Les éducatrices, les étudiants : même combat
16 février 2012, 8:11Par Joanie Robichaud, blogueuse citoyenne
D’un côté, les éducateurs et les éducatrices à la petite enfance militent. Pas des «gardiens et des gardiennes» d’enfants. Parce qu’ils font plus que ça. Ils éduquent, ils stimulent, ils encouragent, ils soutiennent, ils aiment nos enfants. Tous les jours. Et pas pour un gros salaire. Le métier d’éducateur ou éducatrice est un métier de cœur, pas un métier de riche. Mais un métier où les récompenses proviennent des regards dans les yeux des enfants qui aiment d’amour leur éducateur ou leur éducatrice. Ces derniers demandent de meilleures conditions de travail et un meilleur salaire. À lire à ce sujet l’excellente chronique de Stéphane Laporte.
De l’autre côté, les étudiants protestent. Le dernier budget libéral annonçait une hausse des frais de scolarité. Si le dégel a timidement commencé à se faire sentir sur les factures, il sera encore plus visible à partir de l’automne 2012, où 325 $ se rajouteront chaque session jusqu’en 2016. Au Cégep de la Gaspésie et des Îles, une grève se profile à l’horizon, comme le rapportait GRAFFICI.CA dernièrement. Les étudiants en provenance des régions éloignées où il n’y a pas d’enseignement supérieur* dispensé auront plus de difficulté à subvenir à leur besoin, résume le président de l’association du Cégep. À lire à ce sujet l’excellente chronique de Rima Elkouri.
Le point commun entre les deux batailles : une population désintéressée qui n’embarque pas dans les mouvements. Une population qui semble plus préoccupée par ses petits problèmes quotidiens plutôt que d’être solidaire. Est-elle à blâmer? Une nouvelle tendance à l’individualisme est-elle en train de prendre le dessus sur l’esprit collectif des Québécois?
En y repensant, c’est grâce à des gens qui se sont levés pour dénoncer des situations que le Québec est devenu la société d’aujourd’hui. On admirait les levées de foule dans les pays arabes, au printemps dernier. On suit des développements au Sénégal. Serait-on un peu peureux? Aurait-on peur de sortir dans la rue pour dénoncer ce qu’on considère, ici, comme une mauvaise vision de notre société?
Certes, les deux combats diffèrent, mais se rejoignent sur un point : l’avenir de nos jeunes, de la future génération. Leur éducation, que ce soit dans les premières années de leur vie où à la fin de leurs études, devrait-elle être une priorité? En tant que société, quelles valeurs voulons-nous leur laisser? Beaucoup de questions, beaucoup de débats… Si l’un semble se régler, à quel point l’autre sera illimité?
* Les Cégeps ne sont pas considérés comme de l’enseignement supérieur. Ainsi, lorsque le coût d’un tel enseignement est comparé entre les provinces canadiennes, le Québec a un taux très bas, mais qui ne tient pas en compte les deux années de Cégep nécessaires avant l’accès à l’université où plusieurs étudiants commencent déjà à s’endetter lorsqu’il n’y a pas le programme offert dans un campus près de chez soi.
Une décision à contre-courant
9 février 2012, 16:09Par Joanie Robichaud, blogueuse citoyenne
Mon billet de la semaine dernière s’intitulait « Ces régions qui attirent » et je terminais avec ceci : « La déconcentration n’est peut-être plus suffisante. Les chiffres le démontrent, les gens reviennent. Et tôt ou tard, ils voudront continuer de bâtir ce qu’ils ont commencé en ayant les ressources nécessaires. »
Hydro-Québec a une drôle de façon de répondre à cet appel des régions. En effet, après les ressources humaines, d’autres emplois ont été supprimés sur le territoire de la Gaspésie. Dernièrement, Radio-Canada rapportait que le poste de directeur régional à Matapédia a aussi été modifié. La direction des régions du Bas-Saint-Laurent, de la Gaspésie et des Îles-de-la-Madeleine se fait désormais à partir de Québec, à 700 km de l’endroit (en passant par le côté nord de la péninsule).
Dommage pourtant, car un emploi pour Hydro-Québec signifie souvent un bon salaire et ce dernier augmente nécessairement la consommation, donc l’économie locale et tout le reste. Un des objectifs de la stratégie pour assurer l’occupation et la vitalité des territoires du ministère des Affaires municipales, des Régions et de l’Occupation du territoire (MAMROT) est de décentraliser davantage les emplois. Tout le contraire de ce que fait Hydro-Québec. En théorie, le gouvernement semble comprendre la nécessité de la décentralisation. En pratique, par contre, il en est tout autre. Hydro-Québec n’est-elle pas une société d’État? N’est-ce pas René Lévesque, un Gaspésien, qui a grandement contribué à nationaliser l’électricité au Québec? Drôle de façon d’honorer sa mémoire que de priver les régions d’emplois de ce genre. La Gaspésie et tout l’Est-du-Québec sont touchés par cette restructuration.
D’ailleurs, les représentants politiques régionaux semblent être en accord sur le sujet. Il y a de quoi s’indigner, quand on sait que l’électricité est majoritairement produite en régions. Priver les régions d’emplois pour une compagnie comme Hydro-Québec, ne reviendrait-il pas à encourager l’exode?
On le sait, les régions sont importantes pour les partis politiques. Dans le cas d’éventuelles élections, quelles seront les positions des différents partis sur le sujet? Comment les Libéraux se défendront-ils de ne pas appliquer leur propre stratégie? Comment le Parti québécois réagira-t-il? Quelles promesses seront faites aux gens de l’Est-du-Québec, mais surtout lesquelles seront respectées?
La centralisation faite par Hydro-Québec s’ajoute à une longue liste de sujets qui préoccupent déjà les régions. Avec le chemin de fer qui est toujours arrêté pour une période indéterminée, l’avenir de la Gaspésie est plus que jamais au coeur des débats.
Ces régions éloignées qui attirent
2 février 2012, 8:03Par Joanie Robichaud, blogueuse citoyenne
Avec un solde migratoire positif* en 2010-2011, les Gaspésiens et Madelinots ont de quoi être fiers. Lentement, mais sûrement, la région réussit à garder ses habitants et à attirer les jeunes, de plus en plus nombreux à revenir s’y établir. Et c’est tant mieux.
En fait, non seulement la Gaspésie affiche un solde migratoire positif, mais la plupart des régions éloignées des grands centres aussi. Seuls le Bas-Saint-Laurent (-28) et le Nord-du-Québec (-154) sont dans le négatif, mais s’améliorent. La nouvelle est d’autant plus significative que toutes ces régions avaient un très gros solde migratoire négatif il y a cinq ans**. Globalement, plus de personnes se sont installées dans les régions dites éloignées, plutôt que de les quitter. Il semble que tous les efforts déployés aient finalement mené à quelque chose.
Pour ce qui est de la Gaspésie, il semble que les jeunes soient plus enclins à revenir s’y établir à la suite de leurs études. Le solde migratoire négatif des 18 à 24 ans n’est pas nécessairement péjoratif. Il est évident que la région ne peut pas offrir toutes les formations scolaires. Partir devient donc nécessaire pour être formé, à moins de suivre une formation technique qui se donne sur le territoire (quoique la plupart partent quand même). D’un autre côté, de ces 306 jeunes qui sont partis en 2010-2011, une grande majorité l’a probablement fait pour les études. La population est de plus en plus éduquée et la région en profite grandement. Il faut croire qu’il n’y a pas que de mauvais côtés à partir.
Après deux années consécutives avec un solde migratoire positif, la Gaspésie et les Îles de la Madeleine sont tranquillement en train de renverser la vapeur. Si la tendance se maintient, le retour dans les régions éloignées des grands centres continuera. Le Québec ne pourra jamais revenir en arrière. La majorité des emplois se trouvent et resteront toujours dans les grands centres. Toutefois, peut-être est-il est possible de décentraliser un petit peu plus afin de permettre aux régions de prendre le contrôle de leur territoire? La déconcentration*** n’est peut-être plus suffisante. Les chiffres le démontrent, les gens reviennent. Et tôt ou tard, ils voudront continuer de bâtir ce qu’ils ont commencé en ayant les ressources nécessaires.
Toutes les données utilisées pour ce billet proviennent du site de l’Institut de la Statistique du Québec.
* Un solde migratoire positif signifie qu’il y a plus de gens qui sont venus s’établir dans la région plutôt que de la quitter. Ainsi, pour l’année 2010-2011, la Gaspésie et les Îles de la Madeleine ont accueilli 2 361 personnes alors que 2 262 sont parties. Le solde migratoire est donc positif de 99 personnes.
** Pour l’année 2006-2007, les soldes migratoires étaient les suivants : Abitibi-Témiscamingue (-166), Gaspésie-Îles-de-la-Madeleine (-202), Nord-du-Québec (-253), Bas-Saint-Laurent (-343), Côte-Nord (-689) et Saguenay-Lac-Saint-Jean (-955).
*** En résumé, la déconcentration des services signifie de créer des instances locales afin de représenter le gouvernement, alors que la décentralisation est de donner plus de pouvoirs aux élus locaux afin qu’ils puissent eux-mêmes prendre les décisions et avoir les budgets nécessaires à la création de nouveaux projets.
Revenir d’exil comporte des risques
26 janvier 2012, 14:39Par Joanie Robichaud, blogueuse citoyenne
« J’ai roulé 4000 milles, sous un ciel fâché.
Aux limites de la ville, mon cœur a clenché.
Les gros flashes apparaissent dans mon âme égarée.
Les fantômes se dressent à chaque pouce carré.
Revenir d’exil comporte des risques.
Comme rentrer une aiguille dans un vieux disque. »
— Richard Desjardins
Revenir d’exil n’est pas une mince affaire. La décision est importante. Il faut sacrifier les opportunités qu’offrent les centres urbains. Il faut choisir ses priorités. Revenir d’exil comporte des risques. L’endroit qu’on a quitté n’est jamais tout à fait identique lorsqu’on revient. Il faut accepter les changements survenus au fil des ans. Accepter que notre souvenir ne soit plus conforme à la réalité. Revenir d’exil demande beaucoup de courage.
Revenir (ou venir) en Gaspésie est de plus en plus populaire chez les jeunes diplômés. Après dix ans avec un solde migratoire négatif, la Gaspésie commence à rajeunir. Des jeunes décident de revenir d’exil, pour toutes sortes de raisons. Partir est parfois un mal nécessaire. Il permet d’ouvrir ses horizons, d’apprivoiser l’autre, mais surtout réaliser la chance d’être née dans une si belle région. Le sentiment d’appartenance est fort chez les Gaspésiens. S’il y a une chose dont mes collègues de classe se souviendront à mon sujet, c’est mon amour pour ma région.
Revenir d’exil demande parfois des compromis, surtout lorsqu’on n’est plus seule à prendre la décision. Il faut parfois accepter de faire des concessions, pour se rapprocher davantage de l’objectif désiré. Arriver à la croisée des chemins permet de faire le point sur l’exil en question. La route paraît toujours plus agréable vers la fin, alors que la possibilité de partir se pointe à l’horizon. On se met à penser aux petites choses du quotidien qui nous manqueront. Si Montréal correspond aux antipodes de l’endroit où j’aspire à vivre, elle m’a certainement appris beaucoup.
L’exil aura été difficile. Chaque situation est particulière. La mienne voulait que ma famille et mes amis soient partout dans la province… sauf à Montréal! Rien pour aider à la cause. Pour d’autres, Montréal est une libération. Une façon de pouvoir mener sa vie comme on l’entend. Il est vrai que l’anonymat est davantage permis à Montréal qu’en Gaspésie.
Si tout va bien, mon carnet d’exil comportera beaucoup moins de kilomètres dans quelques mois. Croisons les doigts.
Des valeurs paradoxales
19 janvier 2012, 8:17Par Joanie Robichaud, blogueuse citoyenne
Lundi soir, il fait très mauvais. Le vent souffle, il fait froid et les rues de Montréal sont remplies de neige. La première vraie tempête de l’hiver fait rager les automobilistes, surtout lorsque vient le temps de déneiger l’île. Un vrai cauchemar. On a beau pousser, pelleter, rien n’y fait. La voiture est embourbée et la glace qui se cache sous la neige n’aide en rien. Après plusieurs tentatives pour sortir la voiture de son piège, un inconnu apparaît et nous offre son aide. Après un peu de patience et les bons outils, la voiture s’est finalement délogée.
Mercredi matin, le soleil brille. La veille, la tempête a encore une fois frappé Montréal avant de se déplacer vers l’Est. Les trottoirs sont glacés, résultat de la pluie verglaçante qui est tombée durant la nuit. Piétonne que je suis, j’avance prudemment. Malgré moi, je perds pieds et tombe sur le trottoir. J’aurais pu me blesser sérieusement, mais personne ne semble faire attention à moi. Je suis une inconnue parmi la foule.
Montréal est décidément une ville remplie de paradoxes. À la base, habiter la ville signifie de partager un même espace. Ce n’est pas pour rien qu’il y a des transports en commun et que les gens habitent souvent dans des appartements ou des logements multiples. La ville signifie le rapprochement, la proximité, la vie commune. Pourtant, c’est loin d’être le cas.
Paradoxalement, les milieux ruraux, plus éloignés, où chacun est propriétaire de son petit lot, sont des endroits où la solidarité et l’entraide sont beaucoup plus présentes. D’ailleurs, le peuple québécois est fondamentalement rural puisqu’il a majoritairement vécu en campagne durant près de la moitié de son histoire. Plusieurs caractéristiques associées aux Québécois découlent de cet esprit rural. Un peuple chaleureux, festif, qui aime les regroupements et célébrer. Un peuple solidaire, qui s’est toujours entraidé afin de conserver son identité.
À quel moment de l’histoire les Québécois ont-ils perdu ces qualités? En quoi le passage de la campagne à la ville a modifié ces valeurs? J’essaie encore de comprendre. Étudier la société québécoise est totalement fascinant. Dans une société si ouverte au reste du monde, trop peu de gens connaissent réellement notre histoire. On connaît la capitale de la Croatie et toutes les religions présentes au Moyen-Orient, mais on arrive à peine à nommer les régions administratives du Québec. Est-ce une bonne ou une mauvaise chose?
*
Je vous invite à écouter un reportage diffusé à l’émission Desautels sur les ondes de Radio-Canada, un peu plus tôt cette semaine. Le reporter Frank Desoer parle des jeunes Gaspésiens qui partent pour les études et le travail, mais qui décident finalement de revenir dans la région en constatant tout ce qui s’offre à eux sur le territoire. Un reportage inspirant!
