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Abolition des CLD : Rendez-vous raté par les maires

17 décembre 2014, 13:21

Par Gilles Gagné

CARLETON-SUR-MER — Bien des maires de la Gaspésie ont raté une belle occasion de montrer qu’ils avaient une forte épine dorsale depuis octobre. En jouant le jeu du gouvernement de Philippe Couillard d’approuver l’abolition des Centres locaux de développement (CLD), ils ont pris le risque de ramener la région 20 ou 30 ans en arrière.

Ces maires, pas tous, mais une majorité, ont accepté l’idée première du gouvernement libéral de supprimer les CLD et d’assujettir les miettes restantes de leur budget venant de Québec à un contrôle municipal à peu près exclusif.

Parler de « miettes restantes de budget » n’est pas exagéré. Il reste dans l’enveloppe jadis dévolue aux CLD environ 40 % de leur fonds, souvent moins.

Les CLD de la Gaspésie fonctionnaient avec une enveloppe d’environ 800 000 $ par an. La moitié de la somme sert à payer du personnel et l’autre à appuyer des initiatives de développement. Les CLD géraient de plus un portefeuille de prêt approchant 2 M$, portefeuille qui tombe dans le giron des MRC.

C’est l’enveloppe de 700 000 $ provenant de Québec qui passe à la hache. En gros, il reste entre 270 000 $ et 350 000 $. Québec a décidé de confier cette somme aux MRC, et de leur donner finalement le choix de maintenir les CLD. Une fois de plus, le gouvernement Couillard a joué de ruse. Promettant de couper deux bras, il est revenu sur sa décision. Il n’en coupera qu’un.

Globalement, les MRC de la Gaspésie, bref les maires, avaient une occasion de montrer qu’ils avaient un brin de résilience. Symboliquement, et concrètement dans une certaine mesure puisqu’il reste des miettes de budget, tous les CLD auraient dû être maintenus. À ce jour, seule la MRC de la Haute-Gaspésie a résisté en le maintenant, mais seuls les maires et le préfet y siégeront dorénavant.

Ailleurs, on a choisi la « municipalisation » du développement régional. C’est déplorable parce que cette méthode marginalise la contribution de la société civile, c’est-à-dire les gens qui viennent de divers horizons, les entreprises privées, les organismes sociaux, les jeunes, le milieu de l’éducation et de la santé notamment. Or, tout développement significatif et continu ne peut venir qu’en étant inclusif, l’envers de ce à quoi on assiste présentement.

Si la Gaspésie a réussi à se tirer d’affaire en dépit de la déveine qui a fait disparaître ses trois grandes industries entre 1999 et 2005, c’est parce que tout le monde s’est attelé à la tâche, au premier rang des membres de la société civile, notamment par le biais des CLD.

Il y a plus d’une décennie que la région n’a pas été marquée par une grande guerre de clochers. Il est permis de croire que le rôle croissant de la société civile y a été pour quelque chose.

Les maires ne sont pas des freins au développement régional. Depuis 10 ans, il y a eu un dépoussiérage considérable ayant débouché sur l’émergence d’une nouvelle génération d’élus, plus jeunes et aux horizons plus larges. Toutefois, le contexte d’augmentation des responsabilités conférées au palier municipal depuis la réforme Ryan et la réticence de nos populations à rémunérer un maire à temps complet représentent une barrière à l’entrée de jeunes élus. De plus, globalement, les maires d’ici et d’ailleurs sont loin d’avoir prouvé qu’ils avaient les compétences nécessaires pour gérer le développement.

Il est même permis de présumer que plusieurs d’entre eux ont été flattés de voir que Québec leur fait confiance plus que jamais.

Traditionnellement, les maires et le gouvernement québécois dansent un bien étrange tango. Quand ils se croient investis de la nécessité d’accomplir le genre de sale besogne qui se fait présentement au gouvernement québécois, les élus de l’Assemblée nationale tentent d’épargner les maires jusqu’à un certain point.

Par exemple, dans le dernier pacte fiscal, Québec a balancé 300 M$ de coupes dans la cour des municipalités, mais en leur promettant que la renégociation prévue pour 2015 leur réservera d’agréables surprises. Il est assez singulier de constater que Montréal et Québec s’en sont bien tirés dans ce pacte fiscal. Ils ont perdu d’importantes sommes, mais l’État a réglé pour eux le très lourd dossier des fonds de retraite des employés municipaux.

Si le gouvernement tente de prouver à la face du monde qu’il n’est pas trop dur pour les municipalités, c’est notamment pour des motifs électoralistes. Quand arrive une campagne électorale, il est utile pour un gouvernement sortant de compter sur l’appui de maires et de partisans prêts à se mobiliser.

Les changements dans les CLD entreront en vigueur dans les prochains jours. Même si officiellement, quatre des cinq CLD de la Gaspésie seront abolis, il n’est pas trop tard pour que les maires trouvent une place pour la société civile dans la nouvelle façon de fonctionner. Cela constituerait d’une part un exercice d’humilité essentiel, susceptible d’autre part de maximiser ce qui restera dans les modestes enveloppes budgétaires.

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15 M$ de moins dans le développement régional : ignorance, indifférence ou aveuglement comptable?

18 novembre 2014, 12:56

Par Gilles Gagné

Le «travail» de déconstruction des organisations vouées au développement régional amorcé par le gouvernement libéral de Philippe Couillard aura des répercussions déplorables dans les régions du Québec, et pour longtemps. La Gaspésie n’y fera pas exception. Il faudra puiser encore dans nos réserves d’imagination et d’opiniâtreté pour se relever de cette jambette majeure, servie cette fois par l’État québécois, censé aider la population.

Au-delà des détails associés à cette démolition de la Conférence régionale des élus et des Carrefours jeunesse-emploi, et du couperet servi aux Centres locaux de développement, les gens se demandent pourquoi le gouvernement libéral s’en prend à des organisations qui ont donné des résultats non pas parfaits, mais tout de même déterminants dans une région qui a perdu ses trois grandes usines entre 1999 et 2005.

Est-ce l’ignorance qui guide l’État? Le gouvernement libéral semble ignorer que les meneurs socio-économiques de la Gaspésie et des Îles-de-la-Madeleine ont atteint depuis 30 ans un équilibre en matière de dialogue et de discussion, des étapes fondamentales dans l’émergence d’une cohésion régionale. Cette cohésion permet de dissiper les guerres de clochers qui ont souvent nui aux Gaspésiens, et d’instaurer des plans de développement.

Comme le rappelait avec justesse le président de la Conférence régionale des élus (CRÉ), Daniel Côté, à la mi-octobre, qui sait à Québec que cet organisme a été déterminant dans la création du Réseau collectif des télécommunications, une force dans l’accessibilité à Internet haute vitesse et à la téléphonie cellulaire pour une proportion de la population inégalée dans les régions du Québec?

Qui connaît à Québec le rôle joué par la CRÉ dans le sauvetage du chemin de fer gaspésien, une première fois en 1996-1997, alors qu’il s’agissait d’empêcher le démantèlement de l’axe Chandler-Gaspé, et une seconde fois en 2006-2007, pour protéger le réseau Matapédia-Chandler?

Qui sait à Québec l’importance de la CRÉ dans le développement d’un service de transport en commun, le RéGÎM, qui transporte 100 000 Gaspésiens et Madelinots par année vers leur travail et leurs services?

Qui sait à Québec que la CRÉ a constitué le fer de lance de la Régie intermunicipale de l’énergie, l’organisme panrégional qui investit à parts égales avec Invenergy dans un projet, le parc éolien du Plateau 2, qui rapportera au total plusieurs millions de dollars en 20 ans aux villes et villages participants?

Est-ce de l’indifférence? Il est très possible que ces initiatives ayant contribué au développement de la Gaspésie et des Îles laissent complètement froids les membres du gouvernement, ou les mandarins du pouvoir qui «guident» leurs décisions.

Est-ce de l’aveuglement comptable ou idéologique? Ce gouvernement est obsédé par l’atteinte du déficit zéro d’ici 2016, oubliant que le dernier premier ministre aveuglé par l’équilibre budgétaire, Lucien Bouchard, l’a temporairement atteint au prix du pelletage en avant de sommes faramineuses, dont nous payons la facture encore aujourd’hui.

Est-ce une volonté de briser un modèle de cohésion sociale, celle à laquelle la Gaspésie et les Îles est arrivée, parce qu’elle «menace» de constituer une force susceptible d’ébranler le petit royaume des mandarins du pouvoir de Québec et de Montréal?

La déconstruction actuelle découle probablement d’une combinaison d’ignorance, d’indifférence, d’aveuglement comptable et idéologique, de même que d’une volonté de briser la cohésion régionale.

Personne ne prétend que la note de la CRÉ et des CLD approche 100 %. Des erreurs ont été commises dans certains dossiers, mais qui n’en fait pas? Au total, le bilan est positif. Combien de régions ont perdu 1 600 emplois industriels bien rémunérés tout en stabilisant par la suite leur population, leur solde migratoire et en augmentant le taux d’activité de la main-d’œuvre? Au Québec, seule la Gaspésie et les Îles ont réussi pareil exploit.

Ce qu’il y a de particulièrement odieux dans les annonces du premier ministre Philippe Couillard et de ses ministres, dont Pierre Moreau, des Affaires municipales, c’est leur côté démagogue. Bien des citoyens ignorent le rôle des organismes comme la CRÉ, les CLD, les Carrefours jeunesse-emploi et Place aux jeunes.

Combien de personnes savent à quel point le personnel spécialisé de ces organismes peut épauler des entrepreneurs qui n’arrivent pas avec tous les outils requis pour mener leurs projets à terme?

Il est conséquemment assez facile de prétendre, comme l’ont fait Philippe Couillard et compagnie, qu’il faut sabrer les «frais d’administration», dans les salaires, alors que ce personnel fait un travail d’appui fondamental qui n’a rien à voir avec des frais d’administration.

Ce gouvernement ne serait-il pas mieux avisé d’agir avec discernement, et de nous expliquer comment il entend récupérer les milliards de dollars «échappés» par des membres éminents de son cabinet dans la poche d’entrepreneurs véreux, l’essence même du scandale qui a mené à la création de la commission Charbonneau? À moins que la déconstruction actuelle, et le chaos qu’elle crée, ne soit qu’une diversion visant à faire oublier ce scandale.

La centralisation actuelle, parce que c’est bien de ça dont il s’agit, présente aussi le danger de déboucher sur une érosion de la démocratie, par le biais d’une démobilisation de la population. Le gouvernement Couillard calque ainsi le modèle de Stephen Harper, un modèle qui a fonctionné sur la scène fédérale. Il faut dire non à ce modèle.

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Six premiers mois pénibles de régime libéral

15 octobre 2014, 15:25

Par Gilles Gagné

Les six premiers mois de Philippe Couillard à la tête du gouvernement québécois se sont soldés par un échec retentissant en Gaspésie, sur le plan du développement régional.

La seule intervention significative de ce gouvernement depuis le 7 avril touche la cimenterie de Port-Daniel. Elle est survenue le 2 juin et elle consistait en un recyclage, avec quelques ajustements, de l’annonce que le gouvernement précédent avait réalisée le 31 janvier précédent. Elle touchait de plus un projet encore controversé à l’échelle régionale et nationale, notamment sur le plan environnemental, malgré de forts appuis dans la MRC du Rocher-Percé et dans les cercles municipaux et commerciaux.

Il est permis de penser que le gouvernement libéral considère avoir réglé le cas de la Gaspésie pour quatre ans avec la cimenterie, alors que tant de dossiers urgents doivent progresser.

On croirait ce gouvernement en panne totale d’idées, ou aveuglé par les étincelles générées par le chantier de la cimenterie, au point de faire abstraction de questions fondamentales en développement régional, comme la mobilité des personnes et des biens.

La Gaspésie a fait des pas de géants pour freiner la saignée démographique qui l’assaillait durant les années 1990 et le début des années 2000. Ses meneurs socio-économiques, les jeunes surtout, ont retroussé leurs manches il y a 20 ans pour faire de la péninsule, une décennie plus tard, la première région dite éloignée du Québec à afficher un solde migratoire positif chez les 25 à 35 ans.

Pour que cette tendance se poursuive, il faut toutefois doter la région d’outils de base, comme un réseau routier décent, un chemin de fer fiable, des aéroports bien équipés et des quais praticables. En sus de ces infrastructures, on doit retrouver des transporteurs prêts à les utiliser.

Or, rarement depuis 50 ans, la situation de la mobilité des personnes et des biens a semblé aussi précaire en Gaspésie.

En six mois, a-t-on vu un ministre de ce gouvernement venir rassurer la population sur la pérennité du service interurbain par autocar, présentement offert par Orléans Express, filiale de Kéolis? La firme joue des bras depuis qu’elle a signifié à la Commission des transports du Québec son intention d’abandonner les deux tiers de ses services à l’est de Rimouski.

Oui, elle perd de l’argent entre Rimouski et Gaspé, jusqu’à 3,6 M$ l’an passé, si on la croit, mais à travers le Québec, elle a fait de l’argent 11 ans sur 12. S’il faut revoir le modèle, qu’on aille s’asseoir avec Kéolis et qu’on négocie. Il est de plus assez singulier que les centaines de milliers de dollars de revenus venant du transport des colis ne fassent pas partie de l’équation.

En six mois, le gouvernement libéral a laissé moisir la situation du chemin de fer gaspésien, en imitant très bien l’ancienne direction de Via Rail, qui semblait trouver tous les moyens depuis des années pour couper ses services en Gaspésie. Transports Québec retarde l’annonce de financement pour réparer les ponts du tronçon Matapédia-Gaspé, en particulier l’axe Matapédia-New Carlisle, la portion la plus susceptible de générer de bons revenus et de maximiser les retombées économiques.

Le ministre des Transports Robert Poëti et le très discret ministre régional Jean D’Amour ont trouvé toutes sortes d’excuses pour ne pas intervenir dans la réfection du chemin de fer, invoquant le retard dans le dépôt du plan d’action de la Société du chemin de fer de la Gaspésie, l’engagement nécessaire d’Ottawa et l’obligation de soumettre un plan d’affaires.

Pourtant, une moyenne de 13,5 M$ par an a été injectée en 2012 et 2013 dans le rail par les gouvernements libéral et péquiste. On aurait pu comprendre une légère baisse du montant, mais pas un gros zéro. La capacité portante de certains ponts de notre réseau ferroviaire limite présentement le développement de plusieurs entreprises. Est-ce ça, la vision de développement des libéraux?

À quand des tarifs aériens moins chers entre Gaspé et Montréal qu’entre Montréal et Paris? D’autres pays se sont attaqués avec succès à cet enjeu.

L’immobilisme du gouvernement libéral est tel, jusqu’à maintenant, que le ministre Pierre Moreau a tenté de présenter comme une nouvelle positive, les 11 et 12 septembre, un programme d’infrastructures qui se solde par une perte de 7,2 % comparativement au programme antérieur.

En santé et en éducation, il apparaît de plus en plus évident qu’on se dirige vers des centralisations majeures, l’envers de ce dont les régions ont besoin.

S’il fallait donner une note pour caractériser le bulletin de ce gouvernement, elle s’approcherait dangereusement du zéro.

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Québec et Gastem ont tout à perdre

17 septembre 2014, 10:34

Par Gilles Gagné

Même si le processus judiciaire ne s’amorcera pas avant 2015, le village de Ristigouche-Sud-Est a déjà gagné une manche dans la lutte qu’a déclenchée la firme pétrolière Gastem en 2013 contre la communauté de 168 personnes. Cette manche, c’est celle de l’opinion publique.

Toute lutte mettant aux prises des combattants de tailles initialement inégales attire un certain degré d’attention. Celle de Ristigouche-Sud-Est frappe davantage l’imaginaire que la moyenne en ce qu’elle oppose l’une des municipalités les moins populeuses du Québec et le représentant d’une industrie qui a historiquement peu fait pour gagner de la sympathie.

En adoptant en mars 2013, comme des dizaines d’autres municipalités québécoises à l’époque, un règlement pour établir une distance minimale de deux kilomètres entre un forage pétrolier et une source d’eau potable, Ristigouche-Sud-Est a soulevé l’ire de la direction de Gastem, qui prévoyait percer le sol à 100 mètres d’une maison et d’un bras de la rivière Kempt.

Lors du dépôt de son action en justice en juillet 2013, la compagnie a établi que la municipalité lui avait causé des dommages de 1,5 M$. C’est cinq fois et demie le budget du village et un montant susceptible de l’envoyer à la faillite, s’il perd la cause sur toute la ligne.

Le contexte de 2013 était acrimonieux, rappelons-le. La Ville de Gaspé avait sonné la charge pour protéger son eau potable à Haldimand. En décembre 2012, elle avait, dans la mouvance de 70 autres municipalités, adopté un règlement établissant cette fameuse distance de deux kilomètres entre un forage exploratoire et une source.

Il a fallu plus d’un an et demi, et deux gouvernements, pour pondre un règlement québécois situant à 500 mètres la zone de protection.

Dans la lutte entre Gastem et Ristigouche-Sud-Est, deux éléments frappent l’imaginaire. Si la firme voulait forer présentement, le règlement québécois l’empêcherait d’obtenir un permis. De plus, Gastem a vendu ses claims dans le secteur d’Avignon-Ouest à Pétrolia.

En lançant sa campagne de financement pour recueillir 225 000 $ et assurer sa défense contre Gastem, Ristigouche-Sud-Est a éveillé les consciences de milliers de personnes.

Il y a quelque chose d’assez révélateur dans cette campagne, et ce sont les plus petits et les plus grands dons. Une personne requérant l’anonymat a ainsi consacré 10 000 $ à la cause. Mais les petits dons sont aussi déterminants, sinon plus. Des gens versent un dollar, ou 2,30 $, ou 3 $ parfois. Cela veut dire que des enfants, ou des adultes fauchés, considèrent tout de même important d’appuyer le village.

Pour cette raison, parce que l’appui vient de milliers de personnes, et parce que ce mouvement est sur le point de s’étendre bien au-delà des frontières québécoises, il arrivera sans doute un moment où les positions de Gastem et du gouvernement québécois seront intenables.

Gastem, même si elle est loin d’être une multinationale, voit son image corporative passablement écorchée dans le contexte actuel, les compagnies pétrolières n’ayant au départ qu’un très faible capital de sympathie publique.

En refusant, pour le moment du moins, d’appuyer financièrement Ristigouche-Sud-Est dans sa cause en Cour supérieure, le gouvernement québécois se place politiquement en état d’infériorité. Sa majorité à l’Assemblée nationale lui donne de la marge de manœuvre, mais la cause pourrait n’être entendue qu’en 2016.

Ce gouvernement, qui risque d’être fort impopulaire en coupant un peu partout dans les services, n’a et n’aura nullement besoin de montrer une insensibilité vis-à-vis une cause aussi importante que la protection de l’eau. Il serait mieux avisé de tenter de jouer les médiateurs, malgré le doigté que requiert une intervention dans une cause déjà signifiée à un tribunal.

Autre mauvaise nouvelle pour l’État, l’appui à Ristigouche-Sud-Est vient aussi de centrales syndicales, comme le Syndicat des professionnelles et des professionnels du gouvernement du Québec (SPGQ). Son président Richard Perron a exprimé son appui de vive voix au maire François Boulay, le 7 septembre. Aux 5 000 $ du syndicat s’ajouteront des dons individuels de membres, suivant l’invitation de M. Perron.

En expliquant les motifs de son don, le président du SPGQ a servi une leçon de citoyenneté au ministre des Affaires municipales Pierre Moreau en statuant que «tant par ses principes que par ses objectifs et ses méthodes d’action, le SPGQ apporte sa contribution à l’édification d’une communauté humaine solidaire dans le respect de la liberté, de la dignité, de l’égalité, de la justice et de la fraternité».

Le SPGQ, comme d’autres donateurs, n’a aucun bénéfice à retirer de sa contribution à Ristigouche-Sud-Est, où il n’a probablement aucun membre.

À la limite, l’État québécois, en plus de faire preuve de civisme, aurait un intérêt politique à intervenir dans le dossier Gastem. Saura-t-il le voir?

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Un bureau d’information nécessaire

11 août 2014, 13:30

Par Gilles Gagné
Depuis quelques années, les gens ont changé leur façon de voyager et la planification par le biais d’outils comme l’ordinateur, la tablette électronique et le téléphone intelligent prennent une place prépondérante. Ce serait toutefois une erreur de ne plus compter sur l’être humain pour diffuser des renseignements.

Dans cette optique, la sauvegarde du bureau d’information touristique de Pointe-à-la-Croix devrait s’inscrire dans l’échelon supérieur des priorités du secteur touristique du sud de la Gaspésie et, dans une perspective plus large, de toute la péninsule.

Présentement, le bureau d’information de Pointe-à-la-Croix vivote. Le 15 juillet, seulement 13 400 $ des 35 000 $ nécessaires à son ouverture quotidienne jusqu’en octobre étaient dénichés. Bref, la Chambre de commerce de la Baie-des-Chaleurs, qui l’exploite, n’avait assez d’argent que pour en assurer l’exploitation jusqu’à la mi-août, dans un contexte d’ouverture couvrant une période de neuf heures par jour.

Le bureau de Pointe-à-la-Croix a ouvert le 1er juillet. Dans les faits, et considérant la présence de tourisme européen au printemps, c’est deux mois trop tard. Cette ouverture est survenue grâce à des interventions in extremis du député de Bonaventure Sylvain Roy, pour 5 000 $, d’une somme semblable de la MRC d’Avignon et de 3 400 $ versés par Service Canada, pour l’embauche d’un seul étudiant.

Cette situation de sous-financement s’est produite à quelques reprises depuis son ouverture il y a une quinzaine d’années. Cette fois, elle a été déclenchée par une décision de l’ex-ministre délégué au Tourisme, Pascal Bérubé, qui y a retranché une somme de 30 000 $. La coupe budgétaire a été accompagnée du retrait des ordinateurs.

L’achalandage au bureau de Pointe-à-la-Croix est élevé, l’un des trois plus élevés en Gaspésie, même en situation d’horaire tronqué qui le désavantage sur le plan statistique. En 2009, 22 000 personnes s’y sont arrêtées, et 11 500 pendant trois mois et demi en 2013. À titre comparatif, le bureau de l’ATR à Mont-Joli en a reçu 12 500 en 2013, en douze mois !

Situé au coin du boulevard Interprovincial et de la route 132, ce bureau est placé stratégiquement pour recevoir le flot régulier de visiteurs entrant en Gaspésie par le Nouveau-Brunswick. Ces visiteurs ont soit entamé leurs vacances dans les Maritimes, soit pris la route passant par Edmundston et Saint-Quentin, en provenance du centre du Québec ou des États-Unis.

Il est permis de penser qu’une ouverture à raison d’une douzaine d’heures par jour pendant quatre mois, et un horaire d’une dizaine d’heures par jour pendant six semaines, divisées aux extrémités de saison, vaudrait encore près de 20 000 visiteurs à Pointe-à-la-Croix.

Ces visiteurs arrêtent pour plusieurs raisons. Ils voyagent de façon plus traditionnelle, ils ne peuvent trouver ce qu’ils cherchent sur le web ou ils optent pour le « facteur humain ». Ils veulent parler à des gens de la place, pour découvrir des lieux qui ne sont pas touristiques à l’évidence, mais qui valent le déplacement, des petits secrets hors des sentiers battus qu’ils rapporteront comme des trésors dans leurs bagages.

Ce sont ces trésors, généralement communiqués de bouche à oreille, qui font revenir les gens.

Ce sont les bons conseils d’un préposé à l’accueil qui feront découvrir les meilleures tables aux visiteurs. Si on s’appuyait uniquement sur les conseils dénichés sur internet, la plupart des restaurants de la planète seraient uniques!

Considérant la situation frontalière de Pointe-à-la-Croix, il est clair que Tourisme Québec doit revenir sur la décision du ministre Bérubé et doter le bureau d’information de Pointe-à-la-Croix de ressources financières dignes d’en assurer une exploitation respectant le principe du bon accueil sur une plage horaire satisfaisante.

Ça prend à peine quelques dizaines de familles satisfaites pour laisser dans la région des retombées de 30 000 $. Si on prend en considération le fait qu’il y a moyen de satisfaire des milliers de familles, la décision de pourvoir suffisamment les installations de Pointe-à-la-Croix est facile à prendre.

La nécessité de doter ce bureau d’un meilleur financement devrait aussi échoir aux MRC d’Avignon, de Bonaventure et du Rocher-Percé, les autres grands bénéficiaires des services rendus à Pointe-à-la-Croix.

Les touristes viendront quand même, bureau ou pas? C’est le genre de laxisme qui crée des chutes lentes, mais durables d’achalandage, chutes qui sont si difficiles à inverser. C’est le genre d’attitude qu’il faut éviter en tourisme. La stagnation et le déclin ne sont pas des solutions pour la Gaspésie. Il faut monter. Les ressources nécessaires à Pointe-à-la-Croix sont dérisoires si on tient compte des avantages qu’elles procureront.