Un maire pesant

13 février 2013 473 commentaires

Par Thierry Haroun

Dans le cadre du bras de fer qui l’oppose à la firme Pétrolia, le maire de Gaspé, François Roussy, a démontré à quel point il pouvait ébranler les colonnes du gouvernement péquiste. Pesant, le premier magistrat de Gaspé?

On le sait, le règlement municipal visant à protéger l’eau potable des travaux pétroliers à venir est au cœur de cette confrontation épique qui a fait le tour du monde. C’est tout juste si le journal du Vatican n’en a pas parlé. Ça viendra sûrement si le combat de coqs entre deux caractères forts et revanchards (c’est ce qui transpire), soit ceux de Roussy et du président de Pétrolia, André Proulx, se poursuit. À l’évidence, ces deux-là ne convoleront pas en justes noces de sitôt. Autre constat, et non le moindre, les deux camps ont des versions diamétralement opposées selon tel ou tel aspect de ce dossier aussi complexe qu’incontournable. C’est qu’on parle d’eau potable, faut-il le rappeler?

À titre d’exemple, le maire Roussy a, lors d’une conférence de presse, mis en doute l’indépendance d’un expert de l’INRS dont le mandat est d’étudier les conséquences environnementales des travaux pétroliers à venir du seul fait, selon le maire, que ce dernier était financé par Pétrolia. Ce qui a été démenti par M. Proulx quelques jours plus tard.  Qui plus est, M. Proulx dit avoir été mis au fait de l’objet du scandale (le règlement) il y a peu alors que le maire aurait lui-même été en accord avec les travaux à venir plusieurs mois auparavant, selon M. Proulx. Le maire a justifié son règlement du fait que la pétrolière n’aurait pas répondu à ses multiples questions quant aux produits chimiques et autres modes opératoires relativement aux forages envisagés sur son territoire. Ce qui a été démenti encore une fois par Pétrolia, qui estime avoir fait preuve de transparence.

Les aventures d’Astérix, ça vous dit quelque chose ? Oui. Vous vous souvenez sûrement de la scène quand le poissonnier Ordralphabétix lance : «Qui a dit que mon poisson n’était pas frais?» La suite? Des coups de poing sur la gueule jusqu’à plus soif entre Gaulois… Dans le cas qui nous intéresse, c’est tout comme. Mais la joute, nourrie d’egos surdimensionnés, s’est manifestée par conférences de presse et lobbies interposés au vu et au su d’un gouvernement visiblement dépassé par les événements. Les lobbies? Quand le maire a donné sa conférence de presse visant à expliquer son règlement, la pétrolière publiait quelques heures plus tard un sondage indiquant que la majorité de la population de Gaspé donnait son appui au développement de l’or noir. À quoi s’ajoutait simultanément l’émission de communiqués du Conseil du patronat du Québec et de la Fédération des chambres de commerce du Québec appuyant Pétrolia. À l’autre bout du spectre, le maire recevait l’appui des écologistes, des groupes communautaires et de regroupements de municipalités. Des lobbies bien campés dans leur position avec, en poche, des raisons qui sont légitimes.

D’un côté, la protection sans concession du type over my dead body de l’eau potable. De l’autre, une pétrolière qui a en main des permis valides émis par les autorités compétentes et, de surcroît, appuyé par une Loi sur les mines qui a préséance sur tout ce qui existe sous et au-dessus du soleil. Deux choses ressortent clairement de cette crise : Pétrolia a démontré, en décidant de prendre une pause, qu’elle est encore une entreprise à échelle humaine. C’eût été BP ou Shell qui étaient dans parages… Je vous laisse deviner la suite. D’autre part, dès que Roussy a élevé le ton, Québec a serré les fesses et dépêché trois ministres pour l’écouter. C’est que l’élection des péquistes dans la région n’est pas étrangère au coup de pouce donné par Roussy. Pesant, le maire? Davantage qu’on le croit. Si les libéraux étaient au pouvoir, Roussy serait encore aux abois, lui qui était vu par les rouges comme un caillou dans leurs souliers.

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