15 M$ de moins dans le développement régional : ignorance, indifférence ou aveuglement comptable?

18 novembre 2014 376 commentaires

Par Gilles Gagné

Le «travail» de déconstruction des organisations vouées au développement régional amorcé par le gouvernement libéral de Philippe Couillard aura des répercussions déplorables dans les régions du Québec, et pour longtemps. La Gaspésie n’y fera pas exception. Il faudra puiser encore dans nos réserves d’imagination et d’opiniâtreté pour se relever de cette jambette majeure, servie cette fois par l’État québécois, censé aider la population.

Au-delà des détails associés à cette démolition de la Conférence régionale des élus et des Carrefours jeunesse-emploi, et du couperet servi aux Centres locaux de développement, les gens se demandent pourquoi le gouvernement libéral s’en prend à des organisations qui ont donné des résultats non pas parfaits, mais tout de même déterminants dans une région qui a perdu ses trois grandes usines entre 1999 et 2005.

Est-ce l’ignorance qui guide l’État? Le gouvernement libéral semble ignorer que les meneurs socio-économiques de la Gaspésie et des Îles-de-la-Madeleine ont atteint depuis 30 ans un équilibre en matière de dialogue et de discussion, des étapes fondamentales dans l’émergence d’une cohésion régionale. Cette cohésion permet de dissiper les guerres de clochers qui ont souvent nui aux Gaspésiens, et d’instaurer des plans de développement.

Comme le rappelait avec justesse le président de la Conférence régionale des élus (CRÉ), Daniel Côté, à la mi-octobre, qui sait à Québec que cet organisme a été déterminant dans la création du Réseau collectif des télécommunications, une force dans l’accessibilité à Internet haute vitesse et à la téléphonie cellulaire pour une proportion de la population inégalée dans les régions du Québec?

Qui connaît à Québec le rôle joué par la CRÉ dans le sauvetage du chemin de fer gaspésien, une première fois en 1996-1997, alors qu’il s’agissait d’empêcher le démantèlement de l’axe Chandler-Gaspé, et une seconde fois en 2006-2007, pour protéger le réseau Matapédia-Chandler?

Qui sait à Québec l’importance de la CRÉ dans le développement d’un service de transport en commun, le RéGÎM, qui transporte 100 000 Gaspésiens et Madelinots par année vers leur travail et leurs services?

Qui sait à Québec que la CRÉ a constitué le fer de lance de la Régie intermunicipale de l’énergie, l’organisme panrégional qui investit à parts égales avec Invenergy dans un projet, le parc éolien du Plateau 2, qui rapportera au total plusieurs millions de dollars en 20 ans aux villes et villages participants?

Est-ce de l’indifférence? Il est très possible que ces initiatives ayant contribué au développement de la Gaspésie et des Îles laissent complètement froids les membres du gouvernement, ou les mandarins du pouvoir qui «guident» leurs décisions.

Est-ce de l’aveuglement comptable ou idéologique? Ce gouvernement est obsédé par l’atteinte du déficit zéro d’ici 2016, oubliant que le dernier premier ministre aveuglé par l’équilibre budgétaire, Lucien Bouchard, l’a temporairement atteint au prix du pelletage en avant de sommes faramineuses, dont nous payons la facture encore aujourd’hui.

Est-ce une volonté de briser un modèle de cohésion sociale, celle à laquelle la Gaspésie et les Îles est arrivée, parce qu’elle «menace» de constituer une force susceptible d’ébranler le petit royaume des mandarins du pouvoir de Québec et de Montréal?

La déconstruction actuelle découle probablement d’une combinaison d’ignorance, d’indifférence, d’aveuglement comptable et idéologique, de même que d’une volonté de briser la cohésion régionale.

Personne ne prétend que la note de la CRÉ et des CLD approche 100 %. Des erreurs ont été commises dans certains dossiers, mais qui n’en fait pas? Au total, le bilan est positif. Combien de régions ont perdu 1 600 emplois industriels bien rémunérés tout en stabilisant par la suite leur population, leur solde migratoire et en augmentant le taux d’activité de la main-d’œuvre? Au Québec, seule la Gaspésie et les Îles ont réussi pareil exploit.

Ce qu’il y a de particulièrement odieux dans les annonces du premier ministre Philippe Couillard et de ses ministres, dont Pierre Moreau, des Affaires municipales, c’est leur côté démagogue. Bien des citoyens ignorent le rôle des organismes comme la CRÉ, les CLD, les Carrefours jeunesse-emploi et Place aux jeunes.

Combien de personnes savent à quel point le personnel spécialisé de ces organismes peut épauler des entrepreneurs qui n’arrivent pas avec tous les outils requis pour mener leurs projets à terme?

Il est conséquemment assez facile de prétendre, comme l’ont fait Philippe Couillard et compagnie, qu’il faut sabrer les «frais d’administration», dans les salaires, alors que ce personnel fait un travail d’appui fondamental qui n’a rien à voir avec des frais d’administration.

Ce gouvernement ne serait-il pas mieux avisé d’agir avec discernement, et de nous expliquer comment il entend récupérer les milliards de dollars «échappés» par des membres éminents de son cabinet dans la poche d’entrepreneurs véreux, l’essence même du scandale qui a mené à la création de la commission Charbonneau? À moins que la déconstruction actuelle, et le chaos qu’elle crée, ne soit qu’une diversion visant à faire oublier ce scandale.

La centralisation actuelle, parce que c’est bien de ça dont il s’agit, présente aussi le danger de déboucher sur une érosion de la démocratie, par le biais d’une démobilisation de la population. Le gouvernement Couillard calque ainsi le modèle de Stephen Harper, un modèle qui a fonctionné sur la scène fédérale. Il faut dire non à ce modèle.

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