La fin nécessaire de l’innocence

2 juillet 2014 177 commentaires

Par Éric Boucher

Imputabilité? Vous avez dit imputabilité? Connais pas…. C’est le nouveau gadget à la mode???

J’ai l’impression, en cette époque, que c’est toute la planète qui ne jure que par l’imputabilité. Un concept  »poppir », mais qui ne serait malheureusement applicable qu’aux autres…

Même (et surtout) en Gaspésie… épargnée jusqu’à maintenant par la Commission Charbonneau. Commission qui semblait se dérouler dans un monde parallèle.

Les statues érigées ont pourtant été, ici aussi, bien déboulonnées au cours des dernières semaines. Les statues des maires gaspésiens (en voyage de pêche); des Chevarie, Mamelonet, Roussy, Lelièvre(2) et… Normandeau… qui à trop s’enrouler dans les draperies de l’innocence en donnait presque mal au coeur.

Je n’en remettrais pas sur ce qui a déjà été commenté 100 fois. Jean-Nicolas Saucier résume bien mon point de vue sur le sujet. http://actualites.sympatico.ca/nouvelles/blogue/nathalie-normandeau-et-ces-politiciens-responsables-de-rien

Il est de bon ton, en cette époque, de taper sur les politiciens. Mais comme citoyen, valons-nous mieux? Un examen de conscience collectif s’imposera bien, tôt ou tard. Les politiciens ne sont que le reflet des valeurs de ceux qui les choisissent. Des citoyens, comme leurs élus : individualistes cherchant leurs propres intérêts, même si ce doit être, trop souvent, au détriment de leur collectivité.

Tout le problème est là.

Voilà pourquoi, comme les trois singes chinois, le citoyen moyen ferme activement yeux, oreilles et bouche. Tout le temps. Afin de préserver l’harmonie de sa qualité de vie. Particulièrement en Gaspésie où l’on n’aime pas le trouble.

Comme ce citoyen qui sait que son voisin a dompé ses vieux électros dans le bois, que son collègue abuse de ses privilèges sur le dos de la compagnie ou du ministère, qu’un tel braconne ou qui se doute bien que, dans telle famille, l’inceste ou la violence sont souvent à l’ordre du jour. Il ferme sa gueule. Pour son propre confort surtout…

Ce ne sont pas ses affaires. Il y pense bien un peu, le soir, avant de s’endormir, mais pas assez pour que ça trouble son sommeil. Alors, pourquoi dénoncerait-il?

En ce sens, Mme Normandeau et cie ne sont pas plus à blâmer que tout membre d’une humanité qui s’effrite à trop se contempler le nombril pour ne pas avoir à vivre avec les conséquences de voir ce qui se passe réellement.

Un exemple concret de non-imputabilité?

Une municipalité, disons Gaspé, fait aménager un beau terrain de soccer tout neuf. Respectant les règles de la FIFA, pour les tournois de ses jeunes.

Une citoyenne se plaint. Le terrain ne lui semble pas droit. Le fonctionnaire en charge se rend sur le site. Il a oublié son niveau au laser pour vérifier les dires de la dame…
Mais la citoyenne n’est pas commode. Le cadre ne voudrait pas que cela se rende aux oreilles de ses supérieurs. Les citoyens de type plaignard-compulsif coûtent cher aux municipalités. Ils coûtent surtout cher aux citoyens parce que les fonctionnaires ont souvent peur de mettre leur culotte et de les rebiffer. Tout d’un coup que leurs supérieurs n’endosseraient pas leurs décisions si cela venait à monter plus haut…

Ce cadre, comme bien d’autres, ne prend donc pas de chances. Il demande au premier contracteur A de reniveler le terrain, à ses frais. Il engage un nouveau contracteur B pour retirer la pelouse et la remettre ensuite. Le contracteur A est furieux. Il sait qu’il a fait un bon travail respectant l’inclinaison nécessaire à l’écoulement de l’eau.

Et le contracteur B le confirmera lorsqu’il arrivera sur les lieux avec son équipe, sa machinerie et… un niveau laser… Il demande alors au cadre de se rendre sur place pour constater de lui-même que le nouveau terrain de soccer est finalement ben correct…
Plutôt que d’offrir un dédommagement à l’amiable à l’entrepreneur B, le cadre de la Ville lui dicte plutôt d’aller de l’avant quand même : la pelouse est retirée du terrain, qui sera renivelé par le premier contracteur A en colère, et remise ensuite dans des conditions moins que favorables. Un ouvrage qui se complique avec l’achat de beaucoup de nouvelle tourbe et qui s’étire avec les coûts supplémentaires qui viennent avec.

Coût de l’opération : grosso modo 20 000 $. De la poche des citoyens. Pour un terrain de soccer qui était ben correct à l’origine et qui l’est beaucoup moins maintenant.

Qu’arrivera-t-il au fonctionnaire à 20 000 $???
Rien. En Gaspésie, lorsqu’on obtient un poste dans la fonction publique (ou dans le privé où l’incompétence est aussi légion); c’est pour la vie. Peu importe son niveau de compétence. Ce fonctionnaire pourra certainement voguer sans broncher jusqu’à sa retraite.

Mais pour une histoire comme celle-là, combien de dizaines nous passent sous le nez?

Si l’administration de la Ville valorisait l’imputabilité; elle demanderait à ce cadre de rembourser cette somme ou de remettre sa démission. Ça n’arrivera pas, parce que la Ville de Gaspé nage actuellement dans les surplus. D’autant plus qu’elle a reçu de juteux montants de l’Armée canadienne comme compensation pour l’utilisation de la Ville comme terrain de jeux dans le cadre d’un mega exercice militaire de deux jours. Des montants qui ne seront jamais dévoilés… Comme ça, la Ville pourra continuer de faire croire à ses citoyens qu’elle gère les fonds publics de façon rigoureuse lorsqu’elle déclarera, le torse bombé, au prochain exercice budgétaire, des surplus… (bien sûr, les journalistes de cette ville ne s’intéressent pas à cela… ils aiment mieux prendre des images de tanks et d’hélicos… ça fait de plus beaux reportages…)

Quand je regarde le nombre de jeunes Gaspésiens brillants, instruits et compétents qui quittent, faute de carrière, pour ne plus jamais revenir et/ou le nombre de néos, du même acabit, souhaitant vivre sur la péninsule, mais qui quittent aussi, faute d’emplois; c’est d’une tristesse sans borne que de maintenir des incompétents en poste jusqu’à leur retraite pour la seule raison qu’ils sont dans la gang… Et ça restera certainement comme ça tant que tout le monde gardera sa gueule bien fermée. Juste pour se sauver du trouble.

Vous avez des histoires pas d’allure de gaspillage de fonds publics? bouchereric@hotmail.com

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