Les “heunes”

18 août 2014 501 commentaires

Par Éric Boucher

— À toi, le jeune de moins de 25 ans, qui s’apprête à lire ceci : ce texte est long et compliqué et comme tu sais que tu n’auras pas l’attention nécessaire pour le terminer et que si, d’aventure et d’orgueil, tu t’entêtes, ça se terminera forcément par un gros mal de tête; je te conseille donc plutôt d’oublier ça et de retourner sur instagram, Tinder ou Snapchat… — au cas où, je vais tout de même mettre des parenthèses pour t’aider.

Je travaille dans le bois cet été. Un travail physique exigeant. Plusieurs jeunes, début vingtaine, travaillent avec moi. Ce n’est pas la première fois que je me fais cette réflexion, mais cette fois je la vis comme une véritable révélation : l’empire occidental, comme d’autres grands empires avant lui, s’écroule. Inéluctablement (c’est comme obligé). Et la source de tous les vices (ton téléphone en est un) qui sous-tendent cet effondrement est l’éducation de nos enfants.

Le moyen jeune d’aujourd’hui est globalement suffisant (qui pense qu’il n’a rien à apprendre de personne), vaniteux, paresseux, superficiel, égoïste, matérialiste, inculte; et il n’en est pas préoccupé parce qu’il est entouré de jeunes comme lui. Il se dit que c’est la norme, qu’il a bien assez de la culture des choses qui comptent pour lui et qu’il a tout simplement des valeurs différentes des autres générations de dinosaures.

Ces jeunes, donc, qui travaillent avec moi dans le bois ne souffrent aucune honte à ce qu’un homme ayant deux, trois fois leur âge, se dépense deux fois plus qu’eux pour le même salaire. Ils ne tirent aucune fierté du travail bien fait ou de participer à un projet collectif qui les dépasse. Ils sont uniquement là pour la paie et ils comptent bien en faire le moins possible pour celle-ci. Une paie déjà dépensée, principalement afin d’obtenir plus de plaisirs, centre de leur vie, ou à s’acheter plus de cossins afin de mieux se contempler le nombril, centre de leur monde et d’en parler, inlassablement, sur toutes les plates-formes à leur disposition.

Jeune, on me répétait si tu n’as rien à dire : « ferme donc ta gueule ». Le motto (t’es encore là, le jeune?!? FYI, un motto, c’est comme une devise; un slogan que tu te fais répéter ad nauseam [jusqu’à envie de vomir]… C’est pas clair?!? Un exemple dans ta vie de hhheune?!?! Ehhhh… AH! : que les gars se doivent d’avoir un énorme pénis pour plaire aux filles aujourd’hui. C’est plus compréhensible?) donc… Ce motto s’est perdu en chemin. On a plutôt dit à ces jeunes : tout ce que tu penses et dis est riche et c’est important que tu l’exprimes… Comment voulez-vous alors qu’ils saisissent l’ampleur de la fatuité de leur vacuité? (ehhhhh… Oublie donc ce bout-là…)

Je SAIS BIEN qu’il y a des exceptions, j’en connais PLEIN aussi, et j’adore ces jeunes qui en font partie. Ils sont crissement beaux. Mais ILS DEMEURENT l’exception… Les caractéristiques de la jeunesse, de la grande majorité de celle-ci, sont détestables. Et c’est cette vaste majorité qui dessinera les contours de l’avenir.

Et… tout à coup, je repense à mon père, à mes oncles, à des enseignants, patrons et responsables qui ont constellé mon chemin de jeune con et qui reprochaient à ma génération sensiblement les mêmes choses. Je leur répondais (mentalement) la même chose que mes jeunes me répondent (verbalement) aujourd’hui.

Mais si les vieux de mon époque avaient raison? Et si j’avais raison aussi?

Les dernières décennies ont mené les Occidentaux à un paroxysme (le top du top) de confort que nulle autre génération, avant eux, n’avait connu. Depuis 60 ans, l’effritement de la religion en occident et les progrès de la contraception ont mené ses citoyens à faire de moins en moins d’enfants. Les enfants n’étant plus nécessaires à la survie de la famille (travail physique, revenus supplémentaires, soins des plus jeunes); ils devenaient dès lors un luxe comme un autre.

Les parents modernes concevaient dès lors des enfants par caprice en faisant de leur progéniture le centre d’un monde ne semblant exister que pour répondre à chacun de leurs désirs. Transformant, du coup, des générations de chiots en génération de chatons. Je m’explique : le chien se dit en lui-même que son maître doit être « Dieu » puisqu’il peut répondre à chacun de ses caprices alors que le chat se dit plutôt : « je dois être “Dieu” puisque cet esclave répond à chacun de mes désirs »…

Je me souviens d’un vieux Beauceron, rencontré dans ma jeunesse, qui me racontait que sa famille était tellement pauvre que la sortie familiale, du dimanche après-midi, consistait à une balade en voiture au village afin de regarder les badauds déguster de la crème glacée à la crèmerie du coin… Il en riait encore.
Ma génération a eu droit au cornet. La jeune génération d’aujourd’hui s’est fait offrir le bar laitier à la naissance et on leur a dit : « sers-toi dès que tu en auras envie. »

C’est pour ça que les jeunes veulent tout; tout de suite. Avec le moins d’efforts possible. Et qu’ils ne reconnaissent pas la valeur de cet effort qui n’est, à leurs yeux, qu’entrave à l’assouvissement d’un désir. Bien sûr, à un moindre degré, ma génération était aussi comme cela par rapport à la précédente, mais chaque génération s’intoxique davantage. Poussant l’aberration (Tinder) un peu plus loin, sans que, en comparaison à la génération précédente; ça ne semble une fracture démesurée. C’est l’accumulation de cette dérive sur plusieurs générations qui est collectivement catastrophique.
Comme pour les changements climatiques…
Et les premiers enfants-rois élevés par des enfants-rois entrent maintenant sur le marché du travail… hé boboy…

Ma révélation donc : c’est l’éducation de nos enfants, au cours des 50 dernières années, la cause du déclin de l’empire américain. De la chute inéluctable (on ne sera pas capable de faire sans : comme toi avec ton osti de téléphone…) de l’Occident. L’éducation est l’arsenic de notre civilisation (Hey le jeune!!! T’es encore là?!? Et tu n’as pas encore perdu conscience?!? Incroyable!!! Pour ton info encore une fois, l’arsenic est un poison qui agit, à petite dose, extrêmement lentement. Il peut s’accumuler dans l’organisme pendant des décennies jusqu’à atteindre la dose létale [toi, le lendemain d’un party].

Je sais que si mon grand-père vivait encore et qu’il voyait ces jeunes, se contenter d’observer des hommes ayant deux ou trois fois leur âge, travailler, pendant qu’eux, sans remords, ni honte [parce qu’ils doivent bien se ménager un peu d’énergie pour la cérémonie religieuse du gym en fin de journée…] jasent, fument ou mettent une autre photo de leur « chest » sur Snapchat… eh bien… il leur mettrait son pied au cul, mais… comme, moi aussi, je fais partie de cette spirale générationnelle vers le nombril absolu : je me contente de trouver ça triste.

Et pour être honnête, il y a aussi le fait qu’avec tout ce gym; ils sont absolument gigantesques à l’exception de leur tête qui semble s’atrophier [s’ajuster parfaitement…] sur leur corps. En fait, avec tout ce temps qu’ils passent au Gym, devant leur miroir et leur téléphone ou à faire la fête; je me demande bien quand ils dorment. C’est là, j’imagine, que le Redbull et les drogues énergisantes viennent à la rescousse…
Belle jeunesse saine d’esprit et de corps…

Les dernières générations d’Occidentaux, dont je fais partie, ont été aspirées dans une spirale du culte du nombril où chacun, comme dans son enfance, désire impérieusement demeurer au centre de la scène; le seul endroit où il se sent vraiment vivant et heureux. Tout cela au détriment du bonheur simple, mais essentiel collectivement, d’être tout simplement un membre utile à sa communauté.
Le problème; c’est qu’il n’y a pas de place pour tout le monde à chaque instant au centre de cette scène…

Pour ne pas laisser mourir Dieu, nous avons fait de nos enfants des divinités.
Donnant le sens nécessaire à la vie par l’enfantement.
Mais en s’affranchissant [comme quand tu te dégages de tout ce qui te demande un peu d’engagement; un peu d’efforts] des religions, les sociétés ont aussi rejeté les valeurs d’entraide, d’où la perte du sentiment collectif.

Elles ont tourné le dos progressivement à l’engagement, l’amour du travail bien fait, au partage, au don de soi ou à l’effacement de soi, à la courtoisie, à la politesse, au respect des aînés, à la charité, à la compassion.

Paradoxalement, à force d’amour et d’attentions, les parents de ces enfants en auront fait les générations les plus égoïstes, incapables de vraiment aimer et malheureuses de toute l’histoire moderne.

P.P.S. HEY!!!! Toi le jeune de moins de 25 ans!!! Tu t’es rendu jusqu’ici!!! Ce n’était pas du Richard Martineau hein?!? Tu n’es donc pas le jeune que je décris dans cette chronique et je suis ben content de te compter parmi nous.
Tu me fais du bien au moral! Bonne route!!!

P.S. Tant pis si ça choque, mais je crois fermement que la place d’un cheveux n’est pas dans un frigo.[Ne cherchez pas le rapport avec ce qui précède.]

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