Abolition des CLD : Rendez-vous raté par les maires

17 décembre 2014 1370 commentaires

Par Gilles Gagné

CARLETON-SUR-MER — Bien des maires de la Gaspésie ont raté une belle occasion de montrer qu’ils avaient une forte épine dorsale depuis octobre. En jouant le jeu du gouvernement de Philippe Couillard d’approuver l’abolition des Centres locaux de développement (CLD), ils ont pris le risque de ramener la région 20 ou 30 ans en arrière.

Ces maires, pas tous, mais une majorité, ont accepté l’idée première du gouvernement libéral de supprimer les CLD et d’assujettir les miettes restantes de leur budget venant de Québec à un contrôle municipal à peu près exclusif.

Parler de « miettes restantes de budget » n’est pas exagéré. Il reste dans l’enveloppe jadis dévolue aux CLD environ 40 % de leur fonds, souvent moins.

Les CLD de la Gaspésie fonctionnaient avec une enveloppe d’environ 800 000 $ par an. La moitié de la somme sert à payer du personnel et l’autre à appuyer des initiatives de développement. Les CLD géraient de plus un portefeuille de prêt approchant 2 M$, portefeuille qui tombe dans le giron des MRC.

C’est l’enveloppe de 700 000 $ provenant de Québec qui passe à la hache. En gros, il reste entre 270 000 $ et 350 000 $. Québec a décidé de confier cette somme aux MRC, et de leur donner finalement le choix de maintenir les CLD. Une fois de plus, le gouvernement Couillard a joué de ruse. Promettant de couper deux bras, il est revenu sur sa décision. Il n’en coupera qu’un.

Globalement, les MRC de la Gaspésie, bref les maires, avaient une occasion de montrer qu’ils avaient un brin de résilience. Symboliquement, et concrètement dans une certaine mesure puisqu’il reste des miettes de budget, tous les CLD auraient dû être maintenus. À ce jour, seule la MRC de la Haute-Gaspésie a résisté en le maintenant, mais seuls les maires et le préfet y siégeront dorénavant.

Ailleurs, on a choisi la « municipalisation » du développement régional. C’est déplorable parce que cette méthode marginalise la contribution de la société civile, c’est-à-dire les gens qui viennent de divers horizons, les entreprises privées, les organismes sociaux, les jeunes, le milieu de l’éducation et de la santé notamment. Or, tout développement significatif et continu ne peut venir qu’en étant inclusif, l’envers de ce à quoi on assiste présentement.

Si la Gaspésie a réussi à se tirer d’affaire en dépit de la déveine qui a fait disparaître ses trois grandes industries entre 1999 et 2005, c’est parce que tout le monde s’est attelé à la tâche, au premier rang des membres de la société civile, notamment par le biais des CLD.

Il y a plus d’une décennie que la région n’a pas été marquée par une grande guerre de clochers. Il est permis de croire que le rôle croissant de la société civile y a été pour quelque chose.

Les maires ne sont pas des freins au développement régional. Depuis 10 ans, il y a eu un dépoussiérage considérable ayant débouché sur l’émergence d’une nouvelle génération d’élus, plus jeunes et aux horizons plus larges. Toutefois, le contexte d’augmentation des responsabilités conférées au palier municipal depuis la réforme Ryan et la réticence de nos populations à rémunérer un maire à temps complet représentent une barrière à l’entrée de jeunes élus. De plus, globalement, les maires d’ici et d’ailleurs sont loin d’avoir prouvé qu’ils avaient les compétences nécessaires pour gérer le développement.

Il est même permis de présumer que plusieurs d’entre eux ont été flattés de voir que Québec leur fait confiance plus que jamais.

Traditionnellement, les maires et le gouvernement québécois dansent un bien étrange tango. Quand ils se croient investis de la nécessité d’accomplir le genre de sale besogne qui se fait présentement au gouvernement québécois, les élus de l’Assemblée nationale tentent d’épargner les maires jusqu’à un certain point.

Par exemple, dans le dernier pacte fiscal, Québec a balancé 300 M$ de coupes dans la cour des municipalités, mais en leur promettant que la renégociation prévue pour 2015 leur réservera d’agréables surprises. Il est assez singulier de constater que Montréal et Québec s’en sont bien tirés dans ce pacte fiscal. Ils ont perdu d’importantes sommes, mais l’État a réglé pour eux le très lourd dossier des fonds de retraite des employés municipaux.

Si le gouvernement tente de prouver à la face du monde qu’il n’est pas trop dur pour les municipalités, c’est notamment pour des motifs électoralistes. Quand arrive une campagne électorale, il est utile pour un gouvernement sortant de compter sur l’appui de maires et de partisans prêts à se mobiliser.

Les changements dans les CLD entreront en vigueur dans les prochains jours. Même si officiellement, quatre des cinq CLD de la Gaspésie seront abolis, il n’est pas trop tard pour que les maires trouvent une place pour la société civile dans la nouvelle façon de fonctionner. Cela constituerait d’une part un exercice d’humilité essentiel, susceptible d’autre part de maximiser ce qui restera dans les modestes enveloppes budgétaires.

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