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Cimenterie : Un monde de certitude? | L'éditorial de Gilles Gagné

Cimenterie : Un monde de certitude?

12 février 2014 12 commentaires

En février 2004, après l’arrêt des travaux de modernisation de la papeterie Gaspésia, il était de bon ton pour des gens engagés dans le développement économique de la péninsule de critiquer l’intervention choisie par les gouvernements québécois et canadien pour relancer l’usine de Chandler.

En décembre 2001, Québec avait avancé 153 millions de dollars en prêts et subventions, selon différents canaux, dont Investissement Québec et la Société générale de financement. Ottawa avait consenti un prêt de 80 millions $ en août.

Le total, 233 millions $, n’a pas été décaissé complètement avant l’arrêt du projet, le 30 janvier 2004, mais une bonne partie y est passée.

« Imaginez-vous ce qu’on aurait pu faire avec cette somme, si on était allés voir des entrepreneurs avec des idées d’expansion pour leur proposer un million de dollars chacun ».

Ce discours a été régulièrement entendu après janvier 2004.

Le 31 janvier 2014, dix ans après l’échec de l’usine Gaspésia, l’État québécois, flanqué d’Investissement Québec et de la Caisse de dépôt et de placement du Québec, a annoncé 450 millions $ dans le projet de cimenterie de Port-Daniel, par le biais d’un prêt, porteur d’intérêt, et de deux participations de 100 millions $ au capital-actions de Ciment McInnis.

Les mêmes meneurs socio-économiques qui dénonçaient les moyens pris par Québec et Ottawa pour « sauver » la Gaspésia en 2004 ont applaudi bruyamment la décision de la première ministre Pauline Marois, au nom d’Investissement Québec, et celle de Michael Sabia, de la Caisse de dépôt et de placement, de canaliser tant d’argent vers un seul projet gaspésien de 800 millions $ pour Port-Daniel.

Et si, comme ces gens le suggéraient en 2004, les 450 millions $ étaient allés dans 450 entreprises gaspésiennes voulant croître? Aurait-on pu créer plus que les 400 emplois directs et indirects promis le 31 janvier? Il est probable que oui.

Y aurait-il eu moyen, dans un scénario engageant 450 entreprises bénéficiant chacune d’un million de dollars en prêt et en capital-actions, de faire courir un moindre risque à l’environnement? Il est permis de penser que oui.

Il est maintenant certain, si on en doutait, que le gouvernement Marois n’enverra pas le projet de Ciment McInnis à une évaluation réalisée par le Bureau d’audiences publiques en environnement (BAPE).

C’est dommage, considérant que la cimenterie consommera annuellement 240 000 tonnes de coke de pétrole et qu’elle dégagera 1 750 000 tonnes de gaz à effet de serre. C’est dommage, parce que les normes québécoises en matière de protection de l’air sont ridiculement permissives, comme en fait foi le règlement n’obligeant le ministère de l’Environnement qu’à un minimum d’une visite par an.

Ciment McInnis, dit son président Christian Gagnon, compte appliquer les normes américaines, plus sévères en matière environnementale.

Sommes-nous naïfs? Sans discréditer M. Gagnon, n’est-il pas inquiétant de s’en remettre presque aveuglément à la bonne volonté du promoteur?

N’aurait-il pas été intéressant pour le public d’assister à la présentation de Ciment McInnis portant sur ses responsabilités environnementales, et aux échanges entre les experts de la firme et ceux du BAPE?

Deux choses dérangent dans la façon du gouvernement Marois, de Ciment McInnis et du « leadership » régional d’outrepasser un examen public du projet.

On démontre un paternalisme désolant en affirmant ou en sous-entendant que l’étude du ministère de l’Environnement est trop complexe pour être débattue devant public.

Si, comme l’affirme Christian Gagnon, « la revue scientifique a été plus profonde que celle à laquelle [le projet] aurait été soumis dans le cas du BAPE », pourquoi ne pas avoir choisi un processus public, peut-être plus court?

Pourquoi le public ferait-il confiance à un gouvernement en mode préélectoral, qui manipule à son avantage les chiffres d’emploi, comme Ciment McInnis? Depuis deux ans, on annonce que la cimenterie emploiera entre 100 et 150 personnes, en exploitation. Pourquoi parlait-on de 200 employés, le 31 janvier, et d’autant d’emplois indirects?

M. Gagnon affirme qu’un renvoi au BAPE aurait fait disparaître les investisseurs.

Allons donc. Les partenaires de Ciment McInnis sont plus solides que ça. Leur engagement tient à une chose, faire des profits.

On comprend l’urgence de créer de l’emploi dans la MRC du Rocher-Percé. Toutefois, l’aveuglement des meneurs socio-économiques à l’endroit du discours du promoteur rappelait malheureusement d’autres scénarios salvateurs ayant mal tourné.

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