L’éléphant dans le magasin de porcelaine

9 octobre 2012 2 commentaires

Par Gilles Gagné,

Le comportement de membres du personnel d’Hydro-Québec envers deux citoyens de New Richmond désireux d’obtenir une meilleure indemnisation pour la perte de jouissance de leurs terres constitue l’une des raisons expliquant qu’un nombre grandissant de Québécois détestent cette société publique plutôt que d’en être fiers.

Hydro-Québec a littéralement joué du bulldozer avec ces citoyens dans les démarches visant à bâtir une ligne de raccordement pour le parc éolien Venterre, présentement en construction dans l’arrière-pays de New Richmond,  de Caplan et de Saint-Alphonse.

Raynald Murphy et Léopold Audet possèdent des lots boisés voisins dans le Troisième rang Est de New Richmond. M. Murphy est menuisier et une partie du bois dont il se sert au travail vient de sa terre. La lisière de 15 mètres par 206 mètres utilisée par Hydro-Québec signifie que 450 de ses arbres ont été coupés, 15 ans avant la date prévue de la récolte.

Ces arbres font partie d’une plantation mise en terre il y a 27 ans. À terme, ces 450 arbres, s’ils avaient atteint leur maturité, auraient valu 90 000 $ une fois transformés en bois de sciage, ce que M. Murphy peut faire sur sa propriété avec une scierie portative. Il peut garder les arbres, mais des tiges de 27 ans ne se comparent nullement avec ce qu’elles auraient valu dans 15 ans. La différence est exponentielle.

En tout et partout, Hydro-Québec lui offre 1500 $. Cette somme est censée couvrir la perte des 450 arbres, le dérangement lié au passage de la ligne de raccordement, qui s’ajoute à une ligne de transport, et la circulation occasionnelle des véhicules d’Hydro-Québec et de ses sous-traitants à des fins d’entretien.

Ces 1500 $ sont aussi supposés dédommager M. Murphy pour la perte de valeur de son lot boisé, dans l’éventualité où il le vendrait. Il est facile de comprendre que des acheteurs seront rebutés par deux rangées d’immenses pylônes à moins de 200 mètres de la maison. Il y a un autre irritant : tant qu’il sera propriétaire, il devra continuer à payer des taxes municipales pour une portion de terrain qui n’a pratiquement plus d’utilité. Il en ira de même pour les éventuels acquéreurs.

Le cas de Léopold Audet est aussi troublant. Hydro-Québec lui offre 2000 $. Le chèque lui a même été envoyé mais il ne l’a pas encaissé. Pendant les «négociations», un mot fort pour décrire la conversation unidirectionnelle ayant marqué les échanges avec la société publique, Hydro-Québec et ses sous-traitants se sont octroyé le droit d’aménager un stationnement sur la terre de M. Audet et de l’utiliser sans permission. Le manège a débuté le 8 janvier. Il est documenté.

Subséquemment à l’envoi du chèque, Hydro-Québec a ordonné en août des travaux de «coupe» sous la future ligne qui ne peuvent être décrits que par un mot : saccage.

Dans un ravin bordé de pentes abruptes, ravin au fond duquel coule un ruisseau regorgeant de truites, le sous-traitant d’Hydro-Québec a rasé jusqu’au sol toute la végétation. Le ruisseau disparaît en plusieurs endroits sous les résidus. Un contremaître de la société d’État a même ordonné un second ménage, parce que des tiges de moins d’un mètre tenaient encore.

Le ministère du Développement durable, de l’Environnement et des Parcs a inspecté les lieux le 28 août pour statuer que la coupe ne répondait à aucune norme d’intervention, même en terrain plat, sans ruisseau. Une correspondance signalant la contravention aux règles a été envoyée à la société publique, qui s’engagerait à corriger dans les délais prescrits.

Hydro-Québec a réglé avec les 32 autres propriétaires. Combien d’entre eux n’ont pas lutté avec ce géant par dépit, par résignation, parce qu’ils n’ont pas le temps ou parce qu’ils ont l’impression d’en être incapables?

La direction régionale d’Hydro-Québec a tenté de jouer les gros bras dans cette histoire, afin de faire plier des citoyens qui se tenaient debout.

Les défenseurs d’Hydro-Québec diront qu’elle ne peut faire de cas d’exception, dans l’intérêt général des contribuables. C’est juste, mais des cas comme ces deux-là se multiplient. Hydro-Québec a établi des normes pour les servitudes en terres boisées avec l’Union des producteurs agricoles, qui représente les producteurs de bois. L’interprétation de ces normes semble toutefois laisser place au type de dérive observée à New Richmond.

Dans sa méthode, dans les montants offerts, Hydro-Québec doit revoir sa façon de faire. On se croirait à l’époque de la fermeture des villages, avec Hydro-Québec dans le sale rôle.

L’État dans l’État a assez duré. Pour le bien public et le bien d’Hydro-Québec, le ton doit changer. Si le gouvernement du Parti québécois veut marquer un bon coup en ce début de mandat, prodiguer des leçons de civisme à la direction d’Hydro-Québec serait génial. Il faut établir une meilleure confiance entre les citoyens et une société qui leur appartient.

 

 

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