Par Joanie Robichaud, blogueuse citoyenne
Le journalisme en région est-il snobé? Cette question, posée par Mickaël Bergeron, juste ici, fait réfléchir. Surtout parce qu’une amie à moi a vécu une situation semblable dernièrement. Beaucoup d’expériences en région, très peu à Montréal. Résultat? Son expertise était remise en cause, voire dévalorisée. Si les préjugés existent toujours entre les régions et les grands centres, ceux-ci ne devraient pourtant pas influencer les possibilités d’emploi. Facile de comprendre pourquoi les jeunes diplômés en journalisme semblent plus réticents à aller travailler loin de Montréal.
Dans un domaine comme le journalisme, travailler en région est parfois considéré comme une étape, une façon de commencer avant d’arriver dans la cour des grands, dans les grandes villes. D’ailleurs, plusieurs journalistes commencent véritablement en région, afin d’apprendre les rudiments du métier. Et ils migrent ensuite vers la région métropolitaine. De ce fait, pourquoi cette expérience ne devrait-elle pas être équivalente à celle vécue à Montréal?
Sonia Landry, diplômée du baccalauréat en journalisme de l’Université du Québec à Montréal, explique ce qu’elle a appris en travaillant en région. «Quand j’étais étudiante à Montréal, on disait à la blague que ceux qui se trouvaient des stages plus «prestigieux» comme à Radio-Canada ou à TVA allaient servir du café à Christiane Charette et compagnie. Moi j’ai passé un été complet à CIEU FM, à Carleton-sur-Mer. Je rédigeais, corrigeais, couvrais des événements dans tous les domaines; interviewais Nathalie Normadeau et tous les politiciens importants en tournée dans les régions; je faisais la lecture du bulletin de nouvelles en direct et on me faisait suffisamment confiance pour me laisser parfois décider des nouvelles du jour. À mon retour à l’école, je me suis rendue compte que j’avais beaucoup plus d’assurance.» Par la suite, elle a été engagée par la station de radio, lui donnant ainsi la chance de revenir travailler en région.
Ainsi, le travail en région est d’autant plus complet qu’il demande une maîtrise de plusieurs domaines. En gros, on touche à tout. Et on nous donne la chance de le faire. On nous fait confiance. Pourquoi les régions sont-elles autant snobées? Certes, y vivre n’est pas fait pour tout le monde. Toutefois, respecter ceux qui choisissent de le faire devrait être la moindre des choses.
De toute façon, depuis quand des emplois en régions devraient-ils être moins importants que des emplois dans une grande ville? Les milieux de travail sont assurément différents; les tâches, toutefois, demeurent les mêmes. Qu’y a-t-il en région qui est si impossible à comprendre pour les gens des grands centres? Un peu plus de tranquillité ne signifie pas nécessairement une vie moins mouvementée avec des enjeux parfois plus importants qu’ils en ont l’air.
Le Plan Nord, le gaz de schiste, l’exploitation pétrolière et les hydrocarbures, ces dossiers se passent-ils dans une grande ville? Les enjeux qui les entourent sont d’autant plus complexes qu’ils demandent une grande connaissance du territoire et de plusieurs domaines différents (environnement, économie, politique, etc.) Mépriser des gens parce qu’ils ont choisi de ne pas exercer leur profession dans une grande ville est un manque de respect.
S’il n’y a pas de sots métiers, ne devrait-il pas y avoir de discrimination quant à l’endroit choisi pour travailler?
3 commentaires
La concentration de la presse est sûrement responsable de cette situation désolante. Les médias des grands centres nous renvoient leur propre vision des régions. Remarquer que le phénomène se régionalise également. Les hebdos régionaux gaspésiens appartenant à un certain groupe de presse publient depuis un certain temps, une version locale édulcorée accompagnée d’une édition régionale beaucoup plus consistante. Cette façon de faire favorise une homogénéité de la nouvelle.
Effectivement, je partage votre opinion là-dessus: le milieu des médias n’est pas le seul à agir ainsi. Dommage, par contre, que les médias tentent à encourager cette méconnaissance!
Merci du commentaire
Excellent.
Et évidemment, comme plusieurs m’ont dit depuis hier, ce n’est pas que dans le milieu des médias. Et on pourrait ajouter à ça la montréalisation des médias et la méconnaissance générale des Québécois du Québec. Tout ça est relié.