Chaise qui roule n’amasse pas mousse

31 juillet 2012 3 commentaires

Voilà maintenant trois semaines que j’ai le pied cassé. Je me déplace en fauteuil roulant parce que j’ai une solide entorse à l’autre pied. Depuis quelques jours seulement,  j’utilise mes béquilles pour les petits déplacements, mais j’avoue que ce n’est pas toujours évident. D’ailleurs, merci aux amis qui sont toujours prêts à me donner un coup de main.

Jamais j’aurais pensé que traverser la rue pouvait être aussi difficile. Aller chercher mon café est devenu un acte périlleux et compliqué, faire l’épicerie est pratiquement impossible sans aide. Je titube du mieux que je peux pour arriver à mes fins sans compter que j’accroche tout au passage.J’accroche surtout le regard des autres, regard de pitié ou simple curiosité d’un enfant, mais ça accroche. C’est déjà pas facile pour moi de passer mes journée à vous regarde d’en bas, je me sens si petite. Mais souvenez-vous que je suis à la hauteur de vos derrières quand vous me regardez de haut (j’arrive toujours à voir le bon côté des choses).

Fallait-il vraiment que je me casse les pieds pour me rendre compte à quel point nos villes ne sont pas adaptées pour  ceux qu’on appelle à «mobilité réduite »; pour toutes ces poussettes, les béquilles, les boiteux et les  chaises roulantes. Une porte qui ouvre, une descente de trottoir, un escalier, une pente trop abrupte, un tournant trop serré, une dense foule ou une foule qui danse, tout devient un obstacle qui peut facilement me faire rouler de reculons, me faire changer mes plans, voir même m’empêcher de faire quelque chose que je faisais si facilement avant.

Alors, j’ai testé ! Heureusement, mon séjour dans cette chaise roulante est passager, je peux me lever si nécessaire et j’ai toujours (ou presque) quelqu’un prêt à m’aider. Mais si j’étais clouée à cette chaise pour le reste de mes jours ? Je n’ose pas imaginer, mais j’ai bien voulu m’amuser par contre et j’avoue que c’est n’est pas toujours drôle.

En compagnie d’une bonne amie, nous avons testé Percé l’incontournable. Bien assise dans ma chaise roulante, j’avais la consigne claire de ne jamais me lever pour aucune considération. Ma complice était  prête à tout pour pousser et me porter à bout de bras.

Déjà après quelques minutes, elle se rend bien compte qu’elle est derrière moi et que jamais on marche un derrière l’autre en compagnie de quelqu’un. Je lui propose de marcher à mes côtés, je vais me faire des bras un peu. Les trottoirs sont bondés de monde et usés de tous bords tous côtés, j’ai vite fais de me retrouver embêtée et en direction du milieu du chemin. Conclusion : quelqu’un en chaise roulante ne peut pas espérer se promener en solitaire dans Percé l’incontournable.

Un peu déroutées, mais loin d’être découragées, la soif nous prend ! Malgré que les bars et que les terrasses soient pleines à craquer, y’a pas de souci, j’ai toujours une place assise. Commander au comptoir, c’est une autre paire de manche ! En béquilles, ce n’est pas vraiment plus facile.

Mention spéciale à une serveuse quelque part dans ce monde qui m’a servi deux pintes de bière quand j’étais en béquilles au comptoir sans jamais m’offrir un coup de main pour rapporter le tout à ma table. Bravo Championne, tu penses que je vais les mettre où les pintes de bière ? Mais ça, c’est une autre histoire, un autre bobard ! Toujours est-il qu’après l’apéro vient la faim. Devant les restaurants bondés, l’espace restreint pour un fauteuil, et quelques escaliers, nous sommes restées avec l’estomac dans les talons. J’ai eu une pensée pour des amis confinés à ce type de déplacement.

Je me suis demandé ce qui devait changer; l’accès aux personnes à mobilité réduite où l’ergonomie et l’efficacité des moyens mis en place pour nous déplacer. Je me suis questionnée à savoir s’il fallait vraiment que je me casse les pieds pour voir à quel point c’est difficile d’avoir accès aux choses. Et du coup, j’ai eu envie de casser les pieds à tous ces ingénieurs civils, ces urbanistes, ces fabricants d’escaliers et tous les autres hauts placés pour que les choses soient mieux adaptées d’un côté comme de l’autre.

Mais bon, je ne suis pas équipée pour casser les pieds de personne. J’espère plutôt que mon message vous permettra de prendre conscience de cette réalité qui touche les gens en chaise roulante, mais aussi les mamans avec une poussette, les personnes âgées avec une
canne, les gens blessés, les malades.  Et à tous ceux qui ont du mal à se déplacer, ne vous laissez plus marcher sur les pieds. Tranquillement, j’ai bon espoir, à force d’en parler et de faire valoir le point de vue des gens assis, les choses vont changer ! Restons debout !

La ville la plus accessible pour les personnes à mobilité réduite ? Suivez ce liens http://www.changerdeville.fr/ou-vivre/palmares-actualites/personnes-a-mobilite-reduite-792.html

Faut croire qu’au Québec… on traîne de la patte !

 

3 commentaires

Jean-Pierre a écrit le 7 août 2012 :

Tu roules ta bosse dis donc! tu découvres un autre aspect de la vie.
Alors, quand tu seras debout à nouveau, méfie toi de qui te suis dans le derrière.
Tout est une question de perception.
bonne journée

Marie-Josée a écrit le 1 août 2012 :

Sincèrement bravo!!!
On ne peut rester indifférent!

Nadoo a écrit le 1 août 2012 :

Bel article! Comme tu le dis si bien, malheureusement ce n’est pas tous les gens qui prennent conscience de celle que tu viens de prendre. Les gens à mobilité réduite sont confinés ou presque à cause de ces gens qui ne voient pas plus loin du bout de leur nez. À quand le grand changement et la prise de conscience!!!!!!

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