Les gros sabots de Desjardins

15 mai 2013 13 commentaires

Il y a des façons de faire qui sont inacceptables avec le public, à plus forte raison quand celui-ci est constitué de membres.

La façon déployée par la direction de la Caisse Desjardins des Monts et rivières, le 16 avril, s’inscrit dans cette catégorie de procédure inacceptable.

À quoi les membres du conseil d’administration ont-ils pensé en fermant, sans avertissement, les trois points de services des Plateaux de Matapédia, situés à Saint-Alexis-de-Matapédia, Saint-François-d’Assise et l’Ascension-de-Patapédia?

À quoi ont-ils pensé en n’inscrivant même pas ces « fermetures de points de services » à l’ordre du jour? À quoi ont-ils pensé en postant des gardes de sécurité vêtus de « discrets » complets noirs dans l’assemblée? C’était comme venir dire à la face des membres qu’ils n’étaient pas assez civilisés pour discuter.

Pourtant, ceux qui ont refusé la discussion en mettant leurs membres devant un fait accompli et en déployant cette méthode répréhensible, ce sont les dirigeants de la caisse eux-mêmes.

Si ces fermetures étaient inévitables, la moindre des choses aurait été de tenir une ronde d’assemblées pour informer les membres de cette éventualité, de les questionner quant aux scénarios envisageables.

Ces dirigeants ont probablement été « aidés » dans cette façon de faire. La direction du Mouvement Desjardins utiliserait sans doute le mot « accompagnement ». Il est assez clair que le Mouvement et les bureaux régionaux de Desjardins dirigent des opérations de ce type. Ils imposent une ligne et en bas de cette ligne, ça saute.

La prestation des services financiers a changé depuis 10 ou 20 ans. Il est vrai que 90% des transactions se font aux guichets automatiques ou avec des ordinateurs personnels. Des gens reçoivent encore des chèques. Pourtant, dans le cas des personnes âgées surtout, plusieurs n’ont pas encore maîtrisé le fonctionnement des transactions électroniques. Faut-il rappeler que ce sont eux qui ont bâti ces caisses?

Le respect élémentaire aurait dicté que les membres soient consultés « avant ».

Il est à redouter, comme le dit le maire de Saint-François, Ghislain Michaud, un mouvement de boycottage en raison de cette façon cavalière de fermer les points de services. Des transferts de compte dans les banques de Campbellton, ville où les gens des Plateaux vont souvent magasiner, ont déjà commencé.

Il est vrai que les gens en demandent beaucoup à Desjardins. Il faudrait que les caisses offrent le même rendement que les banques, à travers un réseau de points de services plus étendu, tout en maintenant une mission sociale et communautaires. Les gens veulent aussi une ristourne.

Toutefois, le Mouvement Desjardins jouit aussi d’un traitement de faveur au Québec, puisque les rejetons n’ont pas encore le nombril sec qu’ils sont déjà membres d’une caisse.

Desjardins doit conséquemment respecter ses membres, ce qui n’est pas arrivé le 16 avril à Saint-Alexis.

En 1999, Desjardins avait aussi adopté une délicatesse digne d’un éléphant dans un magasin de porcelaine en faisant passer une vague de fusions.

Le contexte en vigueur à la Caisse des Monts et rivières mérite une attention particulière de la part de sa direction et de ses membres. On y déclare un déficit de 59 000 $ en 2012, et des déficits anticipés de 300 000 $ pour les deux prochaines années, en raison des faibles taux d’intérêt.

S’il est vrai que les décisions de fermeture des points de services sont prises par les conseils d’administration chez Desjardins, rien n’exclut la possibilité de consulter les membres. Ces points de services n’étaient pas ordinaires. Pour l’essentiel des citoyens des Plateaux, ils étaient, il y a 12 ans à peine, «leur» caisse.

Leur fermeture implique désormais pour les gens de l’Ascension, un déplacement minimal de 62 kilomètres, et jusqu’à 80 kilomètres pour aller à leur institution financière. C’est énorme.

Laisser un point de services à Saint-François, le village central, aurait été judicieux. D’autant plus que la direction de l’institution avait, en novembre 2012, vendu son bâtiment à la Municipalité et signé une entente de location d’une partie de

l’immeuble, pour cinq ans, un loyer payé d’avance, pour une somme de 25 000 $, accompagné d’amélioration locative d’un montant à peu près égal.

Signer cette entente et fermer le point de service cinq mois plus tard ne relève pas de la bonne gestion. Les membres n’auraient pu faire pire, s’ils avaient été consultés. Ils auraient dû l’être.

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