Faites de l’argent maintenant, faites payer vos enfants plus tard!

19 juin 2013 8 commentaires

Le ministre Yves-François Blanchet, et le ministre responsable de la région, Gaétan Lelièvre
Crédit : Geneviève Gélinas

Les gens qui se demandent quel type de monde nous allons laisser à nos enfants ont pleinement raison de s’inquiéter, à la lumière du projet de règlement présenté par le ministre québécois du Développement durable, de l’Environnement, de la Faune et des Parcs, Yves-François Blanchet, en mai.

Ce projet est supposé protéger les sources d’eau potable. À la lumière du document déposé par le ministre, il est permis de penser que le gouvernement de Pauline Marois priorise nettement l’industrie pétrolière, en faisant planer sur la population des risques considérables.

À moins que les «consultations» menées d’ici la fin de juin fassent changer la position du cabinet, l’État québécois adoptera un règlement complaisant à un point qu’il aurait été difficile de prédire quand le ministre Blanchet a pris les choses en mains, en janvier, dans le dossier Pétrolia à Gaspé.

Cette firme veut forer un puits exploratoire localisé à 350 mètres de la maison la plus proche située dans le quartier Haldimand. Cette distance est jugée nettement insuffisante par les citoyens de ce quartier. La Ville de Gaspé a conséquemment adopté en décembre un règlement interdisant notamment tout forage à deux kilomètres de puits artésiens.

Qu’a fait M. Blanchet dans son projet de règlement? Il a statué qu’une zone-tampon distante de 300 mètres d’un puits artésien était suffisante. L’industrie n’aurait pu demander mieux.

La même incongruité caractérise la fracturation hydraulique. Les firmes d’exploration pourront fracturer la roche à 400 mètres sous le fonds de la nappe phréatique.

Quand on lui demande de qualifier cette marge de 400 mètres pour la fracturation, le professeur à la retraite Marc Durand, docteur en génie géologique, répond spontanément : «C’est dément!».

On ne parle pas ici à un écologiste intégriste. M. Durand se déclare même plutôt favorable à l’exploitation pétrolière conventionnelle, «si c’est bien fait».

Au cours de sa carrière d’enseignant à l’Université du Québec à Montréal, Marc Durand a étudié sous toutes leurs coutures de nombreuses opérations de forage conclues par une fracturation, cette technique visant à faire éclater la pierre de façon à faire jaillir le gaz ou le pétrole.

Dans ses recherches, M. Durand a vu des fractures atteindre 550 mètres et il assure que d’autres fractures pourraient dépasser cette distance. Cela veut donc dire que la marge de 400 mètres suggérée dans le projet du ministre Blanchet est nettement insuffisante. Elle présente un risque de contamination pour l’eau, et même pour l’air. «Ça n’existe nulle part, une marge si faible», souligne l’ex-professeur.

Vivant alors une retraite paisible, M. Durand s’est intéressé au discours des compagnies pétrolières et du gouvernement québécois à l’été 2010 quand le débat sur le gaz de schiste a émergé. Ce qu’il a lu et entendu depuis le sidère, et il s’est remis à la tâche, «avec un intérêt purement scientifique».

Il ne milite dans aucun mouvement écologique. Il s’emploie à présenter le fruit de ses travaux devant des auditoires intéressés ou à les publier. Il fait aussi partie d’un collectif scientifique composé d’autres chercheurs démontés par la somme de faussetés véhiculées par les compagnies et l’État.

Il est clair que les connaissances sur la fracturation, notamment la composition des produits chimiques utilisés, sont insuffisantes pour ouvrir la porte à cette technique au Québec.

Plusieurs décisions du gouvernement québécois sont inquiétantes dans cette affaire. Le traitement inégal réservé à certaines régions est l’une d’elles. Comment expliquer la réalisation d’une étude environnementale stratégique dans le triangle le plus peuplé couvrant le centre et l’ouest du Québec, plus les rives du Saint-Laurent jusqu’à la Capitale, alors que la Gaspésie et l’île d’Anticosti en sont privées?

Pourquoi réaliser à la vapeur des consultations en un seul mois sur un sujet aussi fondamental que la protection des sources d’eau dans un contexte d’exploitation d’hydrocarbures?

Le projet de règlement du ministre Blanchet semble avant tout répondre à la volonté des compagnies de forer en 2013 et à celle d’un gouvernement minoritaire en manque de résultats économiques de prouver qu’il se passe «quelque chose». La première ministre Pauline Marois a de plus affiché son désir, avant son accession au pouvoir, d’encourager le développement d’hydrocarbures québécois.

Or, ce «quelque chose» présente des risques démesurés, et le gouvernement québécois doit faire marche arrière.

Votre commentaire pourrait être modéré ou retiré s'il ne respecte pas notre politique de publication.