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S’ORGANISER POUR ARRÊTER DE SE FAIRE ORGANISER

7 novembre 2014, 18:40

Par Martin Zibeau

Tout d’abord. Ce texte s’adresse aux gens qui croient encore qu’il est possible de vivre dans un monde meilleur que celui que la grande majorité de nos politiciens et politiciennes nous proposent.

Le GRAFFICI, comme tous les journaux présentement, a son lot de commentateurs abusifs. Ceux-ci, cachés derrière leur écran d’ordinateur, de la même manière d’ailleurs que les « pilotes » de drones au Moyen-Orient, multiplient les attaques publiquement sans qu’à peu près rien ne puisse être fait. Noam Chomsky a dit « Si nous ne croyons pas à la liberté d’expression pour les personnes que nous méprisons, nous ne croyons pas à la liberté d’expression du tout ». J’adhère à cette idée. Et malgré que les échanges soient ramenés plus souvent qu’autrement vers le bas (à mon avis), tous et toutes ont le droit de s’exprimer. Toutefois, si ceux et celles à qui j’adresse ce texte veulent avancer, il faudra bien un jour passer outre les « ralentisseurs de progrès » qui se qualifient souvent eux-mêmes d’empêcheurs de tourner en rond. Il se trouvera toujours sur certains chemins, des gens pour mettre des bâtons dans les roues. Au lieu de s’obstiner à ralentir sa course à toujours s’arrêter pour enlever ces bâtons, il est temps de changer de route. Malgré l’atmosphère tendue dans la section commentaires du GRAFFICI et ce que cela implique émotionnellement, j’encourage les personnes concernées à continuer leur excellent travail et surtout, je vous encourage vous lecteurs et lectrices de ces commentaires, à prendre la parole et à dénoncer ces abus, mais surtout à vous impliquer dans la recherche et l’application de solutions aux grands problèmes de notre époque. Ce texte est pour vous.

Ça a le mérite d’être clair

Le message que nous entendons constamment est celui de l’austérité, des coupures, que ça va mal, qu’il faut faire notre part, etc. C’est le message de l’équipe de marketing de la classe « dirigeante » rapporté mot pour mot par les médias. Mais il y a, selon moi, une autre dimension à ce discours. C’est une question de perspective. Nous pouvons nous placer dans une position de victime ou, si nous le voulons, dans une position plus saine d’acteur impliqué et conscient.

Si nous décidons de « subir » les conséquences des changements que veulent imposer les équipes présentement en place pour gouverner le Québec autant que le Canada, nous sommes des victimes. Mais nous pouvons aussi prendre un pas de recul et écouter le message que nous envoient ces gens.

« Ces gouvernements ne nous représentent pas. Ils possèdent leur propre pouvoir,
au service de segments de la population qui sont dominants et riches. »
— Noam Chomsky

La classe politique n’est pas au service « du peuple ». Cela n’a jamais été aussi clair. Au contraire, les élites politiques sont de plus en plus condescendantes envers le citoyen moyen. Il est temps de le reconnaître, mais surtout d’agir en conséquence. Pour moi, agir en conséquence, ça veut dire s’organiser pour arrêter de se faire organiser. Tout le monde ne pourra ou ne voudra participer à cet effort. Mais si vous lisez ce texte et que ça vous parle, svp réagissez. L’heure n’est plus au statu quo. Il est évident que si ceux et celles qui peuvent intervenir ne le font pas, rien ne changera et nous pouvons nous attendre au pire. Si vous n’êtes pas à l’aise avec les échanges sur le site du GRAFFICI, vous pouvez me contacter directement à vivreautrementengaspesie@gmail.com

Je ne veux faire peur à personne, mais il faut regarder la situation avec lucidité. Partout à travers le monde la colère gronde et les répressions se font de plus en plus sauvages, autant économiquement que physiquement. Les droits et les libertés des populations qui se croyaient démocratiquement gouvernées sont bafoués. Pour citer Noam Chomsky une dernière fois, « notre seul réel espoir pour la démocratie est de retirer complètement l’argent de la politique et de créer un système d’élection financé publiquement ».

Il existe des solutions et il ne faut pas négliger l’impact que peuvent avoir une dizaine de personnes qui se rassemblent.

« Ne doutez jamais du fait qu’un petit nombre de gens réfléchis et engagés
peuvent changer le monde. En vérité, c’est la seule chose que l’on n’a jamais faite. »
— Margaret Mead

Dans ma petite maison de St-Siméon, pendant que les enfants s’amusent dans la pièce d’à côté, je me demande si je n’exagère pas de penser qu’il est possible pour le monde « ordinaire » d’avoir un réel impact. Puis je pense aux gars et aux filles que je côtoie tous les jours qui sont ceux et celles qui font réellement en sorte que tous mes besoins soient satisfaits. Pourquoi devrions-nous nous rabaisser à vendre nos savoir-faire à rabais à des gens qui ne nous considèrent que comme une autre ressource à exploiter? Nous valons plus que ça, chacun et chacune de nous le savons. Il est temps de le montrer. Organisons-nous, parce que sans ça, il y en a qui sont déjà pas mal sûrs qu’ils peuvent nous organiser à leur façon. Ne nous résignons pas.

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Manger de l’argent

10 octobre 2014, 14:17

Par Martin Zibeau

N’en déplaise à Mme la préfète de la MRC de Rocher Percé, l’article du Journal de Québec qualifiant la Cimenterie McInnis de Port-Daniel de « Poubelle de l’Amérique » représente malheureusement le scénario le plus probable. Je suis loin d’être un ardent défenseur du Journal de Québec, mais dans le cas de cet article, je crois qu’ils ont mis le doigt sur quelque chose d’important.

En tant que société complètement dépendante du pétrole, nous choisissons de fermer les yeux sur bien des problèmes en lien avec cette dépendance. C’est normal. C’est le propre d’une dépendance. Parlez-en aux alcooliques, parlez-en aux toxicomanes, parlez-en même aux gens qui aimeraient bien arrêter de consommer du sucre! Tous les moyens sont bons pour nier le fait que nous soyons dépendants de quoi que ce soit. Et comme toutes dépendances, celle-ci fait souvent beaucoup de dommage avant même que nous prenions conscience de la situation dans laquelle nous nous trouvons. Pour les personnes avec une dépendance à une substance, c’est souvent la famille qui y passe. Dans le cas d’une dépendance planétaire au pétrole, les dommages sont à l’échelle de notre dépendance.

Les « pétroliques » anonymes

Notez s’il vous plaît, que d’aucune façon mon intention ne soit de tomber dans l’ironie ou de diminuer le mouvement des AA (alcooliques anonymes). Au contraire, ce mouvement qui a fait ses preuves pourrait être un des éléments clés de la guérison nécessaire à notre dépendance aux hydrocarbures.

À l’ouverture d’une rencontre des AA, les gens se présentent généralement en se nommant et en ajoutant « je suis alcoolique ». Reconnaître le problème est le premier pas vers une amélioration de la situation. De la même manière que l’alcool utilisé avec modération peut avoir des effets bénéfiques sur la vie d’une personne, ainsi en est-il du pétrole. C’est lorsqu’une saine vie sans l’objet de notre dépendance est impossible qu’il y a problème; et c’est le cas présentement de l’humanité face aux hydrocarbures et plus spécifiquement pour les Canadiens et les Canadiennes.

Pelleter sa neige dans la cour du voisin ou l’avarice inconsciente

L’Ouest canadien et les États-Unis ont eu la « chance » de s’opposer en premier à la sortie du pétrole sale de l’Alberta par leur territoire. Tous les regards se sont alors posés sur l’Est; sur nous. Toute opposition de notre part sera donc perçue comme un affront majeur au développement économique planétaire (si on en croit l’industrie des sables bitumineux). Même s’il faut prendre cette affirmation avec des pincettes, il n’en reste pas moins que les enjeux financiers liés aux sables bitumineux sont majeurs.

Réaliser l’ampleur de la situation n’est pas une partie de plaisir, c’est certain! Mais ne pas vouloir prendre conscience de celle-ci relève carrément du suicide collectif. Ce type de prise de conscience fait aujourd’hui partie du quotidien de bien des humains sur Terre. Et oui, ça vient avec son lot de psychoses et autres maladies mentales modernes. Il faut faire face à tout cela. Il faut vivre avec tout cela. Là où certaines personnes développent des psychoses parce qu’elles ne peuvent s’adapter aux changements majeurs auxquels nous devons faire face aujourd’hui, d’autres y naissent.

J’ai eu la chance cette semaine de rencontrer de ces jeunes personnes et laissez-moi vous dire que si certains d’entre nous « les vieux » n’avons pas encore pris conscience de l’immensité de la situation, ces jeunes, sans exception, sont tout à fait conscients de l’ampleur de la situation. Certains n’ont peut-être pas encore tout le vocabulaire nécessaire à l’expression de leurs sentiments profonds face à la situation, mais croyez-moi, ils savent très bien que quelque chose ne va pas. Ce qu’ils ne voient pas clairement, ou comme le fils ou la fille d’un agresseur, ce qu’ils décident de ne pas voir, c’est que ce sont leurs propres parents qui sont en train de pelleter un beau tas de marde dans la cour de leur futur. Et nous, les parents, comme c’est souvent le cas, trouvons toujours une justification à nos actes. « Un peu de pollution n’a jamais fait de mal à personne », « si on veut de la croissance, il y aura forcément des conséquences », « si ce n’est pas nous, ce sera les Chinois… »

Trouverons-nous la façon de relever l’immense défi auquel nous faisons présentement face?
Si ce « Nous » ne représente que les vieux de 45 ans et plus, la réponse est non! « On ne peut résoudre un problème avec le même type de pensée que celle qui l’a créée », aurait dit Einstein. Saurons-nous, les vieux, utiliser le peu de sagesse qu’il nous reste pour faire face à ces jeunes, « nos » jeunes, chez qui nous pelletons nos problèmes, et prendre le temps d’entendre ce qu’ils ont à nous dire?

Il me semble que nous n’ayons pas à attendre d’avoir coupé le dernier arbre, pollué le dernier ruisseau ou pêché le dernier poisson pour nous apercevoir que l’argent ne se mange pas.

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Quand un « iste » n’attend pas l’autre

16 septembre 2014, 15:31

Par Martin Zibeau

Capitaliste, environnementaliste, séparatiste ou fédéraliste, gauchiste, droitiste et centriste, féministe et je-m’en-criste, les « istes » ne manquent pas. Pendant que dans certains pays on travaille à éliminer les castes, ici on semble faire de plus en plus d’efforts pour catégoriser les gens. Puisque la couleur de la peau de « l’autre » n’est plus un critère d’acceptabilité sociale, nous semblons travailler de plus en plus fort pour trouver ce qui nous différencie au lieu de ce qui nous unit. Pourquoi?

Vous avez entendu parler de l’expérience pendant laquelle on augmente la population de rats dans un espace donné. Vient un moment où les rats se mettent à avoir des comportements néfastes ayant un impact négatif sur le « vivre ensemble »… ça vous rappelle quelqu’un?

Mais notre « espace donné » à nous, la planète, est-elle surpeuplée?

Jean Ziegler, ancien rapporteur pour le droit à l’alimentation aux Nations Unies de 2000 à 2008, affirme que la planète a actuellement la capacité de nourrir 12 milliards d’humains (nous sommes 7 milliards à l’heure actuelle). Il dit, et je suis de son avis, que chaque enfant qui meurt de faim aujourd’hui est un enfant assassiné. Malgré cela, certaines personnes continuent d’affirmer que la planète est surpeuplée. En tout cas ici, à 80 000 personnes en Gaspésie, il me semble y avoir encore un brin d’espace. La question de la surpopulation « physique » ne se pose donc pas. Par contre, dans une des analyses de l’étude sur la surpopulation, on affirme que la densité spatiale géographique, le nombre de rats dans un espace donné, est un facteur moins important que la densité sociale sur notre comportement en société. Par densité sociale, on entend « la nécessité pour les membres de la communauté d’interagir avec l’autre. Lorsque les interactions forcées dépassent un certain seuil, les normes sociales se cassent. »(1) Serions-nous présentement en train de jouer avec le feu de la densité sociale?

Notre cohésion sociale, ce qui fait que nous pouvons vivre sainement les uns avec les autres est, je crois, mise à mal par ces interactions forcées. Sans être les uns par-dessus les autres physiquement, nos attaches émotionnelles électronisées (iPhone et compagnie) qui font vibrer le fond de nos pantalons plus qu’ils ne font vibrer nos êtres, ont atteint le seuil de la dépendance. Pour ceux ou celles qui en doutent, posez-vous la question de la dernière fois que vous avez passé une semaine consécutive sans consulter Facebook, Twitter ou même vos courriels. Et si vous répondez qu’il faut bien interagir avec le monde, vous pourriez vous poser la question si « le monde » est une entité électronique disponible 24 heures sur 24 et accessible instantanément à l’aide d’un clic et quelle place un être humain en chair et en os occupe dans celui-ci. Là où je veux en venir, c’est que le fait d’être disponible en tout temps peu importe où l’on se trouve, augmente la densité sociale. Et lorsque cette densité sociale atteint un niveau assez élevé pour casser les normes sociales, une série de comportements malsains s’en suit. Sur les populations de rats testées, « les effets remarquables de ce phénomène comportemental incluent hyper-agressivité, déficience dans l’élevage des jeunes, cannibalisme infantile, augmentation de la mortalité à tous les âges, et habitudes sexuelles anormales. Souvent, la population atteint un pic puis s’effondre. Les maladies physiques, les maladies mentales, et psychosomatiques, les troubles alimentaires augmentent. »(2)

Personnellement, ce qui m’inquiète, ce n’est pas tant la validité sans faille de cette étude, mais le manque de perspective que l’être humain semble avoir présentement. Nous ne manquons pas d’opinions et surtout pas d’outils pour transmettre ces opinions. Toutefois, je me demande si en tant que rats-de-l’expérience il ne nous manquerait pas un œil extérieur au projet qui nous permettrait d’avoir cette perspective afin de pouvoir réajuster le tir. Si la planète sur laquelle nous vivons représente le laboratoire, qui est le chercheur ou la chercheuse qui nous analyse?

Sommes-nous capables de nous auto-analyser? Ce n’est pas par manque d’outils si nous ne pouvons le faire. Notre Histoire est bien documentée et comporte plusieurs lectures venant de divers peuples qui pourraient élargir notre perspective. Pourraient élargir notre perspective… il est peut-être plus là le problème. Avons-nous la volonté même de simplement vouloir « voir » ce qu’il y a à faire?
Sans vision, quelles sont nos chances d’arriver à destination?

(1) & (2) : http://fr.wikipedia.org/wiki/Cloaque_comportemental

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Mon enfant de huit ans travaille 10 heures par jour pour que je puisse maintenir mon niveau de vie

25 août 2014, 14:02

Par Martin Zibeau

Choisir de vivre autrement, c’est aussi choisir de voir autrement. On me demande de plus en plus souvent pourquoi je m’acharne à voir le négatif. Il y a tellement de belles choses dans le monde, pourquoi ne pas me concentrer sur ce qu’il y a de positif?

Laissez-moi vous présenter la chose autrement; comment vous sentiriez-vous et jusqu’où seriez-vous prêt à aller, quels gestes seriez-vous prêt à poser si c’était votre enfant ou petit-enfant qui était obligé de travailler 8 h ou 10 h par jour?

Au Canada, ce type de préoccupation nous effleure à peine l’esprit. Comme c’est souvent le cas, nous croyons que tout va pour le mieux dans le meilleur des mondes. Pourtant, je trouve perturbant de savoir que le Canada est un des seulement 27 pays n’ayant pas approuvé de manière officielle la convention no.138 de l’organisation internationale du travail sur l’âge minimum d’admission à l’emploi et au travail. Le Canada joint ainsi les rangs de pays comme l’Iran, l’Inde, le Mexique et le Myanmar qui ne sont pas des enfants de choeur dans le domaine de l’exploitation des enfants. En Colombie-Britannique, vous pouvez travailler si vous avez 12 ans. Service Canada indique clairement que les enfants âgés de 12 ans et plus peuvent faire leur propre demande de NAS (numéro d’assurance sociale). Pendant que la plupart des pays dans le monde travaillent à augmenter l’âge légal pour travailler, ici au Canada on le réduit!

Ce qu’on ne voit pas ça ne fait pas mal

Il y a quelques années, on pouvait s’en sortir en clamant l’ignorance. Aujourd’hui, c’est plus difficile. Le temps, ou le manque de, a pris la relève. Si ce qu’on ne savait pas nous empêchait jadis d’agir, aujourd’hui le manque de temps nous sert à merveille. Les « trop occupé », « pas l’temps » et autres « pas assez d’heures dans une journée » sont autant de tournures de phrase ou de tourneurs de réalité que nous avons adoptés au quotidien. Et je vous épargne la variante qui « blâme » nos enfants pour notre manque de temps.

S’il est vrai que nous sommes occupé(es), c’est faux d’affirmer que c’est parce qu’on manque de temps. Personnellement, je blâmerais plutôt le manque de jugement ou l’incapacité que nous avons à prendre une pause pour réfléchir à l’action la plus efficace pour une situation donnée.

Mais revenons à nos moutons. Aujourd’hui, en 2014, nous savons que plus de 215 millions d’enfants à travers le monde sont forcés de travailler, ce qui équivaut à plus d’un enfant sur six sur la planète. Nous savons que certains produits de consommation futiles, utiles ou d’alimentation, parviennent jusqu’à nous teintés de la sueur d’enfants ou d’adultes exploités. Mais le fait de savoir n’est pas suffisant, puisque nous continuons à consommer ces produits. Nous choisissons individuellement, chacun et chacune de nous de regarder ailleurs. Pour certaines personnes, ce sera de voir la beauté du monde au plus grand nombre d’endroits possibles. Pour d’autres, ce sera la méditation et le travail sur soi qui détourneront leur regard.

Entendez-moi bien! Je ne suis absolument pas en train de critiquer ceux et celles qui voient le positif où il est, et certainement pas le fait de travailler sur soi. Par contre, je dois avouer que le défenseur des droits de la personne qui fait son yoga dans un kit provenant d’un sweatshop acheté à rabais dans une grande chaîne me laisse perplexe. J’appelle ça le syndrome du bac bleu; plus le bac de recyclage est plein, plus on a bonne conscience. Avoir bonne conscience lorsque celle-ci repose sur des actions équilibrées entre l’altruisme et l’égoïsme, entre l’autre et moi, lorsque cette bonne conscience est réelle au lieu de virtuelle c’est une chose. C’est la différence entre avoir bonne conscience et se donner bonne conscience. Petite nuance importante. Aussi importante que la différence entre un enfant en santé et en sécurité qui est le mien et un enfant exploité qui n’est pas le mien.

N’allez pas vous jeter en bas du pont tout de suite

Jongler avec ces idées n’est pas agréable. Mais à long terme, je suis pas mal certain que c’est moins dommageable que de toujours balayer la poussière sous le tapis.

La prochaine fois que vous serez devant une situation d’incertitude face à un produit, prenez le temps. Arrêtez-vous quelques minutes et demandez-vous comment il s’est rendu jusque sur la tablette du magasin où vous vous trouvez. Si vous n’êtes pas certain ou certaine, renseignez-vous. Une fois renseigné sur un produit ou une marque ça devient plus facile de magasiner par la suite. C’est la première fois qui est difficile. Et si vous ne croyez pas que le jeu en vaut la chandelle, prenez deux secondes pour vous fermer les yeux et imaginer votre neveu ou votre petite fille en train de suer dans un entrepôt pour vous permettre d’acheter ce produit au cinquième du prix s’il était produit dans des conditions décentes.

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« Les vraies affaires »

4 juin 2014, 14:24

Par Martin Zibeau

Au début de ma réflexion pour ce texte, j’avais l’intention de me concentrer sur Philippe Couillard notre nouveau premier ministre. Mais son parcours atypique le place dans une catégorie « très à part » qui a peu de liens avec « le vrai monde » (sur une population de 8 millions d’habitants au Québec, 70 sont neurochirurgiens). Ce n’est pas pour discréditer la profession, mais lorsqu’on parle d’une vision du monde et que notre monde est celui de la médecine spécialisée depuis 1985, au jour le jour se crée forcément une certaine distance d’avec le peuple.

Alors, laissons M. Couillard de côté, un peu comme il le fait avec nous de toute façon, et concentrons-nous sur NOUS.

Capital naturel vs capital financier

« Économie » et « Finance » sont des termes que nous avons pris l’habitude d’interchanger librement. Comme pour bien d’autres concepts, nous choisissons de ne pas trop nous attarder à la justesse de notre vocabulaire. Étant un ardent défenseur de la langue française, j’essaie quand même de porter une attention particulière aux mots que je choisis afin qu’ils se rapprochent au maximum de la réalité de laquelle je veux parler. La financiarisation de la vie me pose donc un problème particulier. Une « ressource » humaine devient vite un chiffre dans une colonne comptable et le « capital » naturel d’un lieu donné sur lequel on peut mettre un prix, devient plus vite « achetable » qu’un bien commun.

Ces concepts pas toujours très concrets, on nous les sert allègrement dans tous les médias qui rapportent, souvent par souci d’éthique journalistique, mot à mot les paroles de nos économistes spécialistes et autres politiciens qui auront préalablement consulté des experts en relations publiques, bien entendu. Ce qui se rend jusqu’à nous apparemment sans filtre a bien au contraire été minutieusement calculé afin d’atteindre un but précis.

Comment se démêler là-dedans

Les Cris ont un proverbe qui met tout ça en perspective : « Quand le dernier arbre aura été abattu, la dernière rivière empoisonnée et le dernier poisson pêché, alors l’homme s’apercevra que l’argent ne se mange pas ».

Oui des jobs, mais à quel prix? À quel moment un emploi devient-il moins payant que l’argent qu’il rapporte? Pour pouvoir répondre à ces questions, il faut avoir pris le temps de réfléchir à ce qui compose l’essence même de notre existence. Toutefois, dans ce domaine de réflexion « on part avec deux prises ». C’est-à-dire qu’avec une éducation axée sur un modèle capitaliste néo-libéral, il est difficile de voir autour de nous autre chose que des signes de dollar. Le langage universel du Québec est le dollar, loin devant le français. Tout y est traduit en dollars. L’argent, c’est le nerf de la guerre. Le temps c’est de l’argent. Et l’argent n’a pas d’odeur, peu importe d’où il vient, l’argent c’est de l’argent. Tant que nous porterons des lunettes fumées à l’argent, nous ne pourrons voir le monde autrement.

Sommes-nous vraiment assez bêtes pour attendre qu’il soit trop tard?

Certaines personnes croient que oui, et pour vous dire la vérité, certains jours je le crois aussi. Je n’en reviens tout simplement pas de constater à quel point l’être humain n’apprend pas de ses propres erreurs. En 2014, au Québec, ne pas se rendre compte ou choisir de ne pas prendre en considération tous les impacts négatifs potentiels et réels d’un développement d’une filière des hydrocarbures, en plus de vouloir implanter une cimenterie dans une des rares régions encore relativement saines de la planète, relève d’une inconscience extrême. Faudra-t-il vraiment attendre de se retrouver devant une assiette vide ou un verre d’eau impropre à la consommation pour nous rendre compte que tout l’argent du monde ne pourra plus nourrir nos familles?

Ce ne sont pas les politiciens qui nous aideront

Comme si c’était possible, de plus en plus de politiciens ne font pas la différence entre le service public et l’entreprise privée. Être politicien n’est plus qu’une stratégie comme une autre pour atteindre les objectifs auxquels s’attendent les actionnaires.
Dans cette perspective, la seule réelle responsabilité du bon fonctionnement de notre société nous revient de plus en plus personnellement. Il est grand temps d’arrêter de se mettre la tête dans le sable, de regarder à gauche quand ça va mal à droite ou de se faire accroire à nous-mêmes que tout va présentement pour le mieux dans le meilleur des mondes.
Tout ne va pas pour le mieux dans le meilleur des mondes et la seule personne à blâmer est en train de lire ce texte. Pas le fun à entendre? Too bad! Faudra bien se le dire un jour, et surtout l’accepter. Tant que MOI je ne ferai pas d’efforts pour me renseigner, m’outiller et agir concrètement, alors rien ne changera. Encore moins l’fun à entendre, c’est que ces efforts que nous devrons fournir pour nous sortir de la merde dans laquelle nous nous sommes foutus n’iront pas en diminuant avec le temps. Plus on attend en se donnant bonne conscience à remplir nos bacs de recyclage sans réfléchir, plus ce sera difficile.

Vous ne savez pas par où commencer. Pas grave! Commencez où vous pouvez, où vous le sentez. Engagez-vous à poser une petite action que vous remettez à plus tard depuis si longtemps. Plantez un rang de carottes, allez ramasser le verre de styromousse qui traîne dans le fossé pis qui vous énerve depuis deux semaines, prenez la journée de vacance que vous n’osez pas prendre juste parce que vous n’osez pas. Aucun ou aucune d’entre nous ne changera le monde à lui ou à elle seule. Il faut sérieusement arrêter d’avoir les deux pieds dans le ciment et faire chacun et chacune les petits pas que nous pouvons faire, dans la mesure de nos moyens. Il faut juste arrêter de remettre à demain toutes ces petites actions qui prisent une à la fois ne sont pas si pire dans le fond.
Alors, quelle sera votre petite action concrète cette semaine?