Quand un « iste » n’attend pas l’autre

16 septembre 2014 376 commentaires

Par Martin Zibeau

Capitaliste, environnementaliste, séparatiste ou fédéraliste, gauchiste, droitiste et centriste, féministe et je-m’en-criste, les « istes » ne manquent pas. Pendant que dans certains pays on travaille à éliminer les castes, ici on semble faire de plus en plus d’efforts pour catégoriser les gens. Puisque la couleur de la peau de « l’autre » n’est plus un critère d’acceptabilité sociale, nous semblons travailler de plus en plus fort pour trouver ce qui nous différencie au lieu de ce qui nous unit. Pourquoi?

Vous avez entendu parler de l’expérience pendant laquelle on augmente la population de rats dans un espace donné. Vient un moment où les rats se mettent à avoir des comportements néfastes ayant un impact négatif sur le « vivre ensemble »… ça vous rappelle quelqu’un?

Mais notre « espace donné » à nous, la planète, est-elle surpeuplée?

Jean Ziegler, ancien rapporteur pour le droit à l’alimentation aux Nations Unies de 2000 à 2008, affirme que la planète a actuellement la capacité de nourrir 12 milliards d’humains (nous sommes 7 milliards à l’heure actuelle). Il dit, et je suis de son avis, que chaque enfant qui meurt de faim aujourd’hui est un enfant assassiné. Malgré cela, certaines personnes continuent d’affirmer que la planète est surpeuplée. En tout cas ici, à 80 000 personnes en Gaspésie, il me semble y avoir encore un brin d’espace. La question de la surpopulation « physique » ne se pose donc pas. Par contre, dans une des analyses de l’étude sur la surpopulation, on affirme que la densité spatiale géographique, le nombre de rats dans un espace donné, est un facteur moins important que la densité sociale sur notre comportement en société. Par densité sociale, on entend « la nécessité pour les membres de la communauté d’interagir avec l’autre. Lorsque les interactions forcées dépassent un certain seuil, les normes sociales se cassent. »(1) Serions-nous présentement en train de jouer avec le feu de la densité sociale?

Notre cohésion sociale, ce qui fait que nous pouvons vivre sainement les uns avec les autres est, je crois, mise à mal par ces interactions forcées. Sans être les uns par-dessus les autres physiquement, nos attaches émotionnelles électronisées (iPhone et compagnie) qui font vibrer le fond de nos pantalons plus qu’ils ne font vibrer nos êtres, ont atteint le seuil de la dépendance. Pour ceux ou celles qui en doutent, posez-vous la question de la dernière fois que vous avez passé une semaine consécutive sans consulter Facebook, Twitter ou même vos courriels. Et si vous répondez qu’il faut bien interagir avec le monde, vous pourriez vous poser la question si « le monde » est une entité électronique disponible 24 heures sur 24 et accessible instantanément à l’aide d’un clic et quelle place un être humain en chair et en os occupe dans celui-ci. Là où je veux en venir, c’est que le fait d’être disponible en tout temps peu importe où l’on se trouve, augmente la densité sociale. Et lorsque cette densité sociale atteint un niveau assez élevé pour casser les normes sociales, une série de comportements malsains s’en suit. Sur les populations de rats testées, « les effets remarquables de ce phénomène comportemental incluent hyper-agressivité, déficience dans l’élevage des jeunes, cannibalisme infantile, augmentation de la mortalité à tous les âges, et habitudes sexuelles anormales. Souvent, la population atteint un pic puis s’effondre. Les maladies physiques, les maladies mentales, et psychosomatiques, les troubles alimentaires augmentent. »(2)

Personnellement, ce qui m’inquiète, ce n’est pas tant la validité sans faille de cette étude, mais le manque de perspective que l’être humain semble avoir présentement. Nous ne manquons pas d’opinions et surtout pas d’outils pour transmettre ces opinions. Toutefois, je me demande si en tant que rats-de-l’expérience il ne nous manquerait pas un œil extérieur au projet qui nous permettrait d’avoir cette perspective afin de pouvoir réajuster le tir. Si la planète sur laquelle nous vivons représente le laboratoire, qui est le chercheur ou la chercheuse qui nous analyse?

Sommes-nous capables de nous auto-analyser? Ce n’est pas par manque d’outils si nous ne pouvons le faire. Notre Histoire est bien documentée et comporte plusieurs lectures venant de divers peuples qui pourraient élargir notre perspective. Pourraient élargir notre perspective… il est peut-être plus là le problème. Avons-nous la volonté même de simplement vouloir « voir » ce qu’il y a à faire?
Sans vision, quelles sont nos chances d’arriver à destination?

(1) & (2) : http://fr.wikipedia.org/wiki/Cloaque_comportemental

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