et constant dans ce secteur, il pourrait s’avérer très difficile, voire impossible, de mesurer les impacts et d’assurer quelque forme de suivi de ces déversements.
• Le risque de créer un précédent est réel. Voyant à quel point il est peu dispendieux de se débarrasser de déchets liquides de cette façon, d’autres pourraient être tentés de faire pareil. En plus, si on n’est pas pris, c’est gratuit.
• La réglementation est molle, et ceux chargés de l’appliquer sont rares et loin.
• Les résidus sont municipaux jusqu’à la sortie du tuyau, où ils deviennent fédéraux s’ils sont en suspens ou provinciaux s’ils se déposent au fond (à moins que ce ne soit le contraire, on s’y perd). Fédéraux s’ils sont ingérés par des oiseaux migrateurs, provinciaux s’ils sont ingérés par des poissons débarqués à quai.
Considérant que
• le ministère de l’Environnement fédéral est actuellement démantelé morceau par morceau, et loi après loi, par les conservateurs d’Harper,
• le ministère de l’Environnement provincial ne semble être qu’un percepteur d’amendes symboliques
Il est impératif que nous réfléchissions collectivement à la façon de disposer de nos eaux usées, spécialement dans le contexte où des industries lourdes et notoirement gourmandes en liquide s’apprêtent à entrer en production sans processus de consultation du public.
BAPEut-être…
1 mai 2012, 11:22Il était une fois dans un pays mou un peuple
Habitant une terre riche, une terre rare
Dans ce pays vivait un triste clown frisant le ridicule
Il avait hérité d’une belle grande maison, mais il n’était pas seul en liste pour l’héritage.
Il décida donc, avec l’aide de quelques amis, de vider la maison de son contenu.
Mais en douce, pour ne pas que ça se sache
Le clown s’acheta un chien. Pas gros, de ceux qui jappent plus qu’ils ne mordent. Il l’enchaina devant la maison et dit à tous : «Ceci est un chien de garde, si on essaie de cambrioler la maison, il va japper.» Puis il partit faire semblant de rien un peu plus loin.
Il revint la nuit tombée avec ses amis,
Et pour le chien une gâterie.
Pendant que le chien chiquait son os,
Ses amis passaient par la porte de derrière et remplissaient leurs poches.
Le chien montrait les dents parce qu’il souriait…
Quelques fois ainsi, et la maison fut vide. Fiers de leur succès, les clowns bandits orchestrèrent le démantèlement de la maison. Poutre par poutre, ils allaient la démonter, jusqu’à ce que ne subsiste plus qu’une coquille. Les autres héritiers pourraient chialer.
Quand ils eurent terminé, qu’il ne restât que du vent à empocher, l’un des clowns eut une idée :
-Et le sous sol? Il y a plein de jus dedans…
-Oui, mais il faudrait le craquer, et ça va faire du bruit, et le chien va japper.
Le gros clown frisé triste réfléchit un peu, puis il s’illumine.
-J’ai un plan…
Le lendemain soir, en arrivant devant la coquille, il détache le chien. Il lui lance un os dans les basses terres, près du fleuve. Il se met à rire
-Il en a pour 10 ans à explorer avant de revenir…
Et s’amorce l’extraction du jus de sous-sol pendant que le chien est au loin.
Un petit trou dans le solage, il injecte un liquide louche qui finalement ne fait pas de bruit tant que ça, et le jus se met à couler. Puis le flot se tarit. Alors il injecte encore un peu de son liquide louche, et encore un peu plus, pour la chance, parce qu’on n’est jamais bien certains des effets et des doses. Ca y est, ça coule à flot. Les clowns ramassent tout, et injectent encore un peu de liquide louche quand ça diminue. Le solage finit par s’éventrer.
Un clown à l’esprit vif s’allume :
-On ramasse aussi la roche.
Un autre :
-Le ciment aussi, tant qu’a y être.
Et bourrent les poches comme les bajoues d’un suisse gourmand.
Mais le bruit provoqué par l’affaissement de tout un pan du sous-sol avait troublé le sommeil des héritiers. Ils arrivaient en criant, tout énervés, avec au bout de la laisse, le petit chien.
L’un d’eux dit à l’autre :
-Tu penses vraiment que le chien va faire une différence?
-Je ne sais pas, mais c’est le seul qu’on a…
Merci aux étudiants !
23 avril 2012, 17:30Par Bilbo Cyr
Ça y est, le monarque déchu déçu de la certitude de sa décrépitude se lance dans la violence à outrance.
La matraque convaincue de sa vérité et de sa légitimité, monte et descend, éclaboussant de sang les mains au fond des poches, les langues pendues par des nœuds de cravate trop serrés.
Pendant que l’émeute fait rage et qu’éclatent les cartilages, le petit roi-nègre fait le bouffon pour les copains assemblés à ses pieds, les fidèles qui susurrent de leurs langues de miel, tyrans tirant la couverte de leur bord et satisfaits de leur sort, boulimiques industriels, oligarques sulfureux et toute la clique qui se ferme les yeux. Quel besoin, de toute façon, d’y voir clair quand on vit à plat ventre dans le noir?
Pendant qu’inlassables, les irréductibles tiennent bon envers et contre quelques-uns, les copains collusifs se vautrent dans les exemptions, les déductions et les incitatifs. Pendant que mine de rien, on nous tord le bras sous la table jusqu’à la fracturation, les terre-raristes prennent la pistes et les lobbyistes les coulisses.
Pendant que s’échangent les prémisses et les promesses entre les mains habituées aux cocktails et aux verres à vin, dehors, à la porte, la démocratie en laisse, goutte à goutte perd de son lustre et révèle ses crocs, fière, arrogante et vantarde, clinquante dans son attirail presque neuf de mercenaire en fer made in USA.
Le mépris affiché par ces coalisés pathétiques n’a d’égal que leur insatiable appétit vorace et leur égoïsme pathologique. On ne peut pas conduire décemment avec les deux mains sur le volant et les doigts au fond des oreilles. Est-ce que quelqu’un pourrait appeler Nez-Rouge? Il n’est plus en état. La légitimité s’émousse et le verni s’écaille. La façade se lézarde. Le monolithe s’affaisse dans sa fange pendant que les rats quittent le navire pour aller compter leur blé chapardé.
Merci à tous ceux qui se tiennent debout sous la pluie de coups. Vos sacrifices ne sont pas vains. Puissent-ils, avant qu’il y ait mort d’Homme, faire tomber ce triste souverain en bas de son trône de brume. Merci de donner espoir en la solidarité et la lucidité. Le changement n’est pas seulement possible, il est inéluctable.
La Rue Sale
11 avril 2012, 14:48Permettez-moi une parabole. Si l’ellipse est peu claire, faites vos devoirs.
Il était une fois, à l’autre bout du monde, un homme appelé Lego, comme les blocs, parce que tout s’emboitait dans sa tête. C’était un rustre. Il était peu raffiné et trainait dans les sombres coulisses du vice, dans les rues et les ruelles. Il avait, dit-on, taillé sa place de la pointe d’une lame d’alu. Puis la rue est devenue sienne. Sur son passage, ses alliés retenaient leur souffle. Ses adversaires arrêtaient de respirer.
Il est devenu l’homme le plus puissant de la rue, si l’on exclut son tonton Vladimir qui veillait à tout. Depuis que Boris était parti, Lego mangeait des bonbons et grossissait. Lego aimait les bonbons. Partout, le long de son chemin, il laissait ses déchets d’aluminium. Qu’importe que la rue soit sale, elle était sienne. SA rue sale.
Puis la rue se connecta à une autre, puis à une autre encore, et petit bonhomme de chemin sale, il se rendit jusqu’à la Suisse sale, où il en profita pour ouvrir un compte sale. Le kapital à des intérêts qui lui sont propres…Savoir le perdre est souvent plus payant que de savoir le gagner. Lego se rendit à la buanderie et fit une brassée.
Il était une autre fois, à un autre bout du monde, de petits spéculateurs avides et pressés de se vendre avant un hypothétique tac-tic-tac dépôt de loi-haha. Une solution brevetée tellement alcaline qu’elle fait tout disparaitre, même les questions. Il était question d’une mine de rien, en dessous de la table, en dépit de la nappe.
Lego fut contacté. Il envoya Ilmesert. Il n’aimait pas voyager lui-même, car il avait un passé sulfureux à se reprocher. De toute façon, il y a longtemps qu’il ne se déplaçait plus pour si peu. Il préférait faire chanter rauque avec son band de métal, les Holy Garks…
Entente fut convenue : science pour finance sans conscience. Gaspogorsk serait construite ici comme un prolongement de la Sibérie, sans questions ni compromis, sans s’il vous plait ni merci. De l’autre côté du rio, Tonto retenait son souffle pour ne pas arrêter de respirer.
Pendant ce temps, la fée des râles, celle qui fait ch…ialer tout le monde, semait ses sous en espérant qu’ils repoussent. Courbettes, pipeau et ballet, la parade des valets. Avion donc, vodkaporal, un siège en ma compagnie.
L’Ilmesert revint bientôt. Bonne nouvelle, dit-il, ils ont une bite en or… Laissons-la pousser un peu, gravitons autour, faisons-la enfler jusqu’à la limite du supportable… et on n’aura qu’à la leur couper…
Cela fut fait promptement, en début d’excroissance. La cocotte Boursière cocoricota comme à chaque tchik-a-tchik.
L’Ilmesert, son butin à la main, l’allume-mine, la machine à «Si-on», voit une piasse à terre, une terre à piasse qui attend la pelle, pour qu’on la ramasse. Il dit c’est une terre rare qui vaut son pesant d’or. Prenons le temps de ramasser tout ce qui se prend. Pied à terre, terre à terre, c’est vite fait, c’est déjà «terre minée». L’Ilmesert, gourmand mange-tout en crachant son jus d’chique collant. Il remplit ses poches avec le dessert et se sauve en courant par la porte d’en arrière.
Toute ressemblance est purement hasardeuse.
Salut Florian
30 mars 2012, 13:29Florian, alias Monsieur Flo, est tombé. Le porteur de flambeau, celui qui nous indiquait la direction n’est plus. Mais la flamme qu’il a allumée dans les cœurs vaillants, elle brûle encore. Le feu se propage, pogne dans le foin, s’élance, se répand. Une petite flamme chacun, maintenant.
Solidaires et fiers de ce que nous sommes, conscients de ce que nous voulons et de ce que nous pouvons, et de ce que nous devons. Pour la mémoire de Flo, et parce que c’est notre héritage à tous, les luttes vont continuer. Le guide est tombé, mais il nous a tracé une voie. Nous sommes nombreux à nous rappeler la chute du dragon, et le poing dressé de ce petit homme craint des puissants, criant YA BASTA.
L’art de certifier que le roi est tout nu, sans flaflas et sans doute, le coup de théâtre plein d’audace, et le culot d’oser, c’est de ça que je me rappellerai. Cette fièvre est contagieuse. Les germes sont latents. La braise couve, prête à repartir à la moindre brise.
Merci Flo de nous avoir allumés.
Je vous laisse avec ses mots. Il me semble entendre sa voix en les lisant.
La vérité
La vérité, c’est une plante vivace
Qui pousse obstinément
Dans les craques
De nos murs de pierre
La vérité, c’est une mauvaise herbe
Qui pousse abondamment
Dans les terres stériles
De ceux qui nous trompent
La vérité, c’est un cactus
Qui pousse patiemment
Dans les déserts reculés
De l’humanité
La vérité, c’est une fleur
Qui de son parfum
Embaume et terrorise
Les jardins des hypocrites
-Florian Lévesque
6 juillet 2007
Balmoral (Acadie)
