Chasse au phoque : un équilibre à recréer

13 novembre 2012 3 commentaires

Par Gilles Gagné,

La recommandation du comité sénatorial canadien de prélever 70 000 phoques gris en quatre ans réduira la pression liée à un débat vieux de plus de 35 ans et qui aura coûté extrêmement cher en retombées économiques aux Îles-de-la-Madeleine et, par la bande, en Gaspésie.

La chasse au phoque n’est que l’ombre de ce qu’elle était jusqu’au milieu des années 1970, quand Brigitte Bardot, des militants de groupes de défense des animaux et des cinéastes aux intentions douteuses ont créé une telle commotion que les produits du phoque se sont retrouvés au cœur d’un boycottage dont les effets sont encore vivement sentis aujourd’hui.

Il y a 35 ans, il y avait 10 000 phoques gris dans le golfe. L’espèce était relativement peu chassée. Il y avait aussi 1,5 million de phoques du Groenland, l’espèce convoitée le printemps lors de la chasse la plus connue, celle dénoncée par Mme Bardot et sa bande.

Depuis, le nombre de phoques gris a grimpé à 350 000 bêtes alors que le troupeau de phoques du Groenland tend vers les 10 millions de spécimens.

Cette explosion du nombre de mammifères est en grande partie attribuable aux campagnes de boycottage et aux embargos subséquents ayant coupé les marchés des produits du phoque. Depuis 1975, le prix des peaux a périclité, faute de débouchés.

Le nombre de phoques chassés a aussi fléchi, et la protection conférée au blanchon par la Commission Malouf en 1986 a contribué à augmenter la population du mammifère.

Il convient de parler de surpopulation de phoques et de rupture d’équilibre depuis les esclandres des groupes les «protégeant». La santé des phoques est affectée par la surpopulation. Ils sont souvent parasités et se retrouvent à des endroits qu’ils ne fréquentaient à peu près jamais il y a 40 ans, comme dans les rivières à saumon, parfois à quelques kilomètres de la mer.

La rupture d’équilibre des années 1970 et 1980 est l’un des facteurs ayant contribué à la baisse draconienne des stocks de morue. Ce n’est bien sûr pas le seul. L’homme y a aussi largement contribué en raison de la surpêche à laquelle il s’est livré. Des facteurs environnementaux, comme la succession d’hivers froids à la fin des années 1980 et au début des années 1990, ont aussi été déterminants.

Aujourd’hui, la surpêche n’est pas une cause de déclin ou de stagnation des stocks de morue. La consommation effectuée par un troupeau de phoques à la croissance débridée l’est.

L’aspect rassurant du rapport du comité est qu’il ne suggère pas l’établissement d’une chasse au phoque gris pour le simple principe de réduire la population. La nécessité d’accompagner cette chasse d’une activité économique, en vendant les peaux, la viande et le gras, constitue l’élément le plus constructif de ce plan.

Cet élément, du reste, rejoint exactement ce que prône l’Association des chasseurs de phoques des Îles-de-la-Madeleine depuis longtemps. On ne voulait pas du rôle de chasseurs de prime dans l’archipel.

Surtout, on se souvient aux Îles de la vitalité qu’avait la chasse au phoque dans les années pré-Brigitte Bardot. Il s’agissait d’une activité économique d’hiver presque aussi importante que la pêche au homard.

Une étude a déterminé que si la chasse au phoque n’avait pas été perturbée par les mouvements animaliers, elle représenterait une filière susceptible de générer 40 millions de dollars de retombées annuellement. Le homard en génère environ 50 millions.

L’activité économique liée à la chasse au phoque est perturbée depuis plus de 25 ans aux Îles-de-la-Madeleine. Il est donc possible que le déclin de la chasse ait privé les insulaires de revenus avoisinant 1 milliard de dollars, transposés en dollars courants.

Les chasseurs de phoques ont conséquemment une solide carte dans leur jeu pour demander un appui financier public visant à instituer un prélèvement de phoques gris. Sans être considérés comme les principaux responsables du gâchis des 35 dernières années, les pouvoirs publics ont pris des décisions douteuses et ils ont trop souvent laissé les chasseurs à eux-mêmes.

Les deniers publics seront nécessaires pour favoriser l’émergence d’une «filière du phoque gris». On peut parler de quelques millions de dollars mais la facture restera sûrement sous les 35 millions évoqués sans réflexion par les groupes animaliers.

La tâche à faire est considérable et il serait étonnant que cette nouvelle chasse débute en 2013, bien qu’elle sera sans doute annuelle. Il faut établir des conditions de pratique, former certains chasseurs, réaliser des analyses sur l’espèce pour vérifier si elle est contaminée, développer des marchés et équiper des usines, sans compter l’approbation de la Chambre des communes à la recommandation du comité sénatorial.

Des études précéderont toutes ces étapes. Il faut s’y mettre dans les meilleurs délais puisqu’il s’agit d’une activité qui contribuera au rétablissement d’un équilibre rompu depuis trop longtemps.

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