Se mettre les pieds dans les plats !

12 juillet 2012 7 commentaires

Vous attendez peut-être que je vous raconte à quel point j’ai dansé au spectacle de LMFAO ou encore que j’ai capotée en voyant Bon Jovi faire son entrée en scène, que j’ai fait de belles découvertes sur la scène du carré d’Youville. Eh bien non, je ne vous dirai
rien de tout ça. Non pas que je ne veux pas tenir ma promesse, mais j’ai vécu quelque chose de beaucoup plus drôle à vous raconter. Au début je ne riais pas, mais maintenant, je n’ai rien de mieux à faire face à cette nouvelle mésaventure qui donne à mes vacances une tout autre tournure.

Pour faire une histoire courte, je suis tombé en bas d’un trottoir en retournant prendre l’autobus après la soirée de vendredi.  Un accident bête qui m’a coûté l’usage de mes deux pieds pour tout l’été. Perte total d’autonomie, douleur sévère à l’orgueil, mais mon sens de l’humour est ressorti intact, voir même une version améliorée. Après tout, je suis quand même en vacances !

Je ne vous raconterai pas comment c’est arrivé parce que c’est une histoire tellement banale et ordinaire.  Je ne vous raconterai pas non plus que j’ai attendu 12 heures à l’urgence de l’hôpital et que c’était plate pour moi. Alors j’imagine que ça va être plate pour vous. Je vais plutôt vous dire comment je me sens en chaise roulante, et puis j’espère que tout comme  moi, ça vous aidera à changer votre regard sur les gens à mobilité réduite.

Le premier regard posé sur moi qui m’a frappé est celui d’un enfant. Intrigué et touché en même temps, l’enfant me regarde sans jugement ni pitié. Une jeune fille est venue flatter mon pied comme un câlin pour guérir un bobo. Tellement de compassion, c’est touchant. Et pourtant, est-ce qu’à son âge on peut vraiment comprendre ce genre de choses ?

Me promener dans la foule avec une amie qui me pousse et mon sourire fendu jusqu’aux oreilles a peut-être changé le regard des autres sur moi. Décidément, je n’avais pas l’air en
difficulté. À l’occasion, je me levais de ma chaise pour monter une marche ou deux (dites le pas à mon docteur) et rarement les gens se proposaient de m’aider. Alors, afin d’attirer leur attention, je faisais comme si j’allais perdre l’équilibre en criant des oh ou des ah, faisant aller mes  bras dans tous les sens. Vous voyez le genre !

J’ai vite compris que si on veut avoir de l’aide dans ma situation, il faut le demander clairement et simplement.

La chaise roulante dans laquelle je suis assise est sûrement un « rock chair » parce qu’elle ne m’empêche pas de danser. J’ai malgré tout assisté à quelques spectacles, dont celui de
Patrick Watson. J’avais une place de choix, dans la section des personnes avec besoins spéciaux. L’accueil des gens responsables de cette section a été formidable. Pas besoin de demander de l’aide. Ils étaient aux petits ognons avec moi et mon accompagnatrice.

En retournant à la maison, fallait descendre les supers côtes de la vieille capitale. Déjà qu’à pied c’est difficile (c’est d’ailleurs là que je me suis cassé les pieds), imaginez en chaise roulante. Alors je me suis choisi deux beaux garçons forts et virils pour prendre la relève de Mel qui avait les bras morts. Évidemment, ils n’ont pas pu me refuser ça et ils m’ont descendu jusqu’à destination ou presque.

Le premier me pose la même question que tout le monde : « Comment c’est arrivé ? »

-Je suis tombé en amour !

« Et c’est quoi, les deux pieds sont cassés ? »

-En fait j’ai été chanceuse, ils ont réussi à recoudre mon pied gauche sans trop de misère. »

J’ai vu sa face changer de couleur. J’ai ri, il a repris ses couleurs !

-Le plus drôle c’était pour ramasser mes dents !

Il a failli perdre connaissance ! J’ai ri, il a vu que j’avais encore mes dents. Devant mon humour noir, il a vite compris que je pouvais rire de ma situation et il s’est mis à faire des blagues lui aussi. Pas mal moins drôle que moi ! Devant son geste généreux, je n’avais d’autre choix que de me forcer pour rire avec lui !

Et voilà donc, mon aventure continue. Moi qui voulais profiter de ce séjour pour me remettre sur pied après un printemps mouvementé, me voilà bien partie.

Je tiens à remercier l’orthopédiste qui a décidé de ne pas m’opérer et qui m’a remis un sourire dans la face avec cette bonne nouvelle. On voulait me mettre une vis dans le pied, mais ce n’était pas nécessaire. Merci docteur pour votre douceur.

 

 

Votre commentaire pourrait être modéré ou retiré s'il ne respecte pas notre politique de publication.