La fête du zombie

24 avril 2014 1 commentaire

Deux, quatre, cinq kilogrammes de chocolat sous le bras, monsieur, madame tout le monde pressait le pas, en cette fin de semaine de Pâques, afin ne pas être en retard pour cette énième mascarade annuelle. Comme à chacun de ces rituels désincarnés, héritage d’une autre époque, tout un chacun semble y prendre part bien plus par devoir que par plaisir.

Que célèbre-t-on encore au juste?!? À part le chocolat et l’arrivée du crabe en Gaspésie? Que signifie ce rituel en 2014? Année où la laïcité était, me semble-t-il, la religion no. 1 au Québec? Dans un contexte où, aujourd’hui, de leurs propres aveux, selon un sondage  de Radio-Canada/CROP: «20 % des Québécois auraient abandonné la religion catholique au cours des quatre dernières années…le déclin de l’Église s’est accéléré à tel point que, pour une forte majorité de catholiques québécois, la religion n’a maintenant plus d’importance dans leur vie…parmi les Québécois qui se disent catholiques, seulement 32 % affirment que c’est parce qu’ils ont la foi.»

Dans les années 1980, Pâques puait déjà les boules à mites. On raillait dans les chaumières le film fleuve de six heures sur la vie du Christ… Que me reste-t-il, 30 ans plus tard, des brouettes de chocolat au lait que j’ai pu engouffrer enfant? Le souvenir de fragrances de paraffine, le plaisir de retirer avec d’extrêmes précautions mon précieux de son lit de faux foin, les tonnes d’emballage, les plombages… et une addiction au sucre qui me mènera tôt ou tard à l’embonpoint ou au diabète. Probablement aux deux…

Qui de mes oncles ou de mes tantes m’offrait le plus gros lapin de Pâques? Probablement le plus riche. Je n’en ai plus aucun souvenir. Les oncles et les tantes qui ont laissé une marque durable sur mon enfance sont ceux qui m’ont offert du temps. Ceux qui me démontraient, par ce geste, qu’ils souhaitaient me connaître mieux et que j’étais important pour eux.

Aujourd’hui, le temps est un métal encore plus précieux qu’autrefois. Est-ce pour cela que les gamins reçoivent pour Pâques des hippopotames en chocolat noir, grandeur réelle? Ça s’arrêtera où? Parce que pour de plus en plus de Québécois, la résurrection de Jésus, trois jours après sa crucifixion, relève autant de la légende, de la superstition, que le zombie moderne. Ils regardent cette célébration avec le même oeil sceptique que leurs parents, avant eux, observaient le rituel des aïeuls prélevant l’eau de Pâques au lever du soleil du matin glorieux.

Il va bien falloir, un jour, se résoudre à mettre un terme à ces rituel hypocrites parce qu’on a déjà brûlé l’étape du burlesque. Le maintien de ces traditions ne nourrit qu’un seul intérêt: garder en marche les rouages du négoce et participer au complot visant à maintenir éternellement les familles de la classe moyenne (de moins en moins moyenne…) sur la marge de crédit.

Exit la fête du zombie! Vive la fête du printemps, du crabe, de l’équinoxe, des entailles! Je sais pas moi! Dans le rythme effréné de nos vies modernes, les familles auront toujours besoin d’excuses pour forcer les retrouvailles. Permettons-nous de nous offrir ces précieux moments sur la base de réelles célébrations faisant sens pour les familles d’aujourd’hui. Et non pas imposées par un calendrier liturgique d’une autre époque. Ça nous rendra, peut-être aussi, un peu plus crédibles quand on tentera de louanger les vertus de la laïcité à certains de nos immigrants…

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