Persona non grata
13 mai 2013, 14:52Tout a commencé quand j’ai su, mardi soir, que Pauline venait annoncer le plan de relance Gaspesie, et que ce serait ouvert seulement sur invitation. J’ai tenté de m’inscrire officiellement, mais sans succès. On m’a dit qu’en raison des capacités de la salle, ce n’était pas possible que j’assiste.
N’écoutant que ma tête dure, j’y suis allé quand même. Les mesures de sécurité étaient ostentatoires. J’avais l’impression d’arriver dans une game de football en veston. Je me suis présenté a l’accueil. On m’a refusé l’accès. Je me suis adossé au mur et j’ai regardé aller la patente. Après avoir vu 4 personnes non-inscrites se faire inscrire et entrer, j’ai jugé que c’était discriminatoire de me laisser dehors. Je me suis faufilé derrière le plus gros bodyguard que j’ai vu (un vraiment gros!), et je suis passé à l’intérieur. Pas loin. 3 pas. Le gros m’a rattrapé, m’a montré sa badge de police et m’a demandé de le suivre. Connaissant mes droits, j’ai refusé. Il a commencé à me bousculer. Il m’a plaqué vers le mur, en espérant me faire paniquer et que je me précipite vers la porte, ou que je résiste et lui fournisse un prétexte pour me taper dessus. Je n’ai fait ni l’un ni l’autre. Je me suis laissé tomber comme une guenille par terre. Il avait l’air de quelqu’un qui abuse de sa force et il était visiblement un peu gêné d’avoir à discuter quand il aurait pu m’écraser comme une mouche. Merci Gandhi, la résistance passive discrédite l’utilisateur de la violence. Tout près se trouvait une amie qui est en chaise roulante. Je lui ai demandé, et elle a accepté, si je pouvais me tenir après sa chaise. J’ai glissé mon bras à travers les rayons de ses roues et je me suis assis par terre, rendant ainsi mon expulsion moins facile, et médiatiquement très malpropre. Je n’avais pas remarqué que je me trouvais en plein dans le chemin que Mme Marois devait emprunter. Le policier m’a fait toute sorte de menace plus ou moins voilées, à tenté de m’intimider de diverses façons, mais il ne pouvait pas se permettre de bousculer une personne handicapée, alors il a du user de diplomatie. Il m’appelait par mon nom, bien que je ne me soit pas présenté, m’a dit qu’il me connaissait bien et que j’allais m’attirer des problèmes, que ma présidente était dans le salle etc. Il m’a harcelé ainsi pendant une vingtaine de minutes, sous le regard médusé de mon amie. Enfin, profitant d’une seconde d’inattention, je me suis pris une chaise l’autre côté de mon amie, le bras toujours glissé à travers sa roue. Même Jean-Guy Poirier, qui n’est pourtant pas un sympathisant fondamental à ma cause est venu dire qu’il trouvait cette affaire ridicule et que mon expulsion serait beaucoup plus couteuse politiquement que de me tolérer assis là. Je dois là-dessus lui reconnaître un certain flair. Enfin, une dame en bleu, qui avait l’air du maître d’orchestre, est venue me dire que je pouvais rester.
La cérémonie a commencé. J’étais un peu sous le choc, et j’ai pris un certain temps à comprendre ce qui se disait. Les paroles de politiciens étant ce qu’elles sont, il ne m’est pas facile de vous les rapporter ici. Je vous annexe toutefois un documents qui était remis aux invités à l’entrée. Il m’a couté beaucoup de naïveté, alors lisez-le avec soin. Il vous concerne aussi, en tant que Gaspésiens.
Être traité en ennemi et considéré comme coupable à priori était une nouvelle expérience pour moi. Cela m’a fait comprendre que les régimes génèrent leur propre opposition en poussant les dissidents vers les extrêmes. Je ne me considère pas comme un extrémiste, et je n’ai pas l’intention de le devenir. J’ai beau m’être souvent prononcé publiquement, et affiché des positions en porte a faux avec le pouvoir en place, c’était la première fois qu’on me refusait l’accès en raison de soupçons sur les idées d’action que j’aurais pu avoir. Si ma présence est un acte de défiance à l’ordre établi, c’est que celui-ci à quelque chose à cacher. Je n’avais aucune mauvaise intention, pour une fois. Je souhaitais seulement entendre ce qui était anticipé pour ma région, pour laquelle j’ai un attachement profond. Ce que cette expérience m’a révélé n’est pas nouveau, mais c’est très clair. Je saurai à quoi m’en tenir à l’avenir.
Si vous m’avez lu jusqu’ici, je vous en remercie. Bien que ce roman ne vous soit pas d’une grande utilité, je me sens mieux de l’avoir écrit.
Fore, Homme!
9 avril 2013, 18:49Un autre faux rhum
Ça saoule, c’est fort
C’est plein d’efforts
C’est pour la forme
On nous a promis des réponses
Pour la prochaine fois
Les chiens aboient
Ça claironne
La caravane passe
Et ronronne
Comme il se doit
***
Combien de fois
Infuser la poche de thé
Pour nous servir un liquide
De plus en plus insipide
Un pacing de show montre en main
Causez toujours, braves citoyens
Si on veut votre avis, on va vous le donner
En attendant vous n’avez qu’à écouter
Ce qu’on apprend est inquiétant
Ce qu’on ignore l’est tout autant
En guise d’accommodement raisonnable
Pour les personnes plus gênées
La liberté d’expression s’est expurgée
Sur des papiers filtrés
Aux couleurs remarquables
****
Les questions posent un malaise quand personne n’y répond.
****
Pendant qu’on jase, ça drill à bout portant
Mais un peu plus loin, pour avoir l’air bon enfant
Concéder l’inacceptable lentement
Comme on arrache une dent
En chialant,
Et siphonner le dessous de la table rentable
Pendant ce temps, avec notre argent.
****
Où vont les fluides et les boues
Je me le demande déjà beaucoup
****
Un moratoire dans les basses terres
Ça peut encore faire l’affaire
Un BAPE aux Îles, je vous remercie
De vous soucier de nos amis
Anticosti, on en reparlera
Et icitte en Gaspésie, qu’est-ce qu’on aura?
Combler le vide
7 février 2013, 18:56Par Bilbo Cyr,
Connaissez-vous l’histoire de Happy, le gars qui était tellement chanceux qu’il s’était fait donner un pays. Une promesse et hop! Il était chez lui partout. Sauf que… Sauf que des gens vivaient là. Ils étaient bien accommodants avec la visite, mais plutôt territoriaux. De déportation et expropriation, ils avaient développé un farouche attachement à leur terre.
Happy, ce qu’il aimait, c’était creuser des trous. En fait, il aimait surtout le jus qu’il pouvait ramasser au fond de ceux-ci avec sa paille. L’ennui, c’est que Happy échappait toujours un peu de jus, et laissait un peu de bouette autour de chaque trou. Pas mal de bouette collante, dont il était difficile de se débarrasser.
Un matin, il partit creuser.
Bien conscient de ce qu’il laisserait derrière lui, et des possibilités qu’on ne le laisse pas faire sans soucis, il lui vint à l’idée de proposer l’inacceptable. Ne rien donner pour ce qu’il prenait était sa règle de base. S’il menaçait en plus de tout prendre, ce que les gens avaient de plus cher, de creuser dans leur cour, sous leurs maisons, on le chasserait au fond des bois. Là, il pourrait faire plein de trous et aurait l’air de faire un compromis en y allant… et par le temps qu’ils se réveillent, il aurait le temps d’être bien installé, avec des trous, des pailles et de la boue partout autour de lui. Inexpugnable dans sa forteresse souterraine de béton et de métal.
****
Petrolia, Gastem et Junex possèdent ensemble la quasi-totalité des claims gaziers et pétroliers de la Gaspésie, des Îles de la Madeleine et d’Anticosti. Aucune n’a formellement exclu la fracturation. Les travaux d’exploration sont de plus en plus invasifs. La récente décision de la Ville de Gaspé de protéger son eau potable mérite d’être saluée, et imitée.
Il y a un vide dans La loi sur les mines, et il se comble rapidement. Par les compagnies qui s’affirment légitimement suzeraines, par les municipalités dépossédées qui mettent pied à terre, par les avocats assis sur une loi digne du far-west, par les lobbys verts et les gris aigris. Le vide se comble de n’importe quoi, n’importe comment. C’est le désordre.
Les «préjugés favorables» de mesdames Normandeau, Marois et Ouellet ne me rassurent pas, et en terme d’étude, il se fait plus sérieux. La volonté affichée de M. Blanchet de trouver un règlement qui soit «le plus favorable possible à l’industrie» ne vaut guère mieux, surtout provenant d’un ministre de l’environnement.
Quand on cautionne a priori, il est difficile après de prétendre jouer le chien de garde. De plus, il semble qu’une certaine élite ait décidé de sacrifier la Gaspésie et Anticosti à la rapacité de compagnies qui jouissent de droits extorqués au peuple québécois, sous le douteux prétexte que notre économie tient ensemble avec du scotch-tape. Je me demande, et je ne suis pas le seul, de quelle façon l’enrichissement des actionnaires se traduira miraculeusement par une soudaine prospérité péninsulaire?
Ne restent comme représentants légaux de la population que les maires et la CRÉ. L’appui de cette dernière au règlement de Gaspé est remarquable, considérant la position défendue par celle-ci lors du «Forum sur le développement durable (sic) des hydrocarbures» qui a avorté au début de l’été. On DOIT pouvoir protéger notre eau. Si ces dignes représentants de la population peuvent appuyer l’initiative de Gaspé, considérant les dangers encourus pour l’eau, comment pourraient-ils cautionner que les prises d’eau d’autres municipalités soient mises en danger par le même vide juridique.
Ce n’est pas la job des municipalités de dicter les règles, mais elles ont le devoir de le faire quand il y a un vide. L’arbitraire est-il mieux que le laissez-faire? 300 mètres des maisons, 2 kilomètres des puits, 10 kilomètres des prises d’eau. On tente de chiffrer l’acceptabilité sociale, de la réduire à des nombres. C’est beaucoup plus facile à gérer ainsi. On fait l’économie du débat de fond, et on évite de donner un espace de parole à la population. Ce faisant, on impose ici ce qui est inacceptable ailleurs au Québec.
Le pétrole de schiste contenu dans le sous-sol gaspésien est un gisement non-conventionnel, aux dires mêmes des compagnies. Les forages horizontaux et les «tests d’injectivité» sont des étapes préliminaires à la fracturation qui sera tôt ou tard inévitable pour faire sortir ce pétrole de sous terre. Ne soyons pas dupes.
La récente mise sur pied du «Regroupement pour l’avancement économique de la Gaspésie», au lendemain de la déclaration de guerre de M.McCallum, laisse présager une stérile guéguerre de «nous contre eux» et une enflure de démagogie accusatrice. N’importe quoi pour éviter le débat social qui est de plus en plus nécessaire.
Là où le soleil se lève
23 janvier 2013, 13:00Par Bilbo Cyr,
Près de 250 personnes ont participé samedi à une marche de solidarité à Shigawake en Gaspésie.
Merci, thank you, welalieg
La solidarité entre les peuples me rassure
Autant que les conservateurs m’inquiètent
Les politiques rétrogrades d’Harper semblent conçues
Pour miner
Notre mode de vie
De façon systématique
Comme si la seule voie était de devenir
Une autre Alberta
Comme si la terre qui nous porte n’avait de valeur
Que pour ce qu’on peut en retirer
Le calcaire, l’alumine, le gaz, le pétrole, le cuivre, l’uranium, le gallium, le scandium, la silice.
Toujours à toute vitesse
Ce qui restait de garde-fou à été vendu
Pour le prix du fer
A des kleptomanes industriels.
Plus de protection des eaux, plus d’évaluations environnementales, plus de culture, plus de diversité, plus de tolérance, plus de droits, plus de confiance, plus de respect.
Il y a bien des choses menacées par le mammouth.
C’est un fast track sur mesure pour permettre aux oligarques de l’acculture générale de continuer leur œuvre de colonisation.
Nous faire le coup du homard :
«Mettre de la bouette dans une cage et attendre qu’on ait faim.»
Si le cowboy espère une dépossession tranquille, il va être surpris
La terre d’ici c’est mes os
J’ai de l’eau salée qui bouille dans mes veines
Des vieux souvenirs de coups de pioche dans une terre de roche
De misère, de pain noir
De survie, grâce aux amis
Ce n’est pas la première fois que la misère nous fait frères
Je me rappelle la Petite Rochelle
Je suis d’une race qui pousse comme le chiendent
Mes racines me font cousin de mes voisins
Sentira les piquants celui qui y portera la main
Je suis, nous sommes
Gaspésiens
Meilleurs vœux!
14 janvier 2013, 18:22Par Bilbo Cyr,
Bonne nouvelle année à tous. Voici mes souhaits pour 2013.
Au remarquable M.Poirier, je souhaite une autre année prospère. Au compte de 35, elles surpassent presque celles de Fidel au pouvoir. Je lui souhaite aussi de ne pas glisser sur des petits pois sur son chemin.
À Mme Marois, je souhaite des yeux derrière la tête, pour voir venir Brutus. Je lui souhaite aussi un regard qui porte loin, et la conscience que le sacrifice aux rapaces de parties du territoire la mènera à régner sur un paquet de restants désarticulés.
À M. Roy, je souhaite des occasions de nous montrer de quel bois il se chauffe. Qui se frottera les mains au bord du feu?
À M. Lelièvre, je souhaite du courage politique, pour ne pas glisser dans une flaque que se fait passer pour une nappe où on l’invite à manger.
À M. Roussy, je souhaite un train jusqu’à Gaspé.
À M. et Mme Proulx, je souhaite une fracture provoquant de la perspective.
À M. Savoie, je souhaite une résurgence d’écologisme autochtone.
À M. Lavoie, je souhaite une ile rétive dans un golfe uni.
Aux Gaspésiens, je souhaite de la considération, et un moratoire sur la fracturation
Aux employés licenciés d’Orbite, je souhaite la lucidité et la santé.
Aux gens de Port-Daniel-Gascons, je souhaite la vérité, toute la vérité.
À M. Harper, je souhaite un moteur qui vire «idle», ainsi qu’une béatification subséquente.
À tous les autres, je vous souhaite d’être le changement que vous espérez voir survenir. Je vous souhaite la tête haute et les mains propres. Je vous souhaite la conscience de ce qui vous suit.
À nous, je souhaite un pays.