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Les “heunes”

18 août 2014, 15:48

Par Éric Boucher

— À toi, le jeune de moins de 25 ans, qui s’apprête à lire ceci : ce texte est long et compliqué et comme tu sais que tu n’auras pas l’attention nécessaire pour le terminer et que si, d’aventure et d’orgueil, tu t’entêtes, ça se terminera forcément par un gros mal de tête; je te conseille donc plutôt d’oublier ça et de retourner sur instagram, Tinder ou Snapchat… — au cas où, je vais tout de même mettre des parenthèses pour t’aider.

Je travaille dans le bois cet été. Un travail physique exigeant. Plusieurs jeunes, début vingtaine, travaillent avec moi. Ce n’est pas la première fois que je me fais cette réflexion, mais cette fois je la vis comme une véritable révélation : l’empire occidental, comme d’autres grands empires avant lui, s’écroule. Inéluctablement (c’est comme obligé). Et la source de tous les vices (ton téléphone en est un) qui sous-tendent cet effondrement est l’éducation de nos enfants.

Le moyen jeune d’aujourd’hui est globalement suffisant (qui pense qu’il n’a rien à apprendre de personne), vaniteux, paresseux, superficiel, égoïste, matérialiste, inculte; et il n’en est pas préoccupé parce qu’il est entouré de jeunes comme lui. Il se dit que c’est la norme, qu’il a bien assez de la culture des choses qui comptent pour lui et qu’il a tout simplement des valeurs différentes des autres générations de dinosaures.

Ces jeunes, donc, qui travaillent avec moi dans le bois ne souffrent aucune honte à ce qu’un homme ayant deux, trois fois leur âge, se dépense deux fois plus qu’eux pour le même salaire. Ils ne tirent aucune fierté du travail bien fait ou de participer à un projet collectif qui les dépasse. Ils sont uniquement là pour la paie et ils comptent bien en faire le moins possible pour celle-ci. Une paie déjà dépensée, principalement afin d’obtenir plus de plaisirs, centre de leur vie, ou à s’acheter plus de cossins afin de mieux se contempler le nombril, centre de leur monde et d’en parler, inlassablement, sur toutes les plates-formes à leur disposition.

Jeune, on me répétait si tu n’as rien à dire : « ferme donc ta gueule ». Le motto (t’es encore là, le jeune?!? FYI, un motto, c’est comme une devise; un slogan que tu te fais répéter ad nauseam [jusqu’à envie de vomir]… C’est pas clair?!? Un exemple dans ta vie de hhheune?!?! Ehhhh… AH! : que les gars se doivent d’avoir un énorme pénis pour plaire aux filles aujourd’hui. C’est plus compréhensible?) donc… Ce motto s’est perdu en chemin. On a plutôt dit à ces jeunes : tout ce que tu penses et dis est riche et c’est important que tu l’exprimes… Comment voulez-vous alors qu’ils saisissent l’ampleur de la fatuité de leur vacuité? (ehhhhh… Oublie donc ce bout-là…)

Je SAIS BIEN qu’il y a des exceptions, j’en connais PLEIN aussi, et j’adore ces jeunes qui en font partie. Ils sont crissement beaux. Mais ILS DEMEURENT l’exception… Les caractéristiques de la jeunesse, de la grande majorité de celle-ci, sont détestables. Et c’est cette vaste majorité qui dessinera les contours de l’avenir.

Et… tout à coup, je repense à mon père, à mes oncles, à des enseignants, patrons et responsables qui ont constellé mon chemin de jeune con et qui reprochaient à ma génération sensiblement les mêmes choses. Je leur répondais (mentalement) la même chose que mes jeunes me répondent (verbalement) aujourd’hui.

Mais si les vieux de mon époque avaient raison? Et si j’avais raison aussi?

Les dernières décennies ont mené les Occidentaux à un paroxysme (le top du top) de confort que nulle autre génération, avant eux, n’avait connu. Depuis 60 ans, l’effritement de la religion en occident et les progrès de la contraception ont mené ses citoyens à faire de moins en moins d’enfants. Les enfants n’étant plus nécessaires à la survie de la famille (travail physique, revenus supplémentaires, soins des plus jeunes); ils devenaient dès lors un luxe comme un autre.

Les parents modernes concevaient dès lors des enfants par caprice en faisant de leur progéniture le centre d’un monde ne semblant exister que pour répondre à chacun de leurs désirs. Transformant, du coup, des générations de chiots en génération de chatons. Je m’explique : le chien se dit en lui-même que son maître doit être « Dieu » puisqu’il peut répondre à chacun de ses caprices alors que le chat se dit plutôt : « je dois être “Dieu” puisque cet esclave répond à chacun de mes désirs »…

Je me souviens d’un vieux Beauceron, rencontré dans ma jeunesse, qui me racontait que sa famille était tellement pauvre que la sortie familiale, du dimanche après-midi, consistait à une balade en voiture au village afin de regarder les badauds déguster de la crème glacée à la crèmerie du coin… Il en riait encore.
Ma génération a eu droit au cornet. La jeune génération d’aujourd’hui s’est fait offrir le bar laitier à la naissance et on leur a dit : « sers-toi dès que tu en auras envie. »

C’est pour ça que les jeunes veulent tout; tout de suite. Avec le moins d’efforts possible. Et qu’ils ne reconnaissent pas la valeur de cet effort qui n’est, à leurs yeux, qu’entrave à l’assouvissement d’un désir. Bien sûr, à un moindre degré, ma génération était aussi comme cela par rapport à la précédente, mais chaque génération s’intoxique davantage. Poussant l’aberration (Tinder) un peu plus loin, sans que, en comparaison à la génération précédente; ça ne semble une fracture démesurée. C’est l’accumulation de cette dérive sur plusieurs générations qui est collectivement catastrophique.
Comme pour les changements climatiques…
Et les premiers enfants-rois élevés par des enfants-rois entrent maintenant sur le marché du travail… hé boboy…

Ma révélation donc : c’est l’éducation de nos enfants, au cours des 50 dernières années, la cause du déclin de l’empire américain. De la chute inéluctable (on ne sera pas capable de faire sans : comme toi avec ton osti de téléphone…) de l’Occident. L’éducation est l’arsenic de notre civilisation (Hey le jeune!!! T’es encore là?!? Et tu n’as pas encore perdu conscience?!? Incroyable!!! Pour ton info encore une fois, l’arsenic est un poison qui agit, à petite dose, extrêmement lentement. Il peut s’accumuler dans l’organisme pendant des décennies jusqu’à atteindre la dose létale [toi, le lendemain d’un party].

Je sais que si mon grand-père vivait encore et qu’il voyait ces jeunes, se contenter d’observer des hommes ayant deux ou trois fois leur âge, travailler, pendant qu’eux, sans remords, ni honte [parce qu’ils doivent bien se ménager un peu d’énergie pour la cérémonie religieuse du gym en fin de journée…] jasent, fument ou mettent une autre photo de leur « chest » sur Snapchat… eh bien… il leur mettrait son pied au cul, mais… comme, moi aussi, je fais partie de cette spirale générationnelle vers le nombril absolu : je me contente de trouver ça triste.

Et pour être honnête, il y a aussi le fait qu’avec tout ce gym; ils sont absolument gigantesques à l’exception de leur tête qui semble s’atrophier [s’ajuster parfaitement…] sur leur corps. En fait, avec tout ce temps qu’ils passent au Gym, devant leur miroir et leur téléphone ou à faire la fête; je me demande bien quand ils dorment. C’est là, j’imagine, que le Redbull et les drogues énergisantes viennent à la rescousse…
Belle jeunesse saine d’esprit et de corps…

Les dernières générations d’Occidentaux, dont je fais partie, ont été aspirées dans une spirale du culte du nombril où chacun, comme dans son enfance, désire impérieusement demeurer au centre de la scène; le seul endroit où il se sent vraiment vivant et heureux. Tout cela au détriment du bonheur simple, mais essentiel collectivement, d’être tout simplement un membre utile à sa communauté.
Le problème; c’est qu’il n’y a pas de place pour tout le monde à chaque instant au centre de cette scène…

Pour ne pas laisser mourir Dieu, nous avons fait de nos enfants des divinités.
Donnant le sens nécessaire à la vie par l’enfantement.
Mais en s’affranchissant [comme quand tu te dégages de tout ce qui te demande un peu d’engagement; un peu d’efforts] des religions, les sociétés ont aussi rejeté les valeurs d’entraide, d’où la perte du sentiment collectif.

Elles ont tourné le dos progressivement à l’engagement, l’amour du travail bien fait, au partage, au don de soi ou à l’effacement de soi, à la courtoisie, à la politesse, au respect des aînés, à la charité, à la compassion.

Paradoxalement, à force d’amour et d’attentions, les parents de ces enfants en auront fait les générations les plus égoïstes, incapables de vraiment aimer et malheureuses de toute l’histoire moderne.

P.P.S. HEY!!!! Toi le jeune de moins de 25 ans!!! Tu t’es rendu jusqu’ici!!! Ce n’était pas du Richard Martineau hein?!? Tu n’es donc pas le jeune que je décris dans cette chronique et je suis ben content de te compter parmi nous.
Tu me fais du bien au moral! Bonne route!!!

P.S. Tant pis si ça choque, mais je crois fermement que la place d’un cheveux n’est pas dans un frigo.[Ne cherchez pas le rapport avec ce qui précède.]

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Le PQ et le français

3 juillet 2014, 16:54

Par Éric Boucher

Est-ce que le communiqué qui suit a été rédigé par un enfant du primaire dans le cadre d’une mise en situation d’un projet en communications?

Non… il provient plutôt du bureau du député Gaétan Lelièvre, notre ancien Ministre délégué aux Régions et ancien Ministre responsable de la région de la Gaspésie–Îles-de-la-Madeleine. Qui est tenu (imputabilité…) d’endosser le travail de son équipe. Il a été rédigé par François Roussy, son attaché politique, ancien maire de Gaspé, préfet de la MRC de Gaspé et président de la Société du chemin de fer de la Gaspésie.
Du moins, il l’endosse lui aussi…son nom étant apposé au bas du texte.

Une honte, je vous dis ce communiqué. J’ai compté au moins une vingtaine de fautes. GRAVES. De niveau primaire. Quand je vois des fautes aussi graves dans un texte, je me dis: cette personne ne lit pas beaucoup. De la part de politiciens; ce n’est pas rassurant.

C’est comme ça qu’on traite le français au PQ?

Voici la transcription exacte du communiqué tel que reçu par l’ensemble des médias gaspésiens ce matin du 3 juillet:

Communiqué de presse du Député de Gaspé

Object : Reconnaissance du Député de Gaspé envers M. Jean Garon pour sa contribution au développement de la Gaspésie

M. Gaetan Lelievre, député de Gaspé tiens à souligner l’importante contribution de M. Jean Garon au développement de la Gaspésie comme Ministre responsable des pêches sous le gouvernement péquiste de 1976 à 1985.
Par ces décisions et ces positions à l’égard de l’industrie des pêches, M. Jean Garon aura marqué le développement de notre région et contribuer d`une façon importante à l’essor économique de la Gaspésie.
« Il n’a jamais eu peur de se mouiller pour le développement des pêches en Gaspésie et il avait bien compris que l’industrie des pêches était capital pour l’économie de notre région » à souligner M. Lelièvre
En effet, Monsieur Garon aura été responsable du soutien aux pêcheurs Gaspésiens pour le renouvellement de leur flottille durant son mandat comme Ministre. De plus, on lui doit le courage d’avoir voulu doter la Gaspésie de l’usine la plus moderne de l’époque, construite à Newport.
«Pour l`énorme contribution au développement des pêche de notre région et son apport au développement de l’agriculture au Québec, je tenais absolument a souligné le travail M. Jean Garon et à le remercier publiquement au nom des Gaspésiens et Gaspésienne» A conclu M. Lelièvre.
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Source : François Roussy

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La fin nécessaire de l’innocence

2 juillet 2014, 14:39

Par Éric Boucher

Imputabilité? Vous avez dit imputabilité? Connais pas…. C’est le nouveau gadget à la mode???

J’ai l’impression, en cette époque, que c’est toute la planète qui ne jure que par l’imputabilité. Un concept  »poppir », mais qui ne serait malheureusement applicable qu’aux autres…

Même (et surtout) en Gaspésie… épargnée jusqu’à maintenant par la Commission Charbonneau. Commission qui semblait se dérouler dans un monde parallèle.

Les statues érigées ont pourtant été, ici aussi, bien déboulonnées au cours des dernières semaines. Les statues des maires gaspésiens (en voyage de pêche); des Chevarie, Mamelonet, Roussy, Lelièvre(2) et… Normandeau… qui à trop s’enrouler dans les draperies de l’innocence en donnait presque mal au coeur.

Je n’en remettrais pas sur ce qui a déjà été commenté 100 fois. Jean-Nicolas Saucier résume bien mon point de vue sur le sujet. http://actualites.sympatico.ca/nouvelles/blogue/nathalie-normandeau-et-ces-politiciens-responsables-de-rien

Il est de bon ton, en cette époque, de taper sur les politiciens. Mais comme citoyen, valons-nous mieux? Un examen de conscience collectif s’imposera bien, tôt ou tard. Les politiciens ne sont que le reflet des valeurs de ceux qui les choisissent. Des citoyens, comme leurs élus : individualistes cherchant leurs propres intérêts, même si ce doit être, trop souvent, au détriment de leur collectivité.

Tout le problème est là.

Voilà pourquoi, comme les trois singes chinois, le citoyen moyen ferme activement yeux, oreilles et bouche. Tout le temps. Afin de préserver l’harmonie de sa qualité de vie. Particulièrement en Gaspésie où l’on n’aime pas le trouble.

Comme ce citoyen qui sait que son voisin a dompé ses vieux électros dans le bois, que son collègue abuse de ses privilèges sur le dos de la compagnie ou du ministère, qu’un tel braconne ou qui se doute bien que, dans telle famille, l’inceste ou la violence sont souvent à l’ordre du jour. Il ferme sa gueule. Pour son propre confort surtout…

Ce ne sont pas ses affaires. Il y pense bien un peu, le soir, avant de s’endormir, mais pas assez pour que ça trouble son sommeil. Alors, pourquoi dénoncerait-il?

En ce sens, Mme Normandeau et cie ne sont pas plus à blâmer que tout membre d’une humanité qui s’effrite à trop se contempler le nombril pour ne pas avoir à vivre avec les conséquences de voir ce qui se passe réellement.

Un exemple concret de non-imputabilité?

Une municipalité, disons Gaspé, fait aménager un beau terrain de soccer tout neuf. Respectant les règles de la FIFA, pour les tournois de ses jeunes.

Une citoyenne se plaint. Le terrain ne lui semble pas droit. Le fonctionnaire en charge se rend sur le site. Il a oublié son niveau au laser pour vérifier les dires de la dame…
Mais la citoyenne n’est pas commode. Le cadre ne voudrait pas que cela se rende aux oreilles de ses supérieurs. Les citoyens de type plaignard-compulsif coûtent cher aux municipalités. Ils coûtent surtout cher aux citoyens parce que les fonctionnaires ont souvent peur de mettre leur culotte et de les rebiffer. Tout d’un coup que leurs supérieurs n’endosseraient pas leurs décisions si cela venait à monter plus haut…

Ce cadre, comme bien d’autres, ne prend donc pas de chances. Il demande au premier contracteur A de reniveler le terrain, à ses frais. Il engage un nouveau contracteur B pour retirer la pelouse et la remettre ensuite. Le contracteur A est furieux. Il sait qu’il a fait un bon travail respectant l’inclinaison nécessaire à l’écoulement de l’eau.

Et le contracteur B le confirmera lorsqu’il arrivera sur les lieux avec son équipe, sa machinerie et… un niveau laser… Il demande alors au cadre de se rendre sur place pour constater de lui-même que le nouveau terrain de soccer est finalement ben correct…
Plutôt que d’offrir un dédommagement à l’amiable à l’entrepreneur B, le cadre de la Ville lui dicte plutôt d’aller de l’avant quand même : la pelouse est retirée du terrain, qui sera renivelé par le premier contracteur A en colère, et remise ensuite dans des conditions moins que favorables. Un ouvrage qui se complique avec l’achat de beaucoup de nouvelle tourbe et qui s’étire avec les coûts supplémentaires qui viennent avec.

Coût de l’opération : grosso modo 20 000 $. De la poche des citoyens. Pour un terrain de soccer qui était ben correct à l’origine et qui l’est beaucoup moins maintenant.

Qu’arrivera-t-il au fonctionnaire à 20 000 $???
Rien. En Gaspésie, lorsqu’on obtient un poste dans la fonction publique (ou dans le privé où l’incompétence est aussi légion); c’est pour la vie. Peu importe son niveau de compétence. Ce fonctionnaire pourra certainement voguer sans broncher jusqu’à sa retraite.

Mais pour une histoire comme celle-là, combien de dizaines nous passent sous le nez?

Si l’administration de la Ville valorisait l’imputabilité; elle demanderait à ce cadre de rembourser cette somme ou de remettre sa démission. Ça n’arrivera pas, parce que la Ville de Gaspé nage actuellement dans les surplus. D’autant plus qu’elle a reçu de juteux montants de l’Armée canadienne comme compensation pour l’utilisation de la Ville comme terrain de jeux dans le cadre d’un mega exercice militaire de deux jours. Des montants qui ne seront jamais dévoilés… Comme ça, la Ville pourra continuer de faire croire à ses citoyens qu’elle gère les fonds publics de façon rigoureuse lorsqu’elle déclarera, le torse bombé, au prochain exercice budgétaire, des surplus… (bien sûr, les journalistes de cette ville ne s’intéressent pas à cela… ils aiment mieux prendre des images de tanks et d’hélicos… ça fait de plus beaux reportages…)

Quand je regarde le nombre de jeunes Gaspésiens brillants, instruits et compétents qui quittent, faute de carrière, pour ne plus jamais revenir et/ou le nombre de néos, du même acabit, souhaitant vivre sur la péninsule, mais qui quittent aussi, faute d’emplois; c’est d’une tristesse sans borne que de maintenir des incompétents en poste jusqu’à leur retraite pour la seule raison qu’ils sont dans la gang… Et ça restera certainement comme ça tant que tout le monde gardera sa gueule bien fermée. Juste pour se sauver du trouble.

Vous avez des histoires pas d’allure de gaspillage de fonds publics? bouchereric@hotmail.com

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L’importance du livre et de la culture pour Gaspé

6 juin 2014, 20:17

Par Éric Boucher

On juge les grandes villes du monde à la beauté de leurs institutions culturelles; témoignage de l’importance qu’elles accordent à la culture. La Gaspésie n’échappe pas à ce jugement de ses visiteurs.

Ahhh!!! La splendeur abstraite d’une maison mobile; d’une roulotte à patates frites!!!

Crédit photo : Éric Boucher

Crédit photo : Éric Boucher

Même Chandler fait mieux. Elle fait surtout mieux en termes d’heures d’ouverture comme à peu près toutes les bibliothèques des villes de la Gaspésie…

Un bijou d’architecture… avec des heures faméliques totalement anarchiques.

Le citoyen était patient; Gaspé avait d’autres priorités. Après tout, la Ville n’est même pas encore capable de garantir l’eau potable à ses ouailles (ce printemps, comme dans un pays pauvre, pendant 6 semaines, l’eau ne pouvait y être bue!)

Il pouvait par contre espérer que sa patience serait récompensée. Il se disait qu’éventuellement, il aurait une bibliothèque digne de ce nom. Pourquoi, même, ne pas rêver d’une Maison de la culture/bibliothèque comme à Saint-Anne-des-Monts, Carleton ou Matane?

Il était, à tout le moins, permis d’y croire. Après tout, la tendance est d’offrir aux citoyens (comme, c’est le cas, pour les magnifiques nouvelles bibliothèques qui ont poussé récemment un peu partout au Québec) des lieux ouverts, lumineux, aérés, conviviaux et modernes. À l’image d’une culture que l’on souhaite dynamique et vivante; branchée sur son époque.

C’était mal connaître nos élus et fonctionnaires de Gaspé pour qui la faible fréquentation de la roulotte à patates frites démontrait, sans l’ombre d’un doute, le peu d’intérêts que les citoyens ont pour le livre…
Après tout, on devrait se ruer de partout pour s’extasier d’une maison mobile aménagée en bibliothèque…

– Les enfants venez! Papa vous amène à la roulotte!
– Yeah !!! On va manger une crème molle!!!
– Non… On va chercher des livres…
– NON!!!!! PAPA!!! On va pas là! Ça pue et ça me fait peur cet endroit!!!
– On va manger une crème molle à la place!!! S.V.P.! S.V.P.!
– Ok d’abord. Je ne voudrais pas que vous fassiez des cauchemars cette nuit…

Cette équation « hygrade » simpliste justifiait le coma de la Ville : moins de gens utiliseront les infrastructures culturelles et moins de dépenses seront affectées à ce poste… L’oeuf ou la dinde.

Pour créer l’illusion de mouvement, un projet serait toutefois annoncé. La fusion des bibliothèques du Cégep de Gaspé et de la Ville. Il y a 4 ans, sur le coin d’une table, entre deux bouchées, à la fin d’une énième rencontre sur l’avenir du Parc industriel de Gaspé, cette importante décision avait été prise. La bibliothèque de Gaspé quitterait un petit lieu en retrait, sombre, vétuste et poussiéreux pour un plus grand lieu, tout aussi en retrait, sombre, vétuste et poussiéreux…

L’ancienne École de cirque, située dans la vieille chapelle du Cégep de Gaspé, deviendrait le nouveau haut lieu de la culture de la Ville!
Une décision comptable de gestionnaires; tout sauf une de visionnaires. On laissera ensuite, pendant des années, macérer le tout dans la vase bureaucratique pour, à la première brise (l’incompatibilité des systèmes de classification de livres des deux biblios et des coûts de RÉNOVATIONS élevés…) larguer le projet et retourner au statu quo.

Pourquoi changer une formule gagnante??? On laisse la bibliothèque du Cégep de Gaspé et une équipe vieillissante de bénévoles porter le fardeau de la culture : c’est parfait!

Et puis, ce n’est pas leur demander la lune non plus : les succursales de Gaspé ne sont ouvertes que quelques heures par semaine…
On décidera plutôt d’ajouter un étage aux rayonnages des biblios du réseau de Gaspé.

Ça, c’est rêver grand!!!

Au moment d’écrire ces lignes, la Ville de Gaspé n’a toujours AUCUN projet concret de nouvelle biblio/Maison de la culture et ne compte toujours qu’UNE seule employée pour ses 7 succursales… Ça, ça parle.

Et tout ça, bien sûr, sans consulter la population. Les consultations, ça pue!!!

De toute façon, les bonnes idées ne peuvent pas émerger d’ailleurs que de l’Hôtel-de-Ville… Pourtant, si ce n’avait été de l’initiative d’une citoyenne Alma Bourget-Costisella et d’une armée de bénévoles; Gaspé n’aurait MÊME PAS sa cabane à livres…

C’est à peu près la hauteur de nos élus en ce moment.
C’est l’époque qui veut ça…
Avec le temps, les citoyens de Gaspé, en sont probablement venus à penser que la culture ne relève pas des charges municipales. Que s’ils en veulent, ils doivent se l’organiser. Comme ce fut le cas pour le Festival Musique du Bout du Monde, que la Ville a boudé pendant des années et pour lequel elle se donne pourtant du crédit, aujourd’hui…

Des solutions abordables étaient pourtant envisageables. Nous avons un magnifique Musée de la Gaspésie sur le territoire qui peine à faire ses frais. Il aurait pu accueillir une maison de la culture/bibliothèque favorisant ainsi une répartition des coûts de fonctionnement et de main-d’oeuvre. Ou encore la magnifique Maison Lebouthillier récemment déménagée sur le nouveau site du Berceau du Canada. Mais nous avons surtout le nouveau superbe édifice de la Gare intermodale. Qui n’a plus de terminal que l’histoire du train en Gaspésie… Les croisiéristes pourraient continuer, tout de même, les 15 jours par année où ils sont à Gaspé…, d’utiliser l’espace qui n’en serait que plus vivant. On préfère y loger les bureaux de proches de l’administration.

Offrez un lieu digne à la culture et les citoyens se l’approprieront. Un lieu ouvert, lumineux, aéré, moderne et ils seront au rendez-vous. Ils l’habiteront. Cela contribuera également à l’image de dynamisme de la Ville; à l’attrait et à la rétention des citoyens.

Si la ville de Gaspé enfante, ne serait-ce, qu’un seul génie scientifique, qu’un seul grand auteur, artiste, penseur ou politicien de grand talent grâce à ce projet; alors chaque cenne investie aura été rentabilisée. Je sais. Plus personne ne pense comme ça aujourd’hui.

Peut-être aussi croit-on encore chez nos politiques de Gaspé, comme à l’époque de Duplessis, que la culture et la connaissance sont suspectes. Qu’il vaut mieux en limiter l’accès, car elles pourraient contribuer à aiguiser les esprits et susciter des questionnements embarrassants quand l’UPAC débarque à Hôtel-de-Ville pour faire des perquisitions…

Demandez à un citoyen de Matane, de Carleton ou de St-Anne des Monts où se trouve sa bibliothèque. Il vous prendra par la main pour vous y conduire tellement il est fier. Moi, quand un touriste me pose cette question; je réponds honteusement : « nous n’en avons plus. Elle a brulé. » Et je m’éloigne rapidement la tête basse.

Je suis bien parti pour répondre ça pour les 30 prochaines années…

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Le stroumph vert et Gargamel

26 mai 2014, 16:57

Par Éric Boucher

À contrecoeur, le mini-ministère de l’Environnement avait fini par entendre les exhortations à s’acquitter de sa mission. En pleurs, il avait pris le téléphone pour appeler son maître Gargamel, ministère du Grand Capital. Pour s’excuser; implorer son pardon. Il fallait comprendre. Il subissait trop de pressions. Il recevait des demandes récurrentes de la Ville de Gaspé, de ses citoyens, pour une étude hydrogéologique du secteur de Haldimand, terrain de jeux de Pétrolia pour son exploration/exploitation pétrolière. Il commençait à mal paraître. À perdre la face. On pourrait penser qu’il était partial. Ce n’était bon pour personne. Il devait se résoudre à agir.

— Allons, allons mon ami, le réconforta Gargamel, ce n’est pas grave! Tu n’auras, comme nous le faisons souvent au gouvernement dans de telles circonstances, qu’à passer à côté de la question. Fais ton travail, ton étude sur l’état actuel des réserves d’eau potable dans le secteur, mais n’aborde pas l’impact potentiel de la fracturation sur cette eau potable.

— Mais c’est le coeur du litige!!!, s’exclama le stroumph.

— Fais-moi confiance, j’en ai vu bien d’autres. Ils n’y verront que du feu…
C’est ainsi que la semaine dernière, à l’Hôtel des Commandants de Gaspé, des scientifiques de l’Institut National de la Recherche scientifique du Québec (INRS) venaient présenter leurs conclusions aux citoyens. L’lNRS rendait ainsi public, son étude hydrogéologique, commandée par le ministroumph de l’environnement, renommé depuis la récente élection (encore une fois…) MDDELCC (ministère du Développement durable, de l’Environnement et de la Lutte aux changements climatiques) — HA! HA! C’est qu’ils ont le sens de l’humour ces gouvernements… précédemment, il fut baptisé le MDDEFP; auparavant le MDDEP et avant ça le… misère… à toutes les fois qu’ils allongent le nom, ils s’en christ un peu plus…

J’entre donc à cette soirée préoccupé par Haldimand 4, le site litigieux, et j’apprends que, dû à la nature géologique du sol en surface à Haldimand; je ferais bien AUSSl d’être préoccupé par Haldimand 1 et 2 en cas d’un déversement de contaminants en surface. J’y apprends aussi que le MDDEFP (à l’époque… vous me suivez toujours? C’est un peu compliqué, n’est-ce pas? Ce soir-là, même les fonctionnaires, dépêchés pour surveiller les propos des scientifiques de l’INRS, ne se souvenaient plus du nom du ministère qu’ils sont sensés représenter…) n’a pas cru bon de demander à l’lNRS d’envisager le scénario de la fracturation et son impact potentiel sur les nappes phréatiques dans son analyse.

Le lendemain, en prenant connaissance du communiqué du mini-stroumph, j’avais l’impression que lui et moi n’étions pas à la même soirée… Le portrait du MDDELCC étant drôlement plus jovialiste que celui tracé par les scientifiques de l’lNRS. Peut-être était-il guilleret au moment de l’écrire parce qu’en train de trinquer avec son maître du Grand Capital…

Plus j’y pense, plus je me dis que la seule utilité de cette étude sera de prouver la contamination éventuelle des nappes phréatiques par Petrolia. Nous avons maintenant un portrait avant Petrolia. Mais bien sûr lorsqu’on l’aura prouvée; il sera trop tard…

Dresser un portrait hydrogéologique du secteur Haldimand sans envisager l’impact de la fracturation sur l’eau du secteur?!?!?! On ne peut pas passer plus à côté de l’essentiel du litige.
C’est comme un gouvernement qui dirait vouloir réduire le bilan des gaz à effet de serre du Québec tout en investissant massivement dans une cimenterie qui gonflerait de 10 % le bilan industriel des gaz à effet de serre du Québec…

Pour tous les documents du ministroumph sur le dossier, cliquez ici.